SCÈNE XIV
Les PRÉCÉDENTS, STANISLAS.
STANISLAS. Christine , Christine... ah! vous voilà! Je vous cherche partout! et je ne m'attendais pas à vous trouver là en tète-à-têtc. (.'livc douleur.) Est-ce que vous me fuyez, Christine? est-ce que vous vous défiez de moi ? milzieux, s'il était vrai, je ne resterais pas ici une minute de plus.
CHRISTINE. Quoi ! vous pouvez penser , vous , mon ami... je vous désirais au contraire, car jamais je n'ai en plus besoin de votre amitié.
STANISLAS. De mon amitié ! avec ce mot-là elle me ferait faire tout ce qu'elle voudrait. Allons, j'ai eu tort de vous parler si durement. ■(.•) part.) Au fait, j'oublie toujours que je ne suis qu'un mari à l'essai. [Haut.) Tiens, Chrisline, pardonne-moi; et pour faire la paix, viens m'einbrasser.
CHRISTINE, étonnée. Comment!..
MICHEL, t)as,àChristine,et ki poussant. Alle>y donc, il va se fâcher. •
STANISLAS, lui prenant la main. Vois-tu , ma petite
MfCHRL ET CHRISTINE.
Christine, il faut être juste, je ne poiiv pas non plus exercer toiijoui-s pour le roi de i'russc .. (L'embrassant.) ce sont li's profits du mariage, et... [Aperccvanl la lettre de Michel quelle a mise dans son sein.) Qiielest ce billet?
ciiiiisTiNK. Ce hilL't"? c'est une lettre d'amour.
STAMSLvs. Une lettre d'amour !
cuiusTiNE.Oiii, on \ient de me la remettre; et roiiinic je n'ai pas de secret pour vous, (La lui donnant.) lisez-la.
MICHEL, /(! tirant par son jupon. M;iis c|il'cst-ce (|uc vous faites donc? ne la lui laissez pas voir.
STAMSi.AS", ouvrant la lettre. Une lettre d'amour ! diable ! moi qui partais tout à l'heure des pTortts du ni-iriagi:; en voilà déjà les inconvénients. (// lit tnut bas, et regarde de temps en temps Michel.)
51ICHEL, tremblant. Il va deviner ipie c'est moi , rt je suis perdu.
CHiiiSTiNE, le faisant passer. Va maintenant, va lui fiire ta demande; c'est le bon moment.
},ucnEL, tremblant. Oui , j'dimçMt!
STAMSLAS, lisant toujours tout bas et s'arrêtant. Il serait possible! quoi! ce blaiic-b.'C, c'était lui qu'elle regrettait! oui, c'est vraiment de l'amour, ce malheureux-là l'aime autant que moi. (Se retournant et s'adressant brusquement à Michel qui est près de lui, les yeux baissés et tout tremblant) Eli bien! que nii> veux-tu ?
MicuKL. Monsieur le militaire, je ne sais commoni m'y prendre, pour vous dire, ou plutôt pour demander...
stamslas, brusquement. Allons, parle.
MICHEL, lih bien ! monsieur Staiii.'las , ce n'est pas de ma faute, on n'est pas maître de çi, et il ne tant pas que cela vous mette en colère ; mais je crois i]iie j'aime votre femme.
STANISLAS fait un geste de colère , se retient et lui montre la lettre. Je le sais; après.
MICHEL, à part, toujours tremblant, .\llons, il ne Ta pas pris aussi mal que je le croyais, et voilà toujours cela rie passé; mais le reste, comment lui tourner?
STAMSLAS, avec impatience. Eh bien ! parleras-tu?
MICHEL. M'y voilà. Monsieur le soldat, je voulais v.jus demander si cela vous serait égal, non, ce n'est pas cel.i que je veux dire, ça ne peut pas vous être é-;al , mais si vous vouliez permettre qu'à son tour votre leniiue...
STAMSLAS. Eh bien !
MICHEL. M'aimât un peu, (Vivement.) rien qu'un peu, pas davantage. (S'éloiijnant avec effroi.) Dii-ux ! c'est fait de moi. (Il se retourne en tremblant, et aperçoit Stanislas immobile et plongé dans ses réflexions.) Eh bien! il ne dit rien! comment, il ne se fâche pas?
STAMSLAS , froidement. Ah ! et c'est à moi que tu le demandes.
MICHEL, tremblant encore , mais moins fort, name! c'est tout naturel comme étant là-dedans le plus intéressé,
STAMSLAS. Et qui l'a engagé à l'adressera moi?
MICHEL, regardant Christine. Faut-il le dire?(fftmiine fait signe que oui.) C'est Christine elle-même, qui
a dit que cela dépendait de vous, et que sans cela il n'y aurait pas moyen.
STAMSLAS, éipart, avec expression. Allons, c'est bien , c'est très-bien. (Haut, et allant à Christine.) Comment! Chi'istiiin, c'est vous...
CHaisTiNE. Oui ! Mljn^ieur; mais n'oubliez pas que V0U5 êtes le maître de refuser, que vous avez nv s serments , et que quels que soient vos ordres, je suis prête à y souscrire sans murmurer.
STANMSLAS.
Ain : Je t'aimerai.
Sans nuinniii vr^ Votre douleur .nmire Frapp'rait inos yeux... pluliM tout einkiror.... Mu', j'y suis fait; c'est mon sort orilinaiie : Un vieux solilat sait S'UifTiii' el se taire Sois murmurer.
