SCÈNE m
MANFREDI, avec jalousie, et regardant Guido. A sa douleur extrême
Les précédents; MANFREDI, Officiers, Pages et Va-
A ses regrets jaloux.
GUIDO ET GINEVRA
Ah!., je le vois... il l'aime, Qu'il craigne mon courroux !
MÈDicis, à Guido.
Que l'étiquette souveraine Ailleurs marque les rangs... au talent le premier.
{Lui faisant signe de prendre la 7nain de Ginevra.) A VOUS; Guido, l'honneur d'être son chevalier ! GuiDOj à part, et chancelant en prenant ta main de
Gincvra.
Ah ! malheureux !
GINEVRA, l'engageant à se calmer.
Guido!..
GutDO, à part.
Je me soutiens à peine.
MANFREDi, regardant Guido qui s'éloigne lentement en
donnant la main à Ginevra.
Jouis de cet honneur, c'est pour toi le dernier! {Faisant signe à Forte-Braccio de s'approcher de lui.] Je t'ai uaguère encor sauvé de la potence. Aussi tu m'as juré...
FOBTE-BKACCIO.
Complète obéissance.
MANFIiEDI.
Vois près de Ginevra cet habile sculpteur...
FORTE-BHACCIO.
Je le connais!
MANFREDI
Voici de l'or! qu'on m'en délivre!
FORTE-BRACCIO
C'est dit!
MANFREDI
Ce soir, qu'il ait cessé de vivre !
FORTE-BRACCIO
Je vous le jure sur l'honneur.
{Pendant ce temps, Médicis, Guido, Ginevra, tout le cortège défilent, Manfredi les rejoint, suivi de ses officiers et de ses pages, et l'on reprend le chœur.)
CHCEUR.
0 jour de fête
Et de bonheur!
Noble conquête!
Heureux vainqueur!
C'est la plus belle
Qui, dans ce jour.
Du plus fidèle
Reçoit l'amour.
(Tout le monde est sorti. Forte Braccio s'apprête à les suivre. Ricciardu, qui est restée seule, le retient d'un geste impératif.)
RICGIARDA, FORTE-BRACCIO.
RICCIARDA
Où vas-tu?
FORTE-BRACCIO
Je les suis!
RICCIARDA
Arrête!
Et réponds franchement il y va de ta tête î..
Que te disait le duc'?..
FORTE-BRACCIO
C'est son secret.
C'est mon maitre à présent !
(Faisant le geste d'être pendu.
D'une haute disgrâce Il m'a sauvé!
RICCIARDA
C'est moi qui demandai la gr,ice El qui l'obtins de lui!
FORTE-BRACCIO
J'en conviens, en effet !
DUO
RICCIARDA
J'ai droit à ta reconnaissance !
FORTE-BRACCIO
Moi, je ne demande pas mieux Que de vous servir tous les deux.
Si je le peux en conscienca !
RICCIARDA
C'est bien, mon brave, c'est très-bien!
C'est avoir de l'honneur!
FORTE-BRACCIO
Quand ça ne coûte rien !
RICCIARDA
Il t'a donc commandé, pour servir sa vengeance. D'immoler ce jeune sculpteur?..
FORTE-BRACCIO
l'en conviens!
RICCIARDA
Il palra sans doute en grand seigneur?
FORTE-BRACCIO
Bien mieux!., il m'a payé d'avance!
Voyes!
RICCIARDA
Si je t'en donne autant Pour n'en rien faire?..
FORTE-BRACCIO
Ah! ça... c'est différent.
ENSEMBLE
FORTE-BRACCIO, réfléchissant.
11 faut de la prudence !
Cherchons au fond du cœur Ce que ma conscience Permet à mon honneur !
RICCIARDA
11 hésite!., il balance Entre l'or et l'honneur, Et je prévois d'avance Quel sera le vainqueur!
FORTE-BRACCio, Calculant.
fout cet or pour frapper ! — Même somme Pour demeurer, sans danger, honnête homme !
(.1 Kicciarda.'i La vertu dans mon cœur l'emporte!
