SCÈNE X
Les précédents, GÉRARD.
GÉRARD. Eh ! que diatilo faites-vous là, tous les trois? vous avez l'air d'un rasseuibiement.
CARACALLA. Nous Dous aoiusions à lire la liste des traîtres mis hors la loi par le comité.
GÉRARD. Bah ! ça court les rues; mais les uns sont hors du teri'itoire, et les auties échapiicront encore probablement. CARACALLA. C'cst cc qiie nous verrons. {Au ijénéral.) Afht've-moi cela. (Ils achèvent tous trois de lire Lj liste à demi-voix auprès de la table à gauche ; pendant c-: tein/js, Julie, tjui est au coin du théâtre à droite, s'approche de Gérard.) JULIE. Ouelles nouvelles?
GÉRARD. iMauvaises. On se doute que les deux frères sont dans Paris; des espinn-; sont envoyés aux messageries, aux barrières, et les municipaux ne veulent délivrer de permis qu'aux personnes elles-mêmes. C'est un arrêté qu'ils viennent de prendre ce soir. JLLiE, montrant Caracalla. Celui-là était-il au district? GÉRAi'.D, de même. Non.
jLLiE, de même. Il l'ignore peut-être.
GÉRARD, de même. Tu as raison.
CARACALLA, au marquis et au général. Cest bon, c'est bon ; rendez-moi cette liste. Il y en a quelques-uns là-dedans dont je suis sûr, et qui ne m'echapperùut pas.
GÉRARD, passant entre les deux frères. Bah ! avec de l'or. [Leur donnant à chacun une bourse.) Voilà ce que j'ai trouvé ; [Haut.) Et ces gens-là en onl.
CARACALLA. L'or n'y fait rien; au contraire, c'est cela qui les fera pincer. Les Surgy, par exemple, c'est moi qui suis chargé de les arrêter; et avant ce soir ils seront coffrés. LE GÉNÉRAL, riant. Bah! et comment cela? GÉRARD. Tu sais donc où ils sont?
CARACALLA. J'en ai z'une idée.
GERARD. Ce diable de Caracalla en a toujours. CARACALLA, entre Gérard et le général. On a dit ce matin z'au district qu'il y avait des monceaux d'or et d'argent cachés dans les murs de leur hôtel; bon, nie suis-je dit /.'a part moi, c'est z'un renseign 'ment; si l'émigré z'est àParis... (ylu »ia)T/iiw.) écoute ça, citoyen, il ira rendre une visite domiciliaire à son hôtel, pour à cette fin de faire du tort à la nation, en lui prenant ses écus.
GÉRARD. C'est sûr.
CARACALLA. Alors j'ai z'envoyé deux z'émisphères en faction pour surveiller les individus qui entre ou qui sort, et si un des ci-devant se présente, pincé et incarcéré; c'est là de la malice et de l'esprit!
GÉRARD. C'est drôle, ça me fait l'efTet d'une bêtise. CARACALLA. Une bêtise, citoyen, une bêtise arrêter les Surgy !
GÉRARD. Sans doute; il vaudrait mieux arrêter leur trésor. CARACALLA, surprii. Ah! diable! c'est vrai ! c'est une autre idée. (Baj:, à Gérard.) Mais le moyen?
GÉRARD, de même. J'en ai un; je sais où est le trésor; et, si tu veux m'aider, au nom de la nation...
CARkCAi.n. C'est dit; partons vite.
GÉRARD. Un instant, il faut d'abord nous débarrasser de ces deux-là qui voudraient partager, et du citoyen Sénèque qui viendra tantôt pour le même objet,
CARACALLA. Ce coquiii de Sénèque, il n'haït pas les richesses; ce sera difficile.
GÉRARD. Je m'en charge; mais pour ceux-là, ça te regarde. CARACALLA. Comment cela?
GÉRARD, a haute voix. Quauil la patrie est en danger, comme cela lui est encore arrivé ce matin, il faut que les bons citoyens se rendent à k^ur poste.
CARACALLA. Oui, il faut que tous les bons patriotes se rendent à leur poste.
GÉRARD. Et voilà le citoyen Thomas, un oncle de ma femme, et mon cousin GirarJot, qui est en congé et qui va rejoindre, qui voudraient quitter Paris ce soir. CARACALLA. iN'est-cc quc ci'la?
GÉRARD. Il faut donc, comme municipal, que tu leur signes un permis.
CARACALLA, les regardant. Un permise eux? impossible. Ji'LiE, à part. 0 ciel!
GÉRARD. Tu refuses un patriote, moi, Gérard; qui suis leur caution?
CARACALLA. Je ne peux pas faire autrement sans me compromettre.
jiLiE. Refuser de signer!
CARACALLA. J'ai z'une raison invulnérable. JCLiE ET GERARD. Et laquelle?
CARACALLA, à demi-voix. C'est... c'est que je ne sais pas écrire, vous le savez bien, et vous compromettez là un municipal. [Haut.) Tout ce que je peux faire pour les citoyens, c'est de les prendre sous le bras, et de les conduire où ils voudront aller.
GERARD. Cela vaut encore mieux : à la messagerie nationale qui part ce soir.
CARACALLA. C'cst à dcux pas. GÉRARD. Mais tu m'en réponds.
CARACALLA. Je uc les quitterai pas que la voiture ne soit partie, et je viens te rejoindre.
GÉRARD. Ici même, où je t'attendrai.
CARACALLA. Eu TOutc ! Avec ma protection, vous iriez en enfer sans passeport. {// prend le général et le niarguis sous le bras, et ils vont sortir par la porte du fond. On entend à droite le bruit d'une clé dans la serrure.) LE MARQUIS. Qui vient là?
JULIE, effrayée. C'est Goberville (]ui avait la clé. GÉRARD. C'est Sénèque.
CARACALLA, quittant le hra.^ des deux frères. Je vais lui parler.
GÉRARD, vivement. Au contraire, qu'il ne le voie pas chez moi. CARACALLA. C'est juste.
GÉRARD, fermant vivement la porte que Gobervdle vient d'entr' ouvrir. Un instant, citoyen, on n'entre pas.
GOBERVILLE, par la fenêtre vitrée qui donne en face du spectateur. Je viens te prendre avec la citoyenne.
GÉRARD. Elle achève sa toilette. (.4 Caracalla et aux deux frères.) Partez.
JULIE. Et que Dieu les protège ! [Julie a ouvert la porte du fond, Caracalla sort en tenant tes deux frères, pendant que Gérard les suit des yeux en tenant toujours fermée la porte du cabinet, où l'on voit Goberville.)
AVANT, PENDANT ET APRÈS