Michel, arrive ici ; tu me demandes dcmc la permission d'aimer Christine?
MICHEL. Oui, Monsieur; si cela ne vous fâche pas.
STAMSLAS. Et tu promcts de la rendre heureuse?
MICHEL, à part. Quelle singulière question ! (Haut.) Dame ! je tâcherai.
STANISLAS. Et cependant tu n'as rien; tu ne po5sèles rien ; tandis que Christine est riche.
MICHEL. Riche, c'est vrai ; je n'y avaisjamais pensé.
STANISLAS. Eh bien ! prends ce portefeuille , cl va l'offrir à Christine : elle est à toi inaiuteuaiit , et tu peux l'épouser.
MICHEL. Epouser votre femme !
STANISLAS. .Ma femme, elle ne l'a jamais clé ; c'e.U un bien qui ne m'apparleniit pas. (Montrant le portefeuille.) Celui-ci du moins, je peux en disposer.
.^m <tes Amazones, C'était l'araont tl'nn liiavo niililair.?.
Qui pour la gloire et sou pays .\u champ d'Iionueur terminant sa carrière, Comme un dépùt en mes mains l'a remis. Du liaul des eieux, ta demeuie dernière. Mon colonel, lu dois être content :
Je viens île lair' des h.'uivux; je l'espère; Selon tes vœux j'ai placé ton arprent.
CHRISTINE, refusant le portefeuille. Et vous croyez que nous pourroin accepter le reste de votre fortune! jamais, n'est-ce pas, Michel?
MICHEL, pleurant. Sans doute , ne m'avcz-vous pas déjà donne plus que je n'osais l'espérer?
STANISLAS. Eh bien! mes enfints, eh bien ! soit, gardez-le-moi; l'argent convient mal à un soldat; si je reviens, vous me donnerez une petite place au coin de votre feu ; peut-être alors, Christine, aurai-je eu le courage de vous oublier. Eh bien ! je vivrai avec vou-j'élôverai vos enfants, et je leur raconterai mes campagnes. Mais si, comme je le prévois, je dois bientôt rejoindre mon colonel , vous serez mes liéritiers , et vous disposerez de cet argeut-là comme vous le voudrez. Seulement, quand il se présentera à votre porte un soldat blessé, malheureux, s;ins asile, accueillez le pour l'amour de moi, et en minnoire de votre ancien ami. Adieu, adieu, je m'en vais.
no
MICHEL ET CHRISTINE
MiciiEi, ET CHRISTINE. Qiini ! vous nous quittez di'|;i ? [On entend la marche militaire qu'on a exécutée ii la première scène.)
STAMSL\s. Oui; entendez-vous? le devoir m'appelle; mon régiment se remet m marche. (Reprenant son sac et son fusil.)
Air (le marche (de M. Aymon).
Il faut quiUer tout oc que j'aime :
F^a gloire ailleurs guiile mes pas.
CHRISTINE
Vous éloigner à l'instant même!
Eh quoi! vous ne m'embrassez pas?
STANISLAS
De l'amitié que vous ilaiirnez m' promettre,
J'aecepte ici ce g;ige ilésiré...
(// va pour l'emt)rasser, s'arrête et se retourne d'un air
timide du côté de Miehe.l )
Mais il mon tour c'est moi (pii vous ilivai :
Si vous vouli'2 bien le iiermettre.
I Adieu, adieu, encore!., {llsort.
MICHEL, le regardant partir.
Ali ! iiuisse au gré de mon envie Tous ses jours être fortunés, Car je ne n'oublierai de ma vie Tiius les trésors qu'il m'a donnés!
Mais je suivrai son exemple à la lettn- En niuii uiéuage eu mes amours,
Madam' Michel, je vous dirai loujouis : Si vous voulez bien le permettre...
CHRISTINE, VlW public.
Michel, malgré 1' bonheur sii|oénr;
Que le ciel vient d' nous accorder,
Nous avons encore ici même
Un' permission h, demander.
A votre arrêt nous venons nous soumettre,
Car notre sort à tous les deux Dépend de vous, et nous serons heureux.
Si vous voulez bien le peruietlre.
MICHEL ET CHRISTINE
Ce soir nous allons être h.'ureux, Si vous voidi'Z bien le permettre.
VIALAT ET C'S IMPRIMEURS ET ÉDITEURS
ocrAVE» voulant Cirer son êpcV, Sans résistance, c'est ca quM faiiJra 'oir.— .Scène li
LE MARIAGE ENFANTIN
COMÉDlK-VAi:i)KVIl,LE E^* UN ACTE
BepréseutéC) poar la première fols, jk Pnrl«, sur le théâtre du Gri»"Bse dramatique, le IS aoât tSSI.
IN gOCIBTB ATEC ». DBLAVtGNS.
OCTAVE DE BALAINVILLE, amant de Céline.
M. POT-DE-VIN, LiitLMulaut.
GROSJEAN, paysan.
Villageois et Villageoises.
La scène se passe en 1730, à vingt lieues de Paris, dans un chà'eau gothique.
Le théâtre représente un salon gothique. Deux portes latérales, une cheminée, sur laquelle sont plusieurs vases; au fond, deux grands fauteuils; une tahle, des sièges ; une fenêtre à gauche. •
URSULE DE MIREVAL, riche héritière.
CÉLINE DE MIREVAL, sa cousine, Agée de dix à onze ans.
M. LE COMTE DE LUZY, mousquetaire, mari d'Ursule.