‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 765 sur 975 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

VATEL, CÉSAR, LARIDON; Choeur de Marmitons.

(Toits les marmitons en entrant se rangent sur deux lignes à droite et à gauche du tliéâtre ; César est à la tète de la ligne à gauche, Laridon à la tête de la ligne à droite.)

VATEL. Messieurs , chefs , sous-chefs, aides , marmitons, tourncbroches, et gàte-sauces, vous avez travaillé hier toute la journée, vous avez passé la nuit sur vos fourneaux. Je veux bien maintenant vous dire pouri|Uoi. M. raiiibassadeur donne aujourd'iiui un grand dîner, un repas de soixante couverts. Je n'ai pas besoin de vous en dire davantage, chacun fera son devoir. Monseigneur y compte, et moi aussi.

CÉSAR. C'est convenu.

VATEL. Silence, mon fds; le premier .sous-chef veillera aux entrées; vous, Laridon, vous ne quitterez point la broche; quant à César, à dater d'aujourd'hui, il passera aux gratins, et je lui confie une inspection générale.

CÉSAR. Quelle faveur!

VAFEL. Tâche de t'en rendre digne. Quant à moi. Messieurs, je ne me place nulle part; mais je serai partout, et vous me verrez toujours au feu. [Donnant un papier à Laridon.) Voici votre partie. [A César.) Mon fils, voici la vôtre.

LARIDON. Monsieur Vatel...

VATEL, (e rejarûfoni. Qu'est-ce?

LARIDON. Je vous demande bien pardon, monsieur Vatel, si j'ose vous dire quelque chose.

VATEL. Parlez, Monsieur; je permets toutes les observations qui sont dans l'intérêt de l'art.

LARIDON. Dans ma partie, au premier service, j'ai des grives et des foies gras en caisse, ça fait deux caisses à côté l'une de l'autre.

VATEL. C'est juste, il y a pléonasme. Je vous remercie de la critique. Vous placerez, entre les deux, une escalope de lapereaux.

LARIDON. Et en regard?..

VATEL, rêvant. En regard, un vol-au-vent de Macédoine. Voici un exemple, Messieurs. Voilà un jeune homme qui raisonne, et qui se rend compte. Monsieur le chef, vous exécuterez mon plan à la lettre, et en même temps vous le ferez étudier à ces messieurs. J'entends que demain on m'en fasse une analyse.

CÉSAR. Oui, papa, on s'y conformera.

VATEL. César, je vous af demandé du silence. Cette journée. Messieurs, doit mettre le comble à notre gloire. J'en conviens, chaque peuple a son plat national. L Angleterre est depuis longtemps célèbre par son roshijf. L'Italie est la terre classique du macaroni, iW. temps iminemorial. L'Allemagne s'est illustrée par sa soupe à la bière, i|ui , soit dit entre nous, ne vaut pas le diable. La Russie nous montre avec orgueil sa charlotte. L'Espagne elle-niènie a son olla podrida. Mais que sont toutes ces fades productions, comparées aux chefs-d'œuvre de l'école française? CÉSAR. Elles ne sont rien, mon père.

VATEL. Mon fils, voilà la troisième fois que vou.s m'interrompez. Maintenant, Messieurs, descendez à l'étude. {Ils vont pour sortir.)

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