‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 509 sur 975 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

MANFREDI, avec jalousie, et regardant Guido. A sa douleur extrême

Les précédents; MANFREDI, Officiers, Pages et Va-

A ses regrets jaloux.

GUIDO ET GINEVRA

Ah!., je le vois... il l'aime, Qu'il craigne mon courroux !

MÈDicis, à Guido.

Que l'étiquette souveraine Ailleurs marque les rangs... au talent le premier.

{Lui faisant signe de prendre la 7nain de Ginevra.) A VOUS; Guido, l'honneur d'être son chevalier ! GuiDOj à part, et chancelant en prenant ta main de

Gincvra.

Ah ! malheureux !

GINEVRA, l'engageant à se calmer.

Guido!..

GutDO, à part.

Je me soutiens à peine.

MANFREDi, regardant Guido qui s'éloigne lentement en

donnant la main à Ginevra.

Jouis de cet honneur, c'est pour toi le dernier! {Faisant signe à Forte-Braccio de s'approcher de lui.] Je t'ai uaguère encor sauvé de la potence. Aussi tu m'as juré...

FOBTE-BKACCIO.

Complète obéissance.

MANFIiEDI.

Vois près de Ginevra cet habile sculpteur...

FORTE-BHACCIO.

Je le connais!

MANFREDI

Voici de l'or! qu'on m'en délivre!

FORTE-BRACCIO

C'est dit!

MANFREDI

Ce soir, qu'il ait cessé de vivre !

FORTE-BRACCIO

Je vous le jure sur l'honneur.

{Pendant ce temps, Médicis, Guido, Ginevra, tout le cortège défilent, Manfredi les rejoint, suivi de ses officiers et de ses pages, et l'on reprend le chœur.)

CHCEUR.

0 jour de fête

Et de bonheur!

Noble conquête!

Heureux vainqueur!

C'est la plus belle

Qui, dans ce jour.

Du plus fidèle

Reçoit l'amour.

(Tout le monde est sorti. Forte Braccio s'apprête à les suivre. Ricciardu, qui est restée seule, le retient d'un geste impératif.)

RICGIARDA, FORTE-BRACCIO.

RICCIARDA

Où vas-tu?

FORTE-BRACCIO

Je les suis!

RICCIARDA

Arrête!

Et réponds franchement il y va de ta tête î..

Que te disait le duc'?..

FORTE-BRACCIO

C'est son secret.

C'est mon maitre à présent !

(Faisant le geste d'être pendu.

D'une haute disgrâce Il m'a sauvé!

RICCIARDA

C'est moi qui demandai la gr,ice El qui l'obtins de lui!

FORTE-BRACCIO

J'en conviens, en effet !

DUO

RICCIARDA

J'ai droit à ta reconnaissance !

FORTE-BRACCIO

Moi, je ne demande pas mieux Que de vous servir tous les deux.

Si je le peux en conscienca !

RICCIARDA

C'est bien, mon brave, c'est très-bien!

C'est avoir de l'honneur!

FORTE-BRACCIO

Quand ça ne coûte rien !

RICCIARDA

Il t'a donc commandé, pour servir sa vengeance. D'immoler ce jeune sculpteur?..

FORTE-BRACCIO

l'en conviens!

RICCIARDA

Il palra sans doute en grand seigneur?

FORTE-BRACCIO

Bien mieux!., il m'a payé d'avance!

Voyes!

RICCIARDA

Si je t'en donne autant Pour n'en rien faire?..

FORTE-BRACCIO

Ah! ça... c'est différent.

ENSEMBLE

FORTE-BRACCIO, réfléchissant.

11 faut de la prudence !

Cherchons au fond du cœur Ce que ma conscience Permet à mon honneur !

RICCIARDA

11 hésite!., il balance Entre l'or et l'honneur, Et je prévois d'avance Quel sera le vainqueur!

FORTE-BRACCio, Calculant.

fout cet or pour frapper ! — Même somme Pour demeurer, sans danger, honnête homme !

(.1 Kicciarda.'i La vertu dans mon cœur l'emporte!

