‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 764 sur 975 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

VATEL, setd. Ma tète est brûlante, brûlante comme mes fourneaux : un diner de soixante couverts, un diner diplomatique ! Vatel, il y va de ta gloire ! des diplomates, ça s'y connaît.

.\iR de Marianne.

Je sens toute mon importance.

Et je suis fier de mon talent.

Surtout ([uand je vois l'influenco Que les diners ont à présent.

A qui la gloire?

J'aiine â le croire, .■\u cuisinier Qui sait iJicu son métier.

Un bon diner Peut nous donner Beaucoup d'esprit.

Ou beaucoup de crédit.

Le diner gouverne à ta ronde; Partout ses droits sont reconnus, Et la fourchette de Cornus Est le sceptre du monde.

Au dernier diner de l'ambassadeur d'Angleterre, ou a parlé d'un mets autrefois en vogue, et dont la recette est perdue depuis soixante ans, lapuddinç] à la chipolata : ces messieurs ont ouvert un concours et proposé un prix a celui ijui serait assez heureux pour reti'ouver ce secret ; mais je ne sais comment vaincre la difficulté ; car enfin raisonnons : le pudding est d'origine anglaise, et la chipolata d'origine iialienne ; et pour fondre ces deux caractères, pour que la fransilion no soit pas trop brusque, pour que la liaison ne soit pas heurtée, j'en approche ; mais je n'y suis pas encore ; c'est ça, et ça n'est pas ça. Mais si je ne peux risquer le pudding, tâchons aujourd'hui de nous surpasser nous-mème. Mon premier service est bien, je suis content du style, c'est sévère ; mais il y a du grandiose, un grandiose qui convient, à la circonstance. {Réoant.) Si je remplaçais ma truite à la génoise par un brochet à l'indienne. Non, ne changeons rien, le premier jet est le meilleur ; et si j'ai un défaut, c'est de vouloir toujours corriger. C'est fini, je n'y touche plus. Voyons maintenant mon second service. (// s'assied auprès du fourneau, et compose.)

Air : Je meurs d'amour, belle comtesse (Fragment de Jeaxnot ET Colin).

{Il écrit.)

Poularde, orlolaus, bécassine.

{Cherchant.)

Bécassine, Rosbif!' d'agneau près d'un j.inibon rôti, Faisans truffés et galantine.

Timbale de macaroni.

Bien, jusqu'ici.

Puis de Néiac une terrine; C'est fort bien. Galantine Et terrine; Et puis, par un heureux mélange.

Croque-en-bouche au café, crénie de chocolat ;

Un pouplin en regard d'un baba.

Une charlotte russe, et puis... ce n'est pas ça: Une charlotte russe, un miioton d'orange. {.iecc joie.)

Le pouplin répond au baba.

Et la cliarlolte russe au miroton d'orange. Ah ! c'est superbj ! c'est charmant!

C'est un chef-d'œuvréj assurément.

11 ne s'agit plusmaintenant que de l'exécution. Holà I quelqu'un. Laridoii! Laridon!

LARiDON. Monsieur?

v.vfel. Appelez messieurs les marmitons, et que toute la cuisine monte à l'office. [Laridon va à l'escalier qui conduit aux cuisinesj il appelle les marmitons qui montent aussitôt.)

VATEL

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