SCÈNE IX
MONTRICH.XRD, DE GRIGNON.
MONTRICHARD. Pauvi'e jeuuc homme!., heureusement son salut dépend encore de lui.
BATAILLE DE DAMES
DE GRir.NON, à part. Je ne suis point à mon aise.
MO.NTiticiiARD, à (h Giigiiun. Approchez, .Muiisifur.
nii clllc^ON. Vous désirez me parler, monsieur le baron.
MoiNTRiCHABD, de même. Oui, Monsieui', encore une fois avant le moment fatal.
Dt CHIGNON, à part. Quel moment!
montrichard, lui montrant le papier qw lui a remis le dragon. Vous avez reconnu que vous éliez monsieur Henri de Flavigneul?
BK GRir.NON, avec un soupir. Oui !
MONTRICHARD. Ex-oflicier uu Service de l'empereur?
mî eniGMiN. Oui!
jiONTRiciiAitD. Et c'est bien vous qui avez signe cette décluralioii?
DE GBicNON, quf la peur reprend. Oui !
MONTRieiiAHD. 11 suflit : je n'ai pas Ix'stiin de vons diio. Monsieur , que vous pouvez «impter sur les égards, les prérogatives dues à un brave.
DE ciur.NON. iJes prérogatives?..
MONTRicHARP. Oui... Si VOUS 110 vouli-z pas qu'on vous bande les yeux, si même vous voulez coiiimundi'r le l'eu... soyez sûr...
DE GRiGNON. Commander le feu !.. qu'est-ce t|ue cela veut dire?
^lON'TRiciiARD. Quc maUieureuscment mes ordres sont formels. Vous avez été déjà jugé et condamné, l'iirrct est prononcé! il ne me reste plus qu'à l'exéeut: r! (Gravement. ] TJnebeure a|)rès leur arrestation, tons les chefs doivent élre fusillés sans délai et sans bruit.
PË GiuGNON, hors de lui. Sans bruit!., oh ! non p:is!.. j'en ferai du bruit... moi!., on ne fnsilli; pas ainsi les gens... sans bruit est cliarmaiit I
MONTiueiiARn. Écoulez-moi, Monsieur...
i»E CHIGNON. Sans bruit!..
5I0NTR1CRARU. Jc dois ajouter, et c'est là l'olijet de notre entrevue... qu'il est un moyen de salut.
DE ci\ii;non. Lequel?
MONTRICHARD. Mais peut-être ne voudrez-vous pas l'adopter.
DE GRiGNON, vivement. Et pourquoi donc... et pourquoi pas. Monsieur... (A part.) Sans bruit!..
MONTRICHARD. Il a été décidé (]u'oii accorderait leur grâce à tous ceux qui feraient des déclarations... et si vous en avez quelqu'une à me confier...
DE GRIGNON, vivenuiU. Moi!., cerlainement... et une trcs-imporlanle-..
MONTRICHARD, avcc joie. Est-il possilile !
DE GRIGNON. Jc VOUS Cil l'époiuls, unc qui est décisive et calégoriqne.
MONTRICHARD. (;'esl...
DE GRIGNON. C'est... que je ne suis pas... {S'arrétant.) Ciel!., la comtesse!..
Les PRÉCÉDENTS, L.^ COMTESSE.
LA COMTESSE, entrant vivement par la droite, et s'adressanl à Moiilrielmrd. Eh bien, Monsieur!., je suis d'une inquiétude...
MONTRICHARD. Rassurez-vons!.... J'en élais sur
M. Flavigneiil, qui pont se sauver d'un mot... est prêt à nous révéler...
LA COMTESSE, avec effroi, se tournant vers de Grignon. Quoi?.. qu'est-ce donc? qn'avcz-vousàrévcler?.,
DE GRiGPiON, vivement. Moi!., rien!., absolument
rien! {A part.) Quand idie est là, jen'osc plus avoir |)cur.
MONTRICHARD. Mais VOUS voulicz tout à Iheure me déclarer. . .
DE GRIGNON, /iéremeiit. Que je n'avais rien à vous dire.
LA COMTESSE, lui Serrant la main et à jiart. Bravo...
MONTRICHARD, à la comlcssB. Mais dites-lui donc. Madame, dites-lui vous-même qu'il se perd de g deto do cœur...
LA COMTESSE, bos, ù i1/on<)ic/ia)'rf. Vousavcz raison... laissez-moi quelques instants avec lui... et je le déciderai... moi!..
DE GRIGNON, rt part ct la regardant. Quand jc la regarde, il me semble que l'àuie de ma mère rentre en moi!..
LA COMTESSE, à Munlrichord, regardant toujours de Grignon. Oui... oui... j'ai de rasreiidant sur son esprit, il ne me résistera pas!
MONTRICHARD. Soit... luais liàtcz-vous! je ne puisvous donner (pie jusqu'à l'arrivée de la cour prévôtale... que iiou.s attendons.
LA COMTESSE. Et pourquoi?
MONTRICHARD, à demi-voix. Dispensez-moi devons le dire.
LA COMTESSE. EtpOUfqUOl?
MONTRICHARD, a voix basse. Sa présence est nécessaii-e, pour cuustater que le jugement a été bien et dûment...
LA COMTESSE, lui serrant la main. Silence!
MONTRICHARD. Vous couiprencz'?..
LA COMTESSE. Tivs-bicn !
MONTRICHARD, à dc Grignou. Je vous laisse avec Madame; elle aura sur vous, je l'espère, plus de pouvoir que moi. Écoutez la voix d'une amie. (.Montrichard .sort par le fond, et l'on voit des dragons en sentinelle auxquels il donne des ordres.)