‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 268 sur 783 · DE JORDY, CÉC LE · texte numérisé non relu

DE JORDY, CÉC LE

DE JORDY. Mais a-t-on vu un impcrtinciitscnih'able? jusqu'à ces rustres qui se permelttut aussi de raisonner!..

CÉCILE, se levant. C'est vrai : tout le monde s'en mêle ; il n'y a plus de i)aYsans.

DE JORDY. C'est le voisinage des grandes villes. Il y a trop de villes en France, et t uil qu'on n'en supprimera pas... Mais, revenons à notre conver.-a:iun. Te voilà, ma sœur, en âge de te marier.

CÉCILE. Oui, mon frère.

DE JORDY. Il te faudra hic ntôt un époux, c'esl-à dire une dot; parce qu'à présent, en province comme à Paris, l'un ne se trouve; pas sans l'autre.

CÉCILE. Pcut-èlre... Voilà M, Léonard, v.dre inaî.ro clerc, (]ui, j'en suis sûre, ne serait pas exigeant.

DE JORDY, Qu'est-ce que c'est? .M. Léonard!..

CÉCILE. Je dis cela en général.

DE JORDY. J'espère bien, en effet, qu'avec lui il n'y a rien de particulier; car je tiens à ce que tu fa-;.~es un beau mariage. Je te donnerai^ bien une dot, parce que je suis bon frère, et que d'être avoué, ça n'empèehe pas les sentiments. Malheureusement, j'ai hesoiii de mes capitaux pour une spéculation que je inédite... un mariage.

CÉCILE. Vraiment... vous!,.

DE JORDY. Oui, Je voudrais épouser quelque bon million ; il y en a encore à marier, ce qui me donncr.iit alors le moyen de l'établir toi-même. Regaide donc ce magnifique château situé à douze lieues de la capitale... (CetZ/e va regarder par la porte du fond,ft en revenant sur le devant du théâtre elle se place à la droite de M. deJordij.) Un beau parc, de belles eaux, une habitation de prince; il mu semble que cela conviendrait assez à un avoué tpii se retire. Est-ce que tu ne tnuives pas?

CÉCILE. Comment ! vous auriez des vues sur madame de Néris? luie petite veuve de dix-neuf ans, vive, bgère, ca\u'ieieuse ! et puis die est si riche!

DE JORDV. C'est justement pour cela. Fille d'un gros manufactiuier, veuve d'un de nos (U'einiers commerçants, elle réunit sur sa tète une fortune si considérable, (pi'elle ne la connaît pas elle-même; radministratiou seule de ses biens est un iinmenso travail, et elle ne songe qu'au plaisir. Elle est réellement malheureuse dès qu'on lui parle d'alTaires, et je lui en parle toute la journéiî.

CÉCILE. Une jolie manière de lui faire voire cour!

LA MARRAINE

DE jORi>Y. Oui, sans doulc, cola l'effraie. 11 faudra qu'elle m'épouse pour nie rernier la bouche, et qu'elle se trouve trop heureuse de prendre un mari qui la débarrasse de son homme d'afiaires.

Air de Turenne.

D'un séducteur qui chercherait à plaire, Elle pourrait se défier ici ; Mais prudemment je fais tout le contraire, Et je la veux séduire par enuui.

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