‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 76 sur 975 · ZOÉ, CÉSARINE · texte numérisé non relu

ZOÉ, CÉSARINE

cÉSAniNE, entrant en rêvant, et s'us.^cyanl sur un fauteuil a droite. Bernardet est nonnné... il doit en avoir uiainlinant la nouvelle... mais le ministre l'a dit... quatre voix de plus et la loi passerait... et ces cpiatre voix, si je pouvais les lui donner, je sera's toute-puissante... on n'aurait rien il me refuser... mais où les trouver? impossible... même en convoquant le ban et l'arrière-ban de nos amis... si Oscar était nduimé... c'en serait une, ce serait un zéro qui servirait il quelque chose... mais il sera trop tard.

ZOÉ, « part. Ma foi !.. et au risque d'interrompre l'Iiounne d'État dans ses méditations... avançons!

cÉSAnijiE, l'apercevant. Madame de .Montluear...

ZOÉ. Ma chère Césarine...

CÉSARINE. tjuel extraordinaire!.. W. de MoutUicir nous honore souvent de ses visite?... mais vous êtes moins aimable ou plustîère... car on ne vous voit jamais...

ZOÉ. 11 est de l'ait que depuis la ]iensi(jn...

CÉSARINE, à part. Elle ne peut pas dire deux phrases sans eu parler.

ZOÉ. Les temps sont bien changés!

eES.vaiNE. En quoi donc?

ZOÉ, d'un air railleur. Celte pension où vous étiez nolrj supéiieure...

CÉSARINE, avec fierté. Je ne vois pas qu'il y ait grand chaiigeiueiit.

ZOÉ, à part. L'insolente!

CÉSARINE, reprenant tm ton plus aimable. Je trouve seulement que depuis mes grandeurs... vous m'avez disgraciée, et c'est ce dont je me plains...

ZOÉ, à part. Elle fait la prntectrito à iirésent !

CESARINE. Carj.' n'ai point oublié... ura, cette petite Zoé si espiègle et pourtant si naïve...

ZOÉ, d'an air de bonhomie. Vous voulez dire si simple, et Vdus avi'z raison... car maintenant comme alors, j'aurais grand besoin de vos leçons... par malheur vous n'en donuiz plus... sans cela je viendrais pnditer... O.ii, vraiment, l'admire toujours ce tact prodigieux qui ne vous abandonne j unais, ce coup d'œil rapide et sur qui vous guide et vous dii'ige sur-le-cli.unp... Mni jiMi'ai ni uispiralion, ni présenne d'esprit... je ne sais jamais que le leiidiniain ceipi'd aurait fallu dire ou faire la veille... tandis que vous!., vous êtes la femme du jour...

CÉSARINE, Souriant. Tenez, ma ihère Zoé, vous me fla'tez beaucoup... vous avez besoin de moi.

ZOÉ, naïvement. C'est vrai ! voilà justement le coup d'o/il dont je vous parlais.

CÉSARINE. Dites-moi alors ce ipie vous voulez... vous venez de la part do vôtre mari...

ZOÉ. iN'on vraiment... il ignora ma démarche...

CÉSARINE C'est donc pour vous!

ZOÉ. Encore moins!

CÉSARINE. l'cinr ipii doue alors?

ZOÉ. Ah! voili le difficile., et je ne sais plus maintenant si j'oserai, .j'ai p-'ut-èlix; même eu tort de m'.ivaicer autant... Uiais comme je vous le disiis tout à l'Ii ure... je ne sais jamais dans le mome.it le parti qu'il faut prendie .. et je crois miiutenant que j'ai choisi un mauvais nmy.n. . .\ussi, tout calculé... j'ainii' mieux ik; pas vous en parler...

CÉSARINE. Quelle folie... puisque nous y somuu'S...

ZOÉ. Et si cela vous fâche .. si ma démarche vous paraît absnivle, inconvenante...

CESARINE. Entre nous!., entre anciennes amies!..

ZOÉ. C'est que justement... il s'agit ici d'un ancien ami... il y va non pas de sou bonheur ou de sa fortune... mais de si's jours qui sont eu danger...

CESAniNE. De qui parlez-vous?..

ZOÉ. DF-dmond de Vareunes...

CÉSARINE, /rouWée el chercImiU à se remettre. Edmond!..

ZOÉ, à part, l'observant. Je ne me tronl()ais pas... elle l'a aimé...

CÉSARINE. Ses jours sont en danger!..

ZOÉ, la regardant bien en face. Je le s;iis, moi qui ne suis pour lui qu'une sieur et qu'une amie... et vous l'ignorez, vous qu'il aime et qu'il a toujours aimée...

CÉSARINE, troublée. Moi !

