‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 259 sur 783 · SCÈNE Vf · texte numérisé non relu

SCÈNE Vf

LA PRINCESSE, seule et rêvant, iniis L'ARBÉ, sortant de la porte à gauche.

LA PRINCESSE, à part et rêvant. Que Maurice coure la rejoindre, jc l'en défie, et quant à briser mes chaînes, il doit voir à présent que cela n'est pas si facile... La seule chose qui m'inquiète, c'est ce bracelet, donné hier par mon mari et perdu dans ma fuite... à quel moment?., sans doute en montant dans ce carrosse de louage qu'il m'a fallu prendre! Après tout! personne ne sait que cebracelet m'ap[mrlient... quelques diamants de moins, cela regarde M. de Bouillon. L'essentiel, l'important pour moi, c'est de connaître cette femme qui exerce sur lui un tel empire. Celle à qui il confie tout... Et quand je pense que j'ai tenu ce secret, mieux encore! cette rivale entre mes mains... et que tout m'est échappé, grâce à mon mari, dont le fiambcau est venu tout embrouiller... La si'ience n'en fait jamais d'autres... avec ses lumières... Aussi je lui en veux, et vienne l'occasion!.. {Apercevant l'abbé et d'un air gracieux.) Eh ! c'est vous, l'abbé.

l'abbé, sortant de la porte à gauche (I). Vou-S.. Madame! digà superbe, éblouissante...

(I) L'abbi'; la princesse.

ADHIENNE LEGOUVREUM.

i.A piîi.NCESSE. J'ai voulu de bonne heure me tenir i)n";!e à recevoir tout mon monde... et en atlendiint, je revais. i.'abiîé. Non pas à moi... j'en suis sur.

LA PRINCESSE. Peut-èlre!.. à des projets de vengeance.,. priijets dans lesquels je ne vous ai pasdéfendu de m'aider... au contraire!

l'abbé, vivement. Eh bien! Madame!., vous me voyez furieux, je ik; sais rien encore!

LA piiiMCEssE, souriant. En vérité!., vous me rassurez!., jecomiit.iis si bien sur vos talents el votre habileté... que je commençais à m'efTrayer de la récompense promise... mais, grâce au ciel !.. et à vous...

l'abbé, vivement. Ah! ne me pai'lez pas ainsi... car vous me désespérez ! un instant j'ai cru connaître la personne, tout me prouvait que c'était la Duclos...

LA PRINCESSE. La Duclos!

l'abbé. Votre mari lui-même paraissait convaincu... il me l'avait dit et démontré...

LA PRINCESSE. Raisou de plus pour ne pas le croire!.. Eh i)ien ! moi, je suis plus heureuse ou jjIus habile (pie vous, j'ai vu cette beauté mystérieuse!., par un hasard singulier, je me suis trouvée, il y a quelques jours... la semaine dernière, avec elle... à la campagne... dans une allée sombre... très-sombre...

l'abbé. En vérité!

LA l'RiNCEssE. Et sans pouvoir distinguer ses traits... je lui ai entendu prononcer quelques mots... une phrase que j'ai retenue... celle-ci : « iNe craignez rien. Votre secret nfa été « coM^'é par quelqu'un qui me dit tout. » C'est à coup sûr lort insignifiant; mais le singulier, le voici : c'est que l'accent, le son de la voix, me sont parfaitement connus! plus je me le rapi)clle et plus il me semble que maintes fois je l'ai entendue retentira mon oreille!

l'abbé. Vous croyez?

LA PRLNCESSE. A n'en pouvoir douter!., en quels lieux'?., c'est ce que je ne puis dire! J'avais d'abord pensé à la duchesse de Mirepoix, j'ai couru ce matin lui faire une visite d'nmitié! une voix aigre et pointue qui fuit mal aux nerfs! Je suis pa.sséc chez madame de Sancerre, madame de Beauveau, madame de Vaudemont, pour m'informer de leurs nouvelles, enq)rcsscment dont elles ont été vivement touchées, sans compter que jara;us je ne les avais écoutées avec autant d'attention! Quelles futilités! quel bavardage! quel ennui!... j'ai tout subi! courage héroïque dépen.sé en pure perte! ce n'était pas cela! et pourtant c'est la voix de quelqu'un que je rencontre i^ouvent... habituellement... dans ma société Ultime!

l'abbé, vivement. Attendez! avez-vous vu la duchesse d'An mont?

LA PRINCESSE, vivoiu'nt. Nou, Vraiment ! ei [toui'ipmi?

l'abbé. Une inspiration!., une idée!

LA PRINCESSE, Vivement. En ellet!.. l'intérêt (jue, malgré elle, elle jiaraissait prendre hier au comte de Saxe! tous ces détails intimes qu'elle savait sur son compte... et (ju'elle était censée tenir de Florestan de Belle-lsle...

l'abbé, riant. Son cousin.

LA PRINCESSE. Est-cc (|ue VOUS croycz aux cousins?

l'abbé. Du tout... on ne les prend généralement ((ue comme un manteau, contre l'orage.

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