EMILIE , EDOUARD
EMILIE, à Edouard qui entre. Cumulent ! c'est vous, luoniieur Éduiiard ? vous d'aussi biiiiiie heure?
Kuui'AiiD, d'un air préoccuiH'. Oui, je voulais parler h voire père...
EMILIE. Il vient de sortir.
ÉuoiiARp, de iiuhnc. \i.n effet , je l'aj aperçu dans la rue.
EMILIE. Eh bien! alors, pûui'(|uoi vous donner la peine de monter?.. 11 ya si loin du preniirr ipie vous iiahitez à notre sixième étage !
EDOUARD. C'est justement là ce que je voulais dire... Tenez, Emilie, je n'v puis plus tenir; je suis le i)lus malheureux des homuies, et voilà une heure que je résiste à l'envie de me bi'ùler la cervelle; mais j'ai mieux aimé venir causer un instant a.ee vous.
É.MiLiE. Et vous avez très-bien l'ait... A-t-on jamais vu de pareilles idées, à voU'i; âge, avec votre nom, votre l'orluiie?
ÉDoiiAKD. Belle consolation!., un nom qui ne me sert à rien, une fortune qui m'empêche d'être à vous!.. Encore, si l'on pouvait faire entendre raison à votre père. . l'houinie le plus bizarre, le plus infatué de ses préjugés!.. Vous destiner au théâtre, et ne vouloir pas de moi parce que je suis trop riche.
EMILIE. Que voulez-vous ! il est ariisle... son cœur paternel sourit d'avance à l'idée que mes talents me tiendront lieu du patrimoine qu'il ne peut me donner, et que sa tille ne devra qu'à elle seule son bonheur et sa fortune.
EDOUARD. Mais, cette fortune, si je vous l'offre dès à présent... Ne suis-je pas maître de ma main et de ma fortune aussi?
EMILIE. D'accord, Monsieur; vous êtes riche, on sait cela... mais vous n'êtes pas artiste, et mon père ne veut prendre pour gendre qu'un individu déclamant, chan'ant, ou exécutant.
EDOUARD. Si pour lui plaire il ne faut qu'aimer les arts, ou les cultiver, qu'a-t-il à nie reprocher'.' .M'a-ton jamais vu manquer un seul concert ou une représentation e.vU'aordiuaiiv?..i\'ai-je pas eu des mailres dédiant, de danse, de peinture?.. Je ne fréquente que des artiste.?; je vais souvent dans l'atelier d'Horace Vernet; je peux même dire que je lui ai vu composer ses meilleurs tableaux , ce ipii est toujours quelque chose... Et moi-même, n'ai-je pas plusieurs
fois obtenu en société des sucrés dont je ne inc serais jamais vanté? Mais cnlin , puiscjne l'on veut que je sois artiste, il faut bien (|ue je cuiiimenee par avoir de l'amonr-propre.
EMILIE. Oui, Monsieur, vous êtes ce qu'un appelle un amateur... mais vous n'éles point un arlintt:
ÉDOu.mD, avec impalieiicc. Eu lioimenr, vnus me feriez damner... Que faut-il donc pour être artiste? courir le cachet, crier sans cesse à la cibaie, déchirer ses rivaux, et ne pas payer le mémoire du tailleur? Parlez, .s'il ne faut que cela, dès demain je prends un brevet, cl je cours m'inslallcr dans quelque appartement aérien, puisqu'il parait qu'on n'a du génie que sous la mansarde.
EMILIE. Eh : mais, c'est ropinion de mou père.
Am ; De l'aimable Thémire (Romag.vksi).
Plus qu'un millionnaire Maint artiste est lieuruui; D'abord, pour l'ordinaire.
Ils sont voisins des eieus.
Sur les bois, la verdure, Ils ont les yeux (i.vés :
Pour peindre la nature, Ils sont les mieux placés.
ÉDOVARO.
Même air.
Mais dites-moi, ma chère.
Par (luel liasard tal;il Le sort, souvent contraire, Les traite-t-il si mal?
Le ciel devrait se rendre A leurs vœux empressés; Cir pour s'en faire entendre.
Ils sout les mieux places.
Votre père surtout, lui qui loge au sixième. Mais à propos, j'oublie toujours que je suis votre pro|iriétaire, et que l'on me doit deux ou trois termes ; vous verrez, Emilie, (|ue je Unirai par vous faire saisir.
EMILIE. Ne vous y trompez pas... vous feriez grand plaisir à mon p:;re!.. il n'aime rien tant que les huissiers et les significations; d prétend que c'est le cortège obligé de l'aa'tiste; et tenez, (Lui nionlraiil Bemolini et Vcrbois qui entrent au mémo instant.) avai.ç-je tort ? re.gardez ces deux fignres-là.
EDOUARD. Oui, comme vous le disiez je crois qu'ils sont du cortège.
L'ARTISTE