ïoÉ, vivement, à part. Elle l'aime encore...

CÉSARINE, se remettant peu à peu d" son émotion. Vous n y prnsi'Z pis; et vous me dit;s l'i, Zo'-, des choses impossibles. Lui qui depuis un an semble m'éviter et me fuir, lui qui ne cache pas sa haine, loi qui, même en ma prcseiiee, w:- peut s'empocher do me témoigner par ses regards toute son aversion.

ZOÉ. Eh! mon Dieu! oui, tout cela est vrai! mais faut-il que ce soit moi, qui n'ai ni votre lact, ni votre esprit, (|ui vous apprenne ce que peuvent chez un jeune homme l'aluour-propre blessé^ la perte de toutes ses espérances, et le dépit et lajalousie auxipiels, depuis un au, il est en proie... Oui, Madame, depuis nu an, depuis votre miriage... et vous ne voulez pas <(u'il vous évite, vous ne voulez |»is qu'il vous déleste!.. 11 vous aimait, et par raisjii, par ambition peut cire, vous vous donnez à un autre, ce qui était bien mal... Mais, pardon, je ne dois vous parler que de lui qui, trop lier pour se plaindre, trop malheureux pour se consoler, n'a pris que moi pour conlidente de ses chagrins, et qui, perdant culiii toute illusion et tout espoir, a résolu aujourd'hui de mettiv Im ii ses lounneiits et à ses jours. Tenez, vous connaissez son écriture : lisrz!

LA CAMARADERIE

CF.SARiNE, lisant la hltre que Zoé vient de lui donner. 0 ciell.. Ce n'est paseroyable !.. Comment?., il m'aimait sans me l(!(lire?

zoK. Lui !.. il ne \oijs le dira jamais: il mourra plutôt que de vous l'avouer. De ce côlé-là, rassurez-vous.

cÉSARiNE, lui tendant la /cHn'. N'importe; je suis fâchée que vous m'ayez donné eelto lellre.

ZOÉ, /a rcpjomni. Quepouvais-je faire, cependant? J'élais bien embarrassée. Fallait-il tenter une démareho qu'il ignore et qu'il ignorera toujours? on bien faliiit-il le laisser mourir, ce pauvre garçon?., carc'est ce soir, il est décidé. Vous ne le connaissez pas.

cKSARiNE. Si, vraiment ; je connais depuis longtemps son caractère sombre, inquiet et malheureux ; mais quelque désir que j'aie de sauver ses jours, ce n'est guère en mou pouvoir. C'est à vous, Zoé, de le rappeler à la raison; car moi je ne puis ni le voir ni lui parler.

ZOÉ. Cela va sans dire, et c'est bien ainsi queje l'entends; je connais trop vos principes; mais qu'au moins ce pauvre jeune homme ne soit plusaixablé de votre haine; car ce qui lui a porté le coup fatal, ce qui l'a réduit au désespoir, c'est la certitude que vous étiez son ennemie déclarée.

CÉSARINE. Mlli?

zoÉ Partout il vous trouve comme un obstacle à .son avancement, à sa fortune. Est-ce là le prix et la récompense de tant de soulTiances et de tant d'amour? Est-ce juste? est-ce lovai? Si au contraire il avait la preuve que vous cessez de vous joindre à ses ennemis, que mèine une fois par hasard vous l'avez défendu, servi, protégé... ah! celte idée .seule le rattacherait à la vie, au bonheur, à toutes ses illusions; et vous auriez sauvé ses jours sans qu'il en coûtât rien an devoir.

CÉSARINE. Vous CFoyez?

ZOÉ, vivement. Aujourd'hui, par exemple, vous l'avez vu par cette lettre, il était sur les rangs pour être député; tout son avenir d'ambition en dépendait; et vous lui opposez un homme qui est votre parent, il est vrai, mais pour le(pii>l vous n'avez ni amitié ni estime; un homme qui se soutient par votre apjiui, et qui tomberait par son mérite ; et c'est mi tel concurrent qui l'emporterait sur Edmond, grâce à vos soins, gi'àce ;i vous! Ah! il y aurait d(> quoi lui donner le coup lie la mort, et vous ne le voudrez pas.

CÉSARINE. Non, non, Zoé; vous avez raison, lajuslice avant (ou t.

ZOÉ. Même avant les cousins.

CÉSARINE. Et je vous réponds que s'il est encore temps, je verrai... je tâcherai; je ne suis pas sûre que mon crédit puisse allrr jusque-là, maisj'essaic^rai du moins.

ZOÉ. Et c'est tout r;e que je demande.

UN DOMESTiûUE, annonçant. Monsieur le docteur Bernardet!

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