SCÈNE IV
Les précédents, JACOTIN.
jACOTiN. Un jeune homme à vos genoux ! Ah ! ah! M. Durand le saura.
MADAME DURAND, Las, à Emest qui est toujours à genoux. Mais levez-vous donc; voilà quelqu'un; c'est le fnliir.
EiiKEST. Fût-ce le diable, il faut que lu m'accordes ce que je te demande.
JACOTIN, en riant. Eh! parbleu ! accordez-lui, et que ça finisse.
MADAME lURAND, à part. Ah! quelle idée! {Ifautj à JacdUn.) lih bien! arrivez donc; c'est lui-même.
JACOTIN. Qui, lui?
MADAME DURAND. Ce fou dont je vous parlais tout à l'heure, et que vous désiriez tant!
ERNEST, étonné. Hein?
MADAME DURAND, avBC intention. Ce fou qui se mêle de toutes les noces et qui prend tout le monde pour sa femme! Il m'a aperçue, et, erac, sur-le-champ il est entré en scène.
ERNEST, se levant vivement, et meltantson bonnet de • travers en faisant des grimaces. C'est cliarmunt!
JACOTIN, le regardant en riant. Comment, il serait vrai? Eh bien! rien qu'à sa raine je l'aurais reconnu. Ah! ah! a-t-ill'air original!
EiiNEST, allant à lui et le saluant. Monsieur me paraît un luron! Oserais je le prier de me faire l'honneur d'assister à ma noce?
JACOTIN. 11 parait que Monsieur est marié !
ERNEST, prenant à Jacotin le bouquet qu'il a à sa boutonnière , et le mettant à la sienne. Oui, .Monsieur; j'exerce l'état de mari; je n'en ai pas d'autre.
JACOTIN. C'est un bel état!
ERNEST, (/est un de ceux qui rapportent le plus de considération, mais on finira par le faire tomber. Ce qui y lait du tort, c'est la contrebande. 11 y a une foule de gens qu'on nomme célibat lires qui exercent en fraude sans être patentés, et voilà...
Air : L'étude est inutile (Jeannot et Colin.)
0» du qu'en mariage H n'est point d'Iieureux jours; Chez luûi iainais d'orage N'en a troublé le cours.
Jamais d'humeur jalouse.
Pour mon cœur tout est neuf; Car aujourd'hui j'épouse, Et demain je suis veuf.
Le flambeau des amours Pour moi bnlle toujours.
Ou bergère ou baronne.
Toute mine friponne Kst ;\ moi : c'est mon bien ; Mais sans gêner personne.
Et sans demander rien De l'époux titulaire Les droits sont avant tout; Enfin je suis par goût Mari surnuméraire Comme on en voit beaucoup.
Ce n'est pas tout :
De tant de femmes puisque Je deviens le mari, Plus qu'un autre je risque D'être souvent trahi.
Je sais ."i mainte belle Ce qu'on peut reprocher; Mais pour m'ètre infidèle Il faut se dépêcher :
De femmes et d'amours Je change tous les jours.
JACOTIN. Il est gai. Ah çà ! mais, ou en est votre femme d'aujourd'hui?
ERNEST. Je ne l'ai pas encore aperçue ; mais, la première fois que je la verrai, je profiterai de cette occasion pour vous la présenter.
JACOTIN, montrant madame Durand. Il me semblait que c'était Madame, car je vous ai surpris dans un tète-à-téte conjugal.
ERNEST. C'est vrai, c'est ma femme.
JACOTIN. Et l'autre?
ERNEST. Et l'autre aussi! ça n'empêche pas... Vous ne savez donc pas... Je suis le sultan Saladin! 11 ne savait pas cela. Est-il en retard?
JACOTIN. Ah! ah! 11 est amusant.
Ain : Quelle douce, aimable folie (Un jour a Paris;.
Quelle douce, aimable folie!
Est-il un plus heureux destin?
Avec vous Monsieur se marie.
Et c'est le sultan Saladin.
ERNEST
Oui, c'est Roselane elle-même.
JACOtlN.
Combien j'aime à le voir!
ERNEST
Oui, de ce mois c'est la trentième A qui j'ai donné le mouchoir.
ENSEMBLE
ERNEST
Non, ce n'est point une lolie.
Est-il un plus heureux destin?
Avec elle je me marie.
Je suis le sultan Saladin.