‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 729 sur 975 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les précédents, LOUISE.

LOUISE. Eh bien! Antoine, qu'est-ce que tu fais donc? je t'ai cherché partout. Hi'ureusement que quand tu n'es pas à ton comptoir, tu es toujours Ici; aloi-s j'étais sûre de te trouver. Bonjour, monsieur Rodolphe! Bonjour, Thérèse ! vous savez, n'est-ce pas?..

ANTOINE. Oui, oui, u'cu parloiis plus, je leur ai tout dit.

LOi'iSE. Tant pis, je leur aurais raconté, (.t .intoine.) Mais tu es là à causer, et pendant ce temps-là il s'impatiente, et se désespère peut-être.

ANTOINE. Eh ! qui donc?

LOUISE. Julien, qui t'attend chez le notah'e : le contrat ne se fera pas tout seul ; il faut encore convenir des articles ; mais, voilà comme tu es ; des qu'il ne s'agit plus de commerce...

ANTOINE. Allons, ne va -tu pa-; me faire aussi une scène? Je inc rends chez Um notaire, et, mieux que cela, je vais lui porter la dot.

LorisK. A la bonne heure, mais dépêche-toi ; je me ligure ce pauvre Julien...

ANTOINE. N'est-il pas bien à plaindre! Voyons, Rodolphe, toi qui es notre caissier, donne-moi des fonds.

ituDOLPHE. Attends, je suis à toi. (Ouvrant un tiroir.) Mais auparavant, coiiuiic amis de li famille, permets-nous, à Thérèse et à moi, d'ollrir notre cadeau à la mariée...

ANTOINE. Là! encore des bélises!.. Vois-tu, Rodolphe, je t-' l'ai dit cent fois, tu n'es pas plus né pour le commerce que.

LOUISE. Dieu ! la belle chaîne d'or!

THÉRÈSE, bas, à Rodolphe. Ah ! que tu es aimable !

RODOLPHE, de même. Ce n'est pas moi, c'est toi qui la lui donnes, car c'est pour Thérèse que ji; l'avais achetée. {Il va se mettre à sa table et cu}npte des bdlets.)

.ANTOINE. Je VOUS le demande, une chaîne d'or à une petite fille comme C'.lle-là; Qu'est-ce qu'il donnera donc à sa sœur, quand elle se mariera! car voilà un bel exemple, mademoiselle Thérèse; j'espi'ce que vous en proliterez.

LOUISE, m'tlant la chaîne a son cou. Oui, oui, il faut vous

marier; c'est si gentil... Regardez donc tomme ça brille

Et puis, quand vous \oudrez, vous ne manquerez pas d'amoureux.

ANTOINE. Pour ça, j'en réponds; car moi, qui vous parle, j'en connais plus d'un.

RODOLPHE, qui est à la table, et qui a donné plusieurs fois des marques d' impatience . Viens donc au moins maider, je ne sais pas si j'ai là ton compte.

ANTOINE, sans le regarder. Eh ! va toujours, je m'en rapporte à toi. (.t Thérèse.) Et ceux dont je vous parle là, mademoiselle fhérèse, ce sont des gens qui vous recherchent pour vous, et non pour lesécus de votre frère.

RODOLPHE. C'est pour toi que je fais ce bordereau ; si tu ne viens pas examiner...

ANTOINE. J'y suis, j'y suis, mou ami : vingt, vingt-cinq, trente; voilà trente mille francs. (.4 Thérèse.) Vous penserez à ce que je vous ai dit, à vos moments perdus, à votre aise, parce que j'ai pour vous un jeune homme en vue.

LOUISE. Je gage que je le connais?

AMOiNE. Je te dis que non.

LOUISE. Je te dis que si.

ANTOINE. Eh! je te dis que non.

RODOLPHE, impatienté, les interrompant. Ah çà, morbleu! finirez-vous ? Il me semble que, quand il s'agit d'affaires, on doit être à ce que l'on fait.

ANTOINE. Eh bien ! qu'est-ce qu'il te prend donc? j'y suis

RODOLPHE

'<mê^

ARToins. J« suii donc l'iuâ heureux que lu n'éuis hier. — Scène 16.

plus que (oi. [Regardanl le bordereau.) Quaiaiile mille francs en effets, les voici. Plus, dix mille fiMiics com|itaiit.

RODOLPHE. Ou c'est lout cummc : un billet passé à mon ordre, que je dois toucher aujourd'hui chez Durand, négociant.

AMoiNE. Eh bien ! cours vile les chercher pendant que je vais arrêter les comptes et signer le re(;u.

KODOLPHE. Us ont uH caissier qui va me tenir un (piart d'heure.

LoiisE. Encore des retards, raison de plus pour se presser. [Prenant le bras de Rodolphe.) J'y vais avec vous.

AMoiNE. Eh bien ! allez vite, allez donc.

LOUISE, en sortant. Ne von? faites pas attendre, c'est pour midi. [Elle sort avec Rodolphe.)

Page 1