‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 349 sur 975 · RAYMOND · texte numérisé non relu

RAYMOND

Avec eux leuez ferme.

Dans ce logis, ils doivent, sur ma foi. Payer au moins la moitié de mon terme. Car ils y sont aussi souvent que moi.

EDOUARD. Je leur en parlerai... Adieu, mademoiselle Emilie; adieu, mon cher locataire. (/( sort.)

ÉiMILlE, RAYMO.ND.

RAYMOND. Ab çà! iiia fille, donne-moi mon costume d'.irtiste.

ÉMii.iE. Votre costume d'artiste?

RAYMOND, âtant son habit. Oui, mon pet-en-l'air... [Emdie va le prendre et le lui donne, ainsi que son bonnet.) Vn charmant jeune homme, ce M. Edouard, mais il finira mal.

EMILIE. Et pourquoi?

RAYMOND. Parce qu'il n'a pas d'ordre... trois termes sans se faire payer!

EMILIE. Oh! vous lui en voudriez bien davantage, si vous aviez entendu sa conversation de tout à l'heure... car il n'a pas abandonné ses projets de mariage.

RAYMOND. J'es[ière que tu lui as répondu.

EMILIE. Sans doute, je lui ai dit que vous étiez décidément broudié avec la fortune.

RAYMOND. Du tout; Car j'ai passé ma vie à lui faire des avances aux(iueUes elle n'a jamais répondu ; mais si jamais je deviens riche, je ne veux le devoir qu'à moi-même; je n'entends pas que mon gcndie rougisse de son beau-père, ou qu'il te reproche un jour de t'avoir épouséi; sans dot, toi qui en as une certaine, une réelle.

EMILIE. Moi, mon père!

RAYMOND. Sans doute... avant un an sociétaire... part entière... trente mille livTes de rente, bypolhé- (|iiées sur son talent... Voilà les fortunes que j'aime, les fortunes soliiles... et si .M. Edouard en avait autant à t'offrir, je n'hésiterais pas un instant, parce que c'est un brave garçon , franc, loyal, sincère, et qui par son caractère était digne d'être artiste; mais pas d'élan, pas de feu créateur ; il n'a pas surtout cet amour des arts et de la science, qui rend capable de tout... Ton .M. Edouard... ton .M. Edouard ne sera jamais qu'un millionnaire.

EMILIE. Quoi! mon père, vous ci'oyez...

R.vYMOND. C'est impossible autrement; le talent, vois-tu bien, veut être excité par l'aiguillon du besoin; et le génie qui dîne, le génie qui est sur de payer Son terme, ne fera jamais rien qui vaille! Enfin, tu le vois par toi-même : est-ce que je peux travailler quand nous avons seulement cinquante écus devant nous ?

EMILIE. Cela n'arrive pas souvent.

RAYMOND. Heureusement... Que .serait-ce donc si j'avais la fortune de M. Edouard?., je serais ruiné.

Page 1