RICCIARDA
C'est très-bien!
Mais pour moi ce n'est encor rien!
Vois-tu ces diamants... cette chaîne brillante ?
FORTE-llRACClO.
Per Baccho!.. quel éclat!., ce beau bijou me tente!
RICCIARDA
As-tu du cœur?
FORTE-BRACCIO
La signera plai.sante!
RICCIARDA
Eh bien!., il faut frapper aujourd'hui, sur-le-champ...
FORTE-BBACCIO.
Qui?
RICCIARDA
Le duc de Ferrare et sa nouvelle amante ! FORTE-BRACCIO, effrayé.
Tous les deux?
RICCIARDA , froidement.
Tous les deux !
FORTE-BRACCIO
Ah! c'est embarrassaiil.
Ceci mérite qu'on y pense!
FORTE-BRACCIO
Il faut de la prudence!
Etc., etc.
GUIDO ET GINEVRA
ICCIARDA.
Il hésite!., il balance, Etc., etc.
FORTE-BKACCIO.
Non, non !.. vous doubleriez la somme!
Tout calculé, je suis trop honnête homme, El le péril trop grand.
RICCIARDA
Quoi! tu trembles?
FORTE-BRACCIO
Non pas!
Mais le duc m'a déjà préservé du trépas. J'obéis au devoir, à la reconnaissance..,
RICCIARDA
Ou plutôt à la peur! — Pourtant je t'enrichis : D'un cûté mes bienfaits !
FORTE-BRACCIO
De l'autre la potence!
A quoi sert d'être riche, une lois qu'on est pris?
ENSEMBLE FORTE-DRACCIO.
Richesse nouvelle Flatte peu mon zèle ; A quoi nous sert-elle Quand on est pendu?
Je tiens à la terre; Et, moins téméraire.
Ici je préfère* Honneur et vertu!
RICCIARDA
Il tremble... il chancelle, 0 terreur mortelle!
Ce bras inlidéle Ne s'est pas vendu!
Lâche!., il délibère; Bravant ma colère, Ce cœur mercenaire Parle de vertu !
RICCIARDA
Ri tu n'oses frapper l'ingrat qui me trahit. Oseras-tu du moins à ma fureur jalouse Immoler ma rivale... oui, sa nouvelle épouse? Ces bijoux sont à toi !
FORTE-BRACCIO
Le présent me sourit! {Réfléchissant.) De frapper aujourd'hui... (iinevra... sans qu'on puisse Connaître ou soupçonner d'où le coup est parti!.. Attendez!., c'est possible!., et si Dieu m'est propice, Par tous les saints! je crois que m'y voici!
FORTE-BRACCIO
Richesse nouvelle Enflamme mon zèle; J'y serai lidèle.
L'espoir m'est rendu!
Fortune si chère, Mon cœur te préfère ; C'est là sur la terre La seule verUi !
RICCIARDA
Richesse nouvelle Enflamme son zèle!
U sera fidèle ; L'espoir m'est rendu!
• L'intérêt l'éclairé.
Et, plus téméraire, Je vois qu'il iiréfère L'or à la vertu !
R.CCIARDA.
Et quel est ton projet ?
FORTIi-BRACClO.
Voire vengeance est bù-e!
{A demi-voix.) Il est de rapides poisons Qui servent bien la haine et trompent les soupçons!
Une fleur, une écharpe... une riche parure. Peuvent donner la mort!., pour nous point de danger. Car le ciel aujourd'hui conspire à vous venger!
RICCIARDA
Et comment?
FORTE-BRACCIO
Dans nos murs, à voix basse on raconte Qu'un terrible fléau soudain vient d'éclater !
RICCIARDA, effrayée.
Ciel!
FORTE-BRACCIO, soutiant et ta rassurant.
Je n'en crois rien! mais on mettra sur son compte Le coup hardi que nous allons tenter.
[On entend la marche du cortège qui revient de l'église. Ricciarda sort par la gauche, et Forte-Braccio par la porte à droite, après avoir indiqué à Ricciarda qu'it allait exécuter ses ordres.)