ADINE, MADAME DE CHAVA.N.NES
AUl^^;, entr'mwrant ta porte à gauclic. Eh liii'n! il csl parti?..
MADAME DE tHA VANNES. Olli, UIOM Crilant !. .
.\DiNE. iMcinritt. Vous Pavez vu... vous lui avez p.nie! ^'ctcepas (|u'il est liien, qu'il est uirnalile, cl surluut r.iisonnable et sage comme une demoiselle?..
MADAME DE CRAVANNES. Certainement...
ADiNE, avec impatience. Diles-nioi donc alors (pi'il vous plait, que vous en êtes contente ..
MADAME DE ciiAVAisNES. froidement. Pour moi... oui! pour loi, c'est dilTérent!
ADINE. Comment cela !
MADAME DE cii.wANNES. Tu ie le représentais comme un héros do roman, un être idéal, un être à pari!., e! il n'iu est rien ; c'est un fort brave jeune homme...
ADINE, appuyant. Qui es' parfait'..
MADAME DK ciiAVANNES. .Noji, mon ciirant. Il a quelques défauts, et he.iucoup dcbonn's qualités... il est, en un mot. comme tous les jeunes gens à leur entrée dans le monde, susceptibles du bien ou du mal, selon la direcliou quoi) leur imprime; et je suis persuadée que si Ainédée est entouré de vrais amis, de gens raisonnables, s'il voit k bonne .société...
ADINE. La vôtre?..
MADAME DE CHAVANNEs. Il viendra tous Ics jours... il me l'a promis.
ADINE. Vous voyez !..
MADAME DE cH.WANNEs. Je suis pcrsuadéft que ce sera un honnête homme, un bon mari... qui saura un jour t'appiv'cier, et qui finira par t'aimer...
ADINE, étonnée. Comment, qui finira...
MADAME DE CHAVANNES. Oui, iiion ciifant... car, jusqu'à présent, il n'a pas encore commencé...
ADINE. Qu'est-ce que vous me dites là?
MADAME DE CHAVANNKS. L* vcrilé!.. Avant tout, je dois te l'apprendre... Qui te la ferait connaître, si ce n'e-t moi? Eh bien!., eh bien !.. qu'as-tu doue?., te voiià Ireiublauti',.. ma pauvre fille... tu l'aimes donc bien?..
ADINE. Plus que je ne peux vous dire et je n'y survivrai pas.
M.\DAME DE CHAVANNES. Si, inOU Cnfailt...
ADINE. Non, maman... je vous le jure!,.
MADAME DE CHAVANNES. AUons, de la Taisou ! du courage!
AD\!^E, pleurant . Je n'en ai plus! C'est si mal à lui de ne pas m'aimer...
MADAME DE CHAVANNES. Cela pcut Venir.
ADINE, essuyant ses pleurs. Vous croyez!., et comuirni cela?.. .
MADAME DE CHAVANNES. Il te connait à peine... il y a uu an qu'il ne t'a vue...
ADINE. C'est vrai!..
MADAME DE CHAVANNES. Dcpuis cc temps, tu cs bieii embellie.
ADINE. C'est ce que je me disais ce matin !
MADAME DE CH.WANNES. Et puis, tU aS UU boil cœui', UH boU
caractère, une foule de bonnes qualités.
ADINE, avec inipatiinre. Cela ne se voit pas.
MADAME DE CHAVANNKS. Peut-ètie ! .. Il y a nioyeii de les faire valoir, de paraître à son avantage... il n'est pas défendu de plaire.
AoiNE. Certainement... Mais, pour plaire, couiincut faire?
MADAME DE CHAVANNES, sourifint. Comment?
ADINE, rf'un air suppliant. Oui!., c'est à vnus que je le demanderai!..
MADAME DE CHAVANNES, ioinvVj»/. Je u'aîpis de mémoire... Pour toi, cependant, je tâcherai de me rap[)eler; et d'abonl, ce soir, à ce bal.... ou tu dois aller... [La regardant.) Voilà une eoitliire qui ni' b; va pas du tout; nous la changerons.
ADINE. Oui, nnnian...
MU)AME DE CHAVANNES. Il y Sera aussî.
ADINE. Vous laites bien de me le dire... je danserai de mon mieux...
MADAME DE CHAVANNES. Non, vraiment... comme à l'ordinaire... aveesimpliciti'. .
ADINE. Je ne danserai qu'avec lui.
MADAME DE CHAVANNES. Gai'de-t'en bien... ne fais pas plus
altention à lui qu'a un antre peut-être même un peu
moins!... Ce n'est pas lui i(ui doit te trouver aimable... c'est tout le monde... alîn que tout le inonde le lui dise.
ADINE. Il fanilra donc, en dansant, faire des frais, avoir de l'esprit ! Et en avoir exprés . . c'est terrible !.. Avec les autres, c'est possible... mais, lui, s'il me pirle...
MADAME DE CHAV.ANNES. Poîiit de recherche, point d'affeelation... du naturel.
ADINE. C'est aisé, quand on n'y pense pas ; mais si je tâche d'en avoir, je n'en aurai plus! El si je me trouble... si vous n'êtes plus là pour venir à mou aide, et que mon emhirras lui apprenne ce qu'il faudriit lui taire?.. Non, non, e'e.il trop difficile... je ne pourrai faniais. Avant, je ne dis pas; mais maintenant, et avec l'idée d: lui plaire... je ne par- >iendi-ai qu à lui paraître sotte, maussade, insupportable. Il me prendra en aversion... et, alors, je n'aurai plus qu'a mourir de chagrin.
MADAME DE CHAVANNES, a pari. Elle a raison ; elle n'y entendra jamais rieu! Pour .séduire, il fuit du calme, du sangfroid... on n'en a plus quand ou aime... Et j'allais remettre en ses mains des arm s trop dangereuses pour qui ne .sait pas s'en servir!
ADINE. Eh bien! vous ne me répondez pas! Que dois-je faire?
MADAME DE CHAVANNES. Ricii , uioii cufaiit, absolument rien... que de te montrer, pour prouver à M. Amédée qu'il n'a pas le sens commiin! C'est déjà un assez bon argument a employer ; et, pour le reste, je m'en charge : tu n'iras pas seule à ce bal, je t'y mènerai.
ADINE, avec joie. Vous, qui vouliez passer la soirée ici...
MADAME DE CHAVANNES. Je uic Sacrifie ! {Gaiement.) J'ai idée que je m'y amuserai!., que j'y servirai iitibinent tes intérêts ' . .
ADINE. .\h ! que vous êtes bonne !
MADAME DE chav.annes. Et avant peu, je l'espère...