‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 336 sur 783 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les précédents, HERMANCE.

HERMANCE, à madame Dorbeval. Ah! ma cousine, que vous avez perdu en no venant pas an salon ! c'ét:iit charmant : des bomiets d'un genre tout nouveau ! j'ai surtout reniai-que des robes du m din, des négligés mignifiques. Vous savez bien ma lame Despériers, celte dame qui est comte3S2 et qui danse si mal...

MADAME DoaBEVAL, à madame de Brienne. C'e>t une jeune parente, une pui)ille de mon mari. (.1 Hermaiice.) Ma chère Hcrmance, voici une intime amie, dont je vous ai souvent parlé, madame de Brienne.

WEKMxycE, saluant et la regardant. Ah! mon Dieu! c'est étonnant !

MADAME DO.aBEVAL. Qu'aS-tU doUC ?

iiermance. Je n'avais jamais vu madame, et pourtant je connais ses traits. Vraiment oui, ti>ut à l'heure, au salon, ce tableau du Templier, cette tigure de la belle Juive que tout le uîonde admirait... c'est frappant de ressemblance!

MADAME DE BRIENNE, souriant. C'cst difficile à croire , car j'arrive de Russie, et on ne se ressemble pas de si loin.

.MADAME DORBEVAL. Et de qui douc cst Ce tableau ?

HERM.vNCE. D'Olivicr, un jeune peintre.

.MADAME DE BRIENNE. Olivier! notre ancien ami?

IIEB.MANCE. Vous le couiiaisscz?

MADAME DE BRIENNE. Oui, ct c'cst avcc grand plaisir que j'apprends ses succès, car c'est un digue et estimable jeune homme.

liEaMANCE. ?s'est-ce pas, Madame? Et puis il joue très-bien la comédie, car nous l'avons jouée ensemble, et il est si g.u, si aimable! c'est un charmant artiste : du feu, de l'imaginatidu! en l'entendant on croit lire un roman; et moi j'aime beaucoup les romans.

MADAME DE BRIENNE, riant. Vraiment!

HERMANCE. Pour U lecturc, seulement, pour s'amuser; car au fond qu'est-ee que cela prouve? Aussi vous sentez bien qu'un peintre, on ne peut pas y penser, oa ne peut pas

LE MARIAGE D'ARGENT

épouser cela ; (raulaiit que mon tuteur a des vues sérieuses; car tout il rh(Mu-e au salon il m'a parlé d'un de ses amis, d'un agent de change : à la bonne heure au moins.

MADAME DORBEVAL. Tu le comiais?

HERMANCE. Nou ; mais un agi^nt de change, c'est tout dire; cela signifie une maison, un équipage, mille écus par mois pour sa toilette; il nie tarde tant d'être mariée! ne fût-ce que pour porter desdiamaiitset pour aller aux bals masques. Mais je suis là à causer et ne pense pas à ma parure de ce soir; cependant nous avons du monde, et beaucoiii», (jue mon cousin vient d'inviter.

MADAME DOUBEVAL. Qucllc Contrariété ! {A madame de Brievnc.) J'espérais que nous serions seules; mais tant pis pour tdi, tu resteras.

MADAME DE BRiEN?iE. Nou , uou : Ics voyagcuses ont des privilégi's, et je les réclame.

MADAME DORBEVAL, à W^rmffHCf. Et qui avons-nous? le sais-tu?

HEHMANCE. D'abord M. Poligiii,qui nous accompagnait aii salon .

MADAME DE BRiEMSE, vivcment. Poligui ! {A madame Dorbeval.) Si tu le veux al).solument, il faut bien s'immoler pour ses amis.

MADAME DOREEVAL. Quc tu 68 généreusc ! {A Hermance.) Et puis encore?

HERMANCE. Je ne connais pas tout le monde ; mais il y a ce joli cavalier qui, au dernier bal, ne vous a pas quittée de tout(! la soirée.

MADAME DORKEVAL. Moi !

HERMANCE. Oui, cc jcuiie hommc que toutes les dames trouvent si aimable, et les messieurs aussi; le neveu du ministre.

MADAME D(»RBEVAL, vivement. M. de Nangis... il vient aujourd'hui?

HERMANCE. Noo, uoi), jc me trompe. Mon tuteur l'a invité, il a hésité, et puis il a fini par refuser.

MADAME DORBEVAL. Ah ! lia rcfUsé.

MADAME DE BIUENNE. Qu'aS-tU donC?

MADAME DORBEVAL. liieU.

HERMANCE, passant au milieu. Adieu, ma cousine; adieu. Madame. Vous n'avez pas de temps à perdi-e, car la matinée s'avance et je vous préviens qu'on dîne toujours à sept heures très -précises. (Elle rentre da^is l'appartement de Dorbeval.)

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