THÉRÈSE, RODOLPHE
[Thérèse est assise dans un coin et pleure ; Rodulphe, sans la regarder, se promène avec agitation.)
RODOLPHE. Comptez doiic sur les amis ! ils profitent de votre confiance pour vous trahir. .Moi qui tous les jours les laissais ensemble; moi qui ce matin encore le vantais à Thérèse, tandis que depuis longleni|is j'aurais dû me douter de ses projets! {S'arrélant devant Thérèse.) Eh bien ! vous pleurez, vous êtes désolée de son départ.
THERESE. Oui, saus doulc . uiais plus encore d'avoir vu mon lière iujusle et cruel , c'est la première fois.
RODOLPHE. C'est votre faute, pourquoi m'avez-vous trompé ?
THEiiÈSE. .Moi !
RODOLPHE. Oui, vous n'avcz refusé ce matin M. Mnller, ce jeune officier, que parce qu'en secret vous aimiez Anloine; non pas, comme je vous l'ai déjà dit, que vous no soyez libre
RODOLPHE
de l'épouser, ce n'est certainement pas moi qui vous en empcclici';ii,iiiaisj';iiiiriètrftljlcssé(;levotrc manque de confiance.
TiiEiîESE. Comment! tu peux supposer que M. Antoine...
itoimLi'iiE. Vous me ferez peut-être accroire que tanlùl, ici, il ne vous a pas parlé d'amour?
TiiÉRKSE. Pourquoi le nierais-je? c'est la vérité.
noDOLPiiE. Vous voyez donc bien qu'il voulait vous séduire.
THERESE. Il m'a olFert son cœur, sa l'orlune et sa main.
RODOLPHE, à pari. I.e perfide! (Haut.) Et je suis arrivé au moment où il vous remerciait.
THÉRÈSE. Oui, il me remerciait de mon amitié, car c'est la .seule chose que je lui aie accordée.
RODOLPHE. Que dites-vous? Vous lui auriez répondu.. .
THÉRÈSE. Que je l'acceptais pour ami, et non pour époux.
RODOLPHE, confondu. Quoi!
THERESE. J'ai ajouté, ce que vous saviez déjà, que je ne voulais pas me marier, que je voulais toujours rester avec vous; il est vrai qu'alors je vous croyais meilleur : je ne vous avais jamais vu aussi méchant qu'aujourd'hui.
RODOLPHE, à /jarf. Dieu ! (]u"ai-je fait? (Hau^) Oui, Thérèse, tu as raison, je suis un malheureux ; je suis indif^ne de votre amitié à tous deux! Pauvre Antoine! comme je l'ai traité! lui, mon ami, mon bienfaiteur!
THÉRÈSE. Tu as rompu avec lui.
RODOLPHE. Est-ce possible?
THÉRÈSE. Tu l'as chassé de chez toi.
RODOLPHE. Oh! non, non, pour cela je ne le crois pas.
THÉRÈSE. Et le jour où sa sœur se marie, le jour où il devait venir dîner avec nous en famille.
RODOLPHE. Je l'ai chassé! mon meilleur ami! mon frère! (.■1 Thérèse.) J'étais donc bien en colère?
THÉRÈSE. Jamais je ne t'ai vu dans un état pareil ; tes traits étaient renversés, ta physionomie n'était |)oint reconnaissable; nicn certainement, Rodolphe, tu souffrais.
RODOLPHE. Oui, j'éprouvais un mal affreux, ma tète n'était plus à moi ; mais cela va mieux, et si je revoyais Antoine, je .serais tout à fait heureux. Dis-moi, Thérèse, crois-tu qu'il revienne?
THERESE. Non, il l'a juré ; mais si lu allais chez lui, si tu lui tendais la main.
RODOLPHE. Tu as rai SOU , mais je n'ose pas; après ce qui s'est passé, j'aurais honte à paraître devant lui, du moins dans ce moment.
THÉRÈSE. Eh bien! j'irai.
RODOLPHE. Ah! que tu es bonne!
THÉRÈSE. Je lui dirai ; « Antoine, je viens de la part de mon frère; embrassons-nous, et que tout soit oublié. »
RODOLPHE. Ah! tu l'embrasseras? Oui, oui, tu as raison; j ou plutôt, si tu lui écrivais de venir te parler, et que ce fût ici que notre réconciliation eût lieu,
THÉRÈSE. Connue tu voudras, j'écrirai.
RODOLPHE. Adieu, Thérèse, adieu, ma sœur; j'ai besoin de prendre l'air, cette scène m'a bouleversé; je vais un moment sur le port. Tu vas écrire, n'est-ce pas?
THÉRÈSE. Oui. Tu ne m'en veux donc pas?
RODOLPHE, revenant et l'embrassant. Moi, jamais. Adieu, adieu, Thérèse. [Il sort.)