SCENE xr
Les mêmes; ROL'SSEL.
RAYMOND. C'est VOUS, uiou clier Roussel; vous vous faites bien attendre. Mi fille se meurt d'inipatieiice de prendre sa première leçon.
notssEi.. Pardon, mon cher Raymond; j'ai été retenu par un tyran que je lance ce soir à la Gaieté... un jeune homme rempli de dispositions, d'intelligence... Il n'a reçu de moi que quelques leçons, et il donne déjà fort proprement le coup de poignard.
RAYMOND. Vous apprcucz aussi à jouer le mélodrame?
ROi'ssEL, Sans doute. Vous n'avez donc pas lu ma carte : «Roussel, professeur de déclamation en t.ms « guires, enseigne la tragédie, lacomédie, le drame, « le mélodrame... on trouve chez lui le débit animé, « accentué, le hoquet dramatique, la diction vapo- « reuse et lacrymatoiie,propreau théâtre, àla chaire, « au barreau et à la tribune... II donne des leçons u chez lui; et \a en ville. » [On sonne.)
RAYMOND. Eb bien! qui sonne encore? [Il va recjardcr par le trou de la. serrure.) Ah, mon Dieu! c'est a milord dont j'attends la visite... Pardon, mon cher Roussel, je suis à vous, dans l'instant. [Il oucre.)
L'ARTISTE
«:ijs'niJOt| yisujj >. i ■ 1 ■ 'JfiÊiTKiiof» .aiîOttyAfl
,,.(tiïAioîii>, Ahy Milnrd! noinhieu uo*is,60iHHft6Si4at-
ités. .boiioros de Yous recuvoir! , ,,5,^ .mvion'
knoïARR. Je venais pour voir des,,tn^e3j[j«v fej^iix .u'iicicr des tableaux. .,,,/ a.'omui
HMsioNo. DiiÉis l'instant, Milord, je soumettrai à iVolre jugement tous ceux qui sont dans uiuii atelier, mais prenez la peine de vous asseoir, n(fS,siï,ét3g*^ iloivmt vous avoir fatigué. ,|, .,
ÉDoiiARD. Je venais pour voir des tableaux. Je veux arheter des tableaux.
RAYMOND. Nous sommes à vosoidres; mais permettez, Milord, que je vous présenti: ma fille... Je la destine au théâtre ; elle annonce les plus grandes ilispositiiins; et quanta son physique , je me Datte (|ii'on n'aura pas encore vu une aussi jolie Iphigénie. (jiminoiit la Irouvez-vous?
Époi'ARD. Je venais pourvoir des tableaux. Je veux aeheler des tahleanx.
RAVMONn. Quel genre de tableaux Milord désire-l-il?
KDOUARD. Quel genre?,.- Je venais pour voir des ta-
IlleaUX, .l'iT Ufi 2J6IJ <11J il' 'i lin I If
RAYMOND. J'entends bÇêrt';' Miloi'd; uiaife jd voudrais que vous nie fissiez connaître le genre de tableaux (|ue vous désirez.
KnoiARu. Je voudrais de,s lalileaùs''^ju(i\peintre... I(7i«( is the namc of llu; jiaiiUer I willspeak of?
RAYMOND. Pardon , Milord . je ne comprends pas... le lie sais pas iiarler l'anylais.
Knoi'ARii. Vous n^'entendez pas l'anglais? Comment .ippelez-vous ce que je venv vous demander?
RAYMOND. Milord... [Â part) Quel original! {Haut.) Si vous pouviez seulement me le dire? ,, •.
EDOUARD. (Comment appelez-vous le peintre que je veux dire... un peinti-e qui fait des tableaux... bouffons.., extravagants... destableaux poin* faire rire... oh! oh! je nie rappelle. . oh! je me rappelle... pouvez-vous me donner un Calote,? ,, , ,, ,j, ,
RAYMOND. Une calotte? -iH ;.lcfi;tr!à7 ^l lil!,, '
EDOUARD. Oui... un Calotei, poup me désennuyer... pour me laire rire... Eji Angleterre, nous faisons le plus grand cas des Calote... Nous avons aussi notre fameux Hogarth, qui valait bien un Calote.