RICCIARDA

C'est très-bien!

Mais pour moi ce n'est encor rien!

Vois-tu ces diamants... cette chaîne brillante ?

FORTE-llRACClO.

Per Baccho!.. quel éclat!., ce beau bijou me tente!

RICCIARDA

As-tu du cœur?

FORTE-BRACCIO

La signera plai.sante!

RICCIARDA

Eh bien!., il faut frapper aujourd'hui, sur-le-champ...

FORTE-BBACCIO.

Qui?

RICCIARDA

Le duc de Ferrare et sa nouvelle amante ! FORTE-BRACCIO, effrayé.

Tous les deux?

RICCIARDA , froidement.

Tous les deux !

FORTE-BRACCIO

Ah! c'est embarrassaiil.

Ceci mérite qu'on y pense!

FORTE-BRACCIO

Il faut de la prudence!

Etc., etc.

GUIDO ET GINEVRA

ICCIARDA.

Il hésite!., il balance, Etc., etc.

FORTE-BKACCIO.

Non, non !.. vous doubleriez la somme!

Tout calculé, je suis trop honnête homme, El le péril trop grand.

RICCIARDA

Quoi! tu trembles?

FORTE-BRACCIO

Non pas!

Mais le duc m'a déjà préservé du trépas. J'obéis au devoir, à la reconnaissance..,

RICCIARDA

Ou plutôt à la peur! — Pourtant je t'enrichis : D'un cûté mes bienfaits !

FORTE-BRACCIO

De l'autre la potence!

A quoi sert d'être riche, une lois qu'on est pris?

ENSEMBLE FORTE-DRACCIO.

Richesse nouvelle Flatte peu mon zèle ; A quoi nous sert-elle Quand on est pendu?

Je tiens à la terre; Et, moins téméraire.

Ici je préfère* Honneur et vertu!

RICCIARDA

Il tremble... il chancelle, 0 terreur mortelle!

Ce bras inlidéle Ne s'est pas vendu!

Lâche!., il délibère; Bravant ma colère, Ce cœur mercenaire Parle de vertu !

RICCIARDA

Ri tu n'oses frapper l'ingrat qui me trahit. Oseras-tu du moins à ma fureur jalouse Immoler ma rivale... oui, sa nouvelle épouse? Ces bijoux sont à toi !

FORTE-BRACCIO

Le présent me sourit! {Réfléchissant.) De frapper aujourd'hui... (iinevra... sans qu'on puisse Connaître ou soupçonner d'où le coup est parti!.. Attendez!., c'est possible!., et si Dieu m'est propice, Par tous les saints! je crois que m'y voici!

FORTE-BRACCIO

Richesse nouvelle Enflamme mon zèle; J'y serai lidèle.

L'espoir m'est rendu!

Fortune si chère, Mon cœur te préfère ; C'est là sur la terre La seule verUi !

RICCIARDA

Richesse nouvelle Enflamme son zèle!

U sera fidèle ; L'espoir m'est rendu!

• L'intérêt l'éclairé.

Et, plus téméraire, Je vois qu'il iiréfère L'or à la vertu !

R.CCIARDA.

Et quel est ton projet ?

FORTIi-BRACClO.

Voire vengeance est bù-e!

{A demi-voix.) Il est de rapides poisons Qui servent bien la haine et trompent les soupçons!

Une fleur, une écharpe... une riche parure. Peuvent donner la mort!., pour nous point de danger. Car le ciel aujourd'hui conspire à vous venger!

RICCIARDA

Et comment?

FORTE-BRACCIO

Dans nos murs, à voix basse on raconte Qu'un terrible fléau soudain vient d'éclater !

RICCIARDA, effrayée.

Ciel!

FORTE-BRACCIO, soutiant et ta rassurant.

Je n'en crois rien! mais on mettra sur son compte Le coup hardi que nous allons tenter.

[On entend la marche du cortège qui revient de l'église. Ricciarda sort par la gauche, et Forte-Braccio par la porte à droite, après avoir indiqué à Ricciarda qu'it allait exécuter ses ordres.)

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