VALÉRIE, CAROLINE
CAROLINE, à la cantonade. Qu'on mette des fleurs dans le salon, et (ju'avant toutou rlébarrasse li première cour. Dans l'état où elle est, il est impossible qu'une voiture pui St; y entrer.
VALÉRIE. Êh mon Dieu, c «usine! tu attends donc des gens à équipage?
CAROLINE. Oui, la personne avec qui je plaide.
VALÉRIE. Et quel est le but de cette visite?
CAROLINE. Un arrangement à l'amiable! Et que sait-on? II a le bon droit de son côté; mais je suis jeune, jolie...
VALÉRIE. Jolie! Dis-moi, cousine, qn'(;st-ce que c'est que d'être jolie?
CARoiiNE. Mais c'est...- de plaire.
VALÉRIE. Et moi, suis-j(! jolie?
CAROLINE. Ordin lirement, entre femmes, on n'en convient pas; m lis avec toi c'est sans c-iuséqnence, et je puis te l'accorder.
VALÉRIE, avec salisfa'lion. Tant mieux. — J'ignore piuirquoi, mais ce que tu me dis là me fait pi lisir. Eîi bien donc, continue.
CAROLINE. Il est même déjà question de mariage. Je n'eu Serais pas éloignée! Mni, je ne m'en cache |)as, j'ai.nii f.iible pour la richesse, pL'Ut-ètre parce que tout le monrle en médit, et que ma gém'rosité naturelliî ht porte à me ranger du parii des opprimévs. Enfin je l'aime d'incl na'ion. non pour elle-mèuie, mais pour la considération, et surtout pour ieseiivieuv qu'elle procure. — Je ne jieux pis soulTiir qu'on me p'aigiie; et qnan l j'entends dire tous lesjoui-s avec une pitié m digne : Cette pauvre madame Blumfeld, se trouver sans protecteur, sans fortune, quel dnmmage! Quand j'y pense, je deviendrais millionnaire... ne fùt-c; que par dé-pil!
VALÉRIE. Et c'est pour de pareils motifs que tu veux Vendre ton bunheur?
CAROLINE. Non; mais je veux assurer le litui. Si j'épouse le comte de Hdzbourg, Valérie, nul événement n.^ pourra plus nous s'parer; rien au monde ne m'emi»'' 'liera de passer ma vie avec loi. Tu vois donc bien que^ (puii qu'il arrive, je suis certaine d'être heureuse.
VALÉRIE. Cher.' Cu'idine, combien je te remercie! Mais tu es dans l'erreur, et ce serait au contraire si tu épousais le (dinte (le Haîzbonrg ([u'il faudrait nous quitter à l'instant même.
CAROLINE. Et pourquoi donc?
VALERIE. Si je m'étais (h irgée de défendre un ami, un ami (jui l'aime réellement, serait-il convenable que je devinsse la première cause de son malheur?
CAROLINE. Eh mon Dieu? quelle est donc la personne à qui lu t'intéresses si viviMuenf? J'y suis : le colonel Saldorf?
VU.ÉRIE. Du tout.
( ARoi.iNE. L'intendant Kelmiim?
VAi.LiuE. Encore mtiiis. Faut il que ce soit moi qui te rapprenne?
cAR'ii.iNE. Ecoute doue, je vois faut de mondiî
VALÉRIE. Je suis donc bien heureuse de ne pas voir, car j'iii découvert sur-le-cliamp le .seul de tous ceux-là qui l'aimât siii •ereiuent ; et ipiel autre serait-ce que W bon, l'ainiable Henri Milner?
CAROLINE. Ah! le pauvre jeune homme! C'estjustemeiU lui que j'ai pris i)our confident, et à qui tout à riieure encore j'ai (leman le conseil ; j'ai toujours eu t.mt d'amitié pour lui !
VALERIE. Il t'en aur.iit bien dispensée dans ee moment-là.
CAROLINE. Comment devin r ipi'il maimait? Il ne m'en
VALKHIE.
parlait jamais, ne m^ dallait pas, nie grondait tniijdurs. Celait moins im ami qu'un gouvorncur sévère. .
VAi.Éiui;. Oiii^ c'est rela; un maiire, un guide, un ami; moi, je l'aurais rci'onnu ! Voilà celui qu'il t'est permis d'aimer et d'épouser. C'est auprès de vous que je serais heurouFC do passer mes jours. Qu'ai-je besoin d'opulence, de trésors, de riches parures? Pour moi, c'est inutile. Ce qu'il me faut, c'est ton amitié, c'est la sienne. J'ai besoin d'être entourée de gens heureux qui Veuillent bien m'admettrc dans leur bonheur; ce partage-là n'appauvrit pas. El si tu savais comme il t'aime! si lu avais été témoin de sa tristesse, de son désespoir!
c.\r50Li>E. Coujuient, il se pourrait!
VALÉRIE. Tu no t'aperçois donc do rien? Moi. je ne pouvais le voir; [Lui prenant la main.); mais sans qu'il parlât, je l'entendais; je sentais sa main trembler dans la mienne. 0 ciel! comme toi dans ce moment; tu es émue, a.'itée. Oh ! que j'ai bien fait de lui promettre!.. N'est-co pas, Caroline, tu l'aimes, tu vas te rendre, et je cours lui dire que j'ai gagné sa cause?
CAROLINE, la retenant. Mais un instant. [A part.) Avec elle, c'est terrible, on se croit en sûreté, et Ton se laisse surprendre. [Haut.) J'avoue qu'un tel hommage a di'oit do me flatter. Peut-èlre me fait-il découvrir en mon cœur des sentiments que j'étais loin d'y soupçonner; et je crois qu'un jour...
VALÉRIE. Cela ne me suffit pas. Il faut l'aimer, et sur-lechamp.
CAROLINE. Eh mais, cousine, un instant. Je l'aimerais d'abord que je n'en conviendrais pas, et... {S'arrétaht.) Quel est ce bruit?
VALÉRIE, écoutant. C'est une voiture. Elle entre dans la cour.
CAROLINE, regardant par la fenêtre. Oh! le magnifique équipage! Quels beaux chevaux! Quelle livi'ée élégante I Eii mais vraiment, c'est un landau !
VALÉRIE. Un landau?
CAROLINE, regardant toujours. Oui. Ah ! que je te plains !