SCÈNE VI
IlORREVAl, PQLIGNl, entrant du fond.
DORBEVAL. Arrive donc; une affaire admirable que je viens d'apprendre tout à l'heure à ia Bûui'se; mais qui>i(}ue t.» m'eus-es donné ta procuration, je n'ai rien voulu faire ;-an> te consulter.
poi.icM. A quoi bon, puisque je m'en rapporte à toi"?
poiiRKVAi.. C( la ne suffit pas ; il faut (pie cela te convienne, et cela te conviemlra, j'en suis sur... Lha; occasion superbe, qui ne se représentera peut-êlre pas de l()n,^■temps; (.1 demivoix.) un agent de change qui a fait de mauvais.'S affaires.
poi.ioM, étonné. Ah! ils en l'ont donc (piebpiefois de mauvai,-es?
DORBKVAL. Oui I quand ils vont triqi vile... ce qui esl trèsrare... (.4 yo/'j; />«A*c.) (l'est Lajiumais.
poLiGPii. Lajauniis!.. Mais il p\sse |uinr n\\ des premiers, pour un des plus scdides de l'ai'. s.
DOUBKVAL. C'est vrai; mais moi, je connais sa situitiun, je suis son créancier; je lui ai prêle des f )ndsciinsidcrables qu'il lui est impossible de me rembourseï-, et comme je peux le forcer à vendre, nous aurons peut-èlre pour cinq on ^i\ cent mille francs une charge (jui, dans \\\\ aulre niom ni, vaudrait près d'un milli(tn.
l'OLiGM. Mais, coumie lu le disais, c'est une circonstance aimirable, une affaire excellente pour moi.
DouRKVAL. Mieux cpie cela, pour nous deux! car je ne to cache pas qu'en t'enrichissant je me rends service.
l'OLUiM. Que dis-tu?
DouuKVAL. Cela me fait rentrer dois mes fonds, dans une sonnne de cent mille écus dont la liquidation est au moins incertaine, et que par ce moyeu je retiendrai sur le prix do la charge; mais ce n'osl là ([u'uiie considération secondaire, qui ne doit inllnecen rien sur ta résolution.
roi.iGM. Si j'hésitais encore, cela seul me d terminerait ; obliger un ami à qui je dois tant!
DORBEVAL. Non, mon cher, je te lo répète, la reconniissmce n'est là qu'un accessoire; le principal, c'est quête voilà agent de change, que tu l'es presque pour rien et dans les circonstances les plus favorables; la nouvelle loi qui vient de passer va donner à li Bourse un c.ss(jr, utn; activité inconnue; nous avons des projt;ls auxrjufls nous t'associons.
POLUÎM. fl serait possible ! Ah! je te devrai mi fortune! ^c vois tons mes rêves réalisi'S !
DORiiKVAL. Es'tu fâché maintenant d'avoir écouté mes cons il-, d'avoir renonce à tes idées pommesques? en as-tu des ivgrets?
poi.ir.M. Ah! ne rao demande rien : je no vi'uv v )ir que mon bonheur!
DORBtvAL. Et surtout t'en rendre digne ; et comme je vois que lu y es déridé, je ne crains jtas de- t'apprendrc une noivelle à la(|uelle tu ne t'attends pas; c'est qu'il parait (jue madame de Bri<!nne esl de reioureu France.
poLiGM, acifc effroi. Que dis-tu? [Se reprenant.) Non, m n ami, rassurutoi ; tu te tfompes, je l'espère..
DORBKVAL. Elle cst à Paris d'aujourU'hui m'-nn;; je' viens de fa voir, de; lui parler.
POLIGM, 0 ciel! est-il imc situation pareille à la m:«:niic! j'y et lis résolu ; j'avais fait mes réflexions, f»u plutôt j'.aviis en le banheur de les oublier tmites : |>ar quelle fatalité fautil qