VATEL, CANIVET, CÉSAR
VATEL. Il est donc vrai, c'est toi, mon fils?.. CÉSAR. Eh bien ! oui, je ne dis pas non ; j'étais à l'ouvrage, j'ai enleiidu la voix de Manette, et j'ai tout oublié.
VATEL. Quand je disais que cet amour-là lui ferait perdre son état!
c.\NivET. Mon cher Vatel ^ un peu d'indulgence.
VATEL. Laissez-moi, monsieur Canivet. Vous ne savez pas ce que j'ai fait pour lui. Dès sa plus tendre enfance, il a sucé les principes et les morceaux les plus substantiels! Pour les saines doctrines, je l'en ai nourri, je l'en ai farci; je l'ai élevé à la brochette.
CÉSAR. .Mon père... pour qui me prenez-vous?
VATEL. Tais-toi ! oui, je le redis encore , je t'ai élevé à la brochette. Et au lieu de me seconder dans mes importants travaux, ;oi lieu de m'aider dans la recherche de ce pudding à la chipolata, de ce mets diplomatique qui m'absorbe depuis huit jours, tu ne penses qu'à ton amour, tu négliges tes études; tu aurais pu devenir un artiste, tu ne seras qu'un fricoteur.
CÉSAR. Mon père!..
VATKL. Eh !..
CÉSAR. Je vous passe le mot, parce que vous êtes en colère; mais il ne faudrait pas recommencer.
VATEL. Ah! tu me menaces, tu perds le respect; eh bien! je te chasse.
CANIVET. Monsieur Vatel, y pensez-vous!..
v.\TEL. Oui, Monsieur, il faut un exemple. {A César.) Otc ton couteau, ton tablier, ton bonnet de coton. {César quitte chaque pièce à mcsan' que .wn père te lui ordonne.) Dépose tes insignes. Je te dégrade ; tu n'es plus oflicier de la maison de Son Excellence.
CÉSAR. C'est dit. .Maintenant, je suis mon bourgeois.
v.\TEL. Vous le voyc z, il ne rougit .seulement pas, tandis qu'à sa place, nos aïeux, jadis...
CÉSAR. Ah bcn oui. . . si vous croyez que je vais faire comme grand-papa Vatel!
WTF.L. Tu n'es qu'un mauvais sujet! un Jocondc, un Lovelace. Est-ce bien là mon sang? En vérité, monsieur Canivet, ily a des moments où j'ose soupçonner madame Vatel.
CÉSAR. Mon père, si je ne vous respectais pas Mais,
puisque me voilà à la réfnnne et sans appointements, ne pouri'iez-vous pas me donner le bien de ma mère? je suis majeur.
VATEL. Je te le donnerai, le bien de ta mère. Mungc-le,
VATEL
chenapan, mange, puisque tu aimes mieux manger que de faire manger les autres. Adieu; tu m'as entendu?
CÉSAR. Oui, mon père, je suis destitué.
VATEL. Ah! mon cher monsieur Canivet ! il me fera mourir de chagrin. Mais, oublions mes douleurs domestiques; avant que d'être père, je suis maître d'hôtel. Venez, je vais vous communiquer mon plan. (Ils entrent dans la chambre à gauche.)