RAYMOND. Ah!., vous voulez dire. Calot... les caricatures de Calot!., je n'ai ricii d'après ce peintre, el mémo rien qui soit dans son genre.
KDorARD. (>h bien! je ne puis rien vous acheter... il me faut des Calote... je veux des lablivuix pour me faire rire. Los médecins de Londres ils m'ont envoyé à Paris pour rire... ils m'ont dit qu'eji P'rance je rira'S toujours... et je suis bien désappoinli' , je vous assure... je suis arrivé depuis huit jours dans Paris, et je n'ai pas encnre ri une seule fois... j'ai cru qt|ei y les Français ils riaient toujours... Vous ne riez' donc pas toujours? Pourquoi à présent vous ne riez pas?
luïMOND. Mais, Milord, je n'ai aucun sujet.
KDoiARii. Vous êtes un Fr.Miçais, vous devez lou- ' |ours rire.
RAYMOND. Mais VOUS , Ml
donc nulle part?
KDoiARD. Moi, Monsieur, je m'ennuie dans l'ilalie, ilans tous les pays, je m'ennuie dans tous les endrois... je m'eminie comme un fou, je m'ennuie t lujours. . dans ce mom.nt je m'ennuie encore.
vous ne vous amusez
ÉMii.iK. Mon père , el ma leçoBJit.'ilfc'Rousseil-ne peut pas attendre plus longteinjis. i- -r-n .1 n: .01 ,;,,. .
RAYMOND. C'est juste... Milord permellra-t-il qui' ma fille preimo sa leçon do détlaniation devant lui?
ÉoouAKD; Oh! je veux bien... je suis passioiuié iwur le thoâtrv). {à Roussel.yMoaùeur^ apiclte ilcagé^iuial;-
lez-VOUS dire? i.v-n-i z'>ii)in y<\ \'s n.MVi-ït ,îm\omii\
KOiisâEiL.i^J^ous'pvendffopsi'flu! RàdinËI oiUfiduixGar-
neiHm^ insA -^yU-
^niiiin.'H -h|) (iliii ■ rt'i
'■'1 btooard; Tourquoi ne prenez-vous' pa&Sbatespear<i?
e''cst le meilleur... Quand je lis Corneille ou Racine, je ne comprends que quelques petits mots; mais dans Shakespeare je comprends fout... Shakespeare il est un meilleur auteur que votreiCorncille... il est plus naturel...
ROUSSEL. Oh! plus natHi'el... c'«St ce qu'il vous serait difficile de iirouver.' ' -
EDOUARD. Je dis. Monsieur... il est plus naturel.
ROUSSEL. Laissez donc, Milord; votre Shakespeare est un barbare.
RAYMOND. Oh ! oh ! Roiisséï. '
EDOUARD. Qu'ist-ce donc que vous venez de dire , Monsieur? Prenez garde, je vous prie; faites tant que vous veut l'éloge de vos auteurs; mais quand... ^ù'î'yfî^ ce donc que vous venez de dire ,'Monsicur?^"'"' ' '
RAYMOND. Milord, Ile vous fâchez pas,']e'v6uS'(JHe.
EDOUARD. Je dis, c'est un aiitcur plus'nàfWlèfil' '"''
RAYMOND. Oui , vous avez raison. i-unum
EDOUARD, à Rou!«f^ 'Rcontéz,^'MfiiVlîfi^r'/^ië''*o'nlmencement de la tragédie d'7J('/î(/ 17//, de Shakespeare : Oh! good morning , sir... l'am very glad tb sep you... howâo youdo? Avez-vous dans vofrn (^rncille quelque chose d'aussi naliuTl'? '" " ''' ' "' '
ROUSSEL. Peut-être, Milord, si VoiV Wuvîéti MW traduire ce que vous venez de ivoiisrliré'. i' '''"»
EDOUARD. C'est Buckiilgllîim qu"?! îi'adVe^M^"Sf6rl'olk, et qu'il dit : Oh! good 'morninçi, sir... lam very gladto spf you... hoic dû î/oh do'.'C.rh veut dire: uOh! « bonjour; je suis trè.ç-content de vous voir, comment «vous portez-vous?» Est il quelque chose de plus naturel ? " ■" '' ■'"'••"''l;''^'; ' •^^■^' -^^ ■ ■'-■ ■ ■ ■
ROUSSEL. I<;n effet, r]çn'H'ëk'{)16ssMpp[BHl<f$ tiûiis direz-vous encore, Milord, que Shakespeare est aussi tendre, aussi passionné que Racine?
EDOUARD. Il est plus t' ndrc que Raciiie,^^ ëtôis qu'il est encore plus tendre- écoutez ce -passage '(le ttichard lir, de Shakespeare^'' «'^■"' '"'* "'
' ' Wtiàd f y/èL ' ciéà'J ' )'t WàvÈii's «00* '^ilf W-^ so ; *"
Avez-vous quelque chose d'aussi tendre dans votre Racine?
RAYMOND. Ripostez donc , mou cher Roussel, ou vous vous avouez vaincu.
RorssEL. Je conteste la supériorité.
___^pouARD. Supériorité, -Mon^ieur; nous sont supérioriwdans tout; entendez-vous. Monsieur? L'Anglais il est .supériorité dans tout... dans le tragédie, dans le boxe, di^is le danse, dans le chevaux , diins la musique.
RAYMOND. Oh! la musique; il me semble^ Miloi'd , que les Italiens...
EDOUARD. Nous chantons mieux que les Italiens; écoutez ce petit air. (fi chante un air anglais.) Les Italiins ont-ils quelque chose d'aussi harmonieux?
ROissi:i.. .Milord , je ne dirai rien de voire chant; mais ce dont je ne conviendrai jamais, c'est que Sha-
L'ARTISTE
kespeave remporte sur Corneille et Racine : écoutez seulenienl l'entrée de Brilanniciis. (Il remonte le théâtre , et s'apprête a faire une entrée majesttieuse.) Vous sentez bien que ca qui ôte de l'illusion et nuit à r«ft'et, c'est que je n'ai pas unodunzaim^ de Romains pour précéder aion entrée. (Marcliesur laquelle entrent Bemolini, Verbois et let: autres créanciers.),' -< / ■
I KhoiiARD. Eh bien ! de quoi donc vous plaigrnezvous? en \oilà des Romains (// rentre dans la couïisse où tl quitte laperruque d'Anglais.) NoBj.ce sont de'* jotfs. '■r*i!i oi iso'j
Hiiuiirfj-.in ;c;JO((f >i!Jti() ?/,«^.irji .,i|. 'i.n'mjtflivj mu 9| \>.9 II ^imi\f.^ÀtA\?. ..tooJ abnoiqmoT sii in£ iqasjlKrfê
ilq J89 ii ...sIlianiSOÈNE XIII. 'U9)ui; lunlliam nu
..(STDjjBn
Les phécédents, BEMOLIM, VERBOIS ,■ ETiWiiïnOU
DIX Créanciers. 'i .iln: ■irt
BtMotmi. Depuis oupe,l|^ui:^^pôus attendons chez
M. Edouard, qui ne vient pas. ,
vERBOis. Et cependant son iiortier dit qu'il n'est pas
^J^'f!(;> ...liiisyii'.ir.iii •-•iumIdj; au' 'jli j';iJ-.'l l(j-i/ >y.iv BEMOLiiM,,^;0(( ,j|as^,flpus , sfljiii;!!^? nooflefes ^ et
coq^me il a acquitté toutes nus créances, il faut bien
que quçlqu'Up ait pos re^us. (/( donne les reçus à Ray-
iBAïMOPiD,nP<^r(;;p||pnye?o^îc)rs. yu^est-ce que cela sîgpitiç^ Çonimept ! ,M,\EÏdoi|ard aurait payé toutes mes dettç^.? , 4(„,EfloûWl' ?pfîRMt«PÇVfff .^Ç Vm^ mes dettes ?||p|, ^uoy-s'ivA "îiAstou <A) m,A ..mm -,■« ÉnouARD, rentr4lnt.^?f\^f,sf)n^wFf1^l^r|Cosfume. Peur:; quoi pas'? vous fiy(;z;biewy^|u pîiyei; les sieuDes.
raïmoisd: Que l'yois-je^; ,. ■.;"fii'V :■!.,>, .-• i^mu^n ..„^>to^AiiD ,, prcnanf la yoix (fci^ff^op^^ iUp,| hpjmne i,jqi, çs|, ,^çsolé d'ay,oir perdu sa. rwRiniiV. (Prenant fflç^i c^tfi d'! Bf^^mii}i,}^^i-, nu artiste cnzanté d'avuirfait votre conriaissaiice., {Baragouinant Vanglais.) Et un inilord qui demande un Calote, (.1 RouiSel.) El un professeur qui vous deni uide pardon d'avoirv^géiiÇÇjj trer en concurrence avec vous, • I iTl- ii )i,, ..;
RAYMOND. 11 se pourr;iit ■'.. Ces trois rôles... Àh ! mon ami , faites-vous comédien, et ma tille est à vous.
EDOUARD. Comédien!., elil niais je ne demande pas mieux... jusqu'à un cerlaiii point! vous .savez qne j'ai cinquante mille livres de rentes et une maison de campagne charmante. Nous y étahilirons un théâtre d'amateurSj qui fera pâlir l'astre Je la rue Chautereine. Monirant Emilie.) Mademoiselle nous aidera de ses talents; {Montrant Roussel.) Monsieur, de ses
Ni/ mut! 3il)nr.il i>.êU)i b 'j.-.oiIli 'Jiipl-jii|.. iuo^xavA
?9ni:>f.fl iiu , l3?>iOofi isfla nom , onob .«îotsoqiH .okohta/i .innie/ xoiioi^p =ri<i/ ?tK'/ .ytWoii9f|n? fil ol^stuoi -i>i]M Jfioa euon pusi^nol/ , 'iiiK.iT'ir" -fi/.'J ?-nioi?anl/ , ««oy-s'ilinottr , ai!w.56it ol siijili ...luot Pfrr.il 'it aiTiib , 7iiBï9rl.o fil aneb
loliM (Stdoisc nm If ;supitîum bI l(
jsnsilBtlg'jf 3op xuohn enotn&d
*xii!)iiiomiBd iaaufi'b- 98oiId snf ' ;Jnr,rfo -nUif sb noii ic*!'' '■
conseils, et vous jouerez tous les rôles d'artistes... le Fougère de l'Intrigue épistolaire.
RAïM0>D. Comment! vous croyez que je pourrais .. mais, ma fille, uu talent comme coIiai-là... [Àlànilie.) tu me reprocheras un jour de l'avoir sacrifiée.
EMILIE. Non, mon (XM'e, je ne vous reprocherairien.
EDOUARD. Bien plus , vous conduirez l'orehestie, et ce sera vous qui peindrez toutes mis déeèraltens.' '
RAYMo.ND. Vrai! ./i/tMii*;) ^'Ai -r:») ),i m,
EDOUARD. .le vous en donne ma pàrblé'd'hiih'fléùf.
«AYJioMD. Allons donc, puisqu'il le faut; mais qui m'aurait jamais dit que ma tille, qui donnait de si belles espérances, finirait par épouser cinquante mille livres de rentes... ce que c'est que de nobs!'"'^
jI.A
b icitsd ir,
•îamisq
si 9l
VAUDEVILLE
iAiB du vaudeville de la Petite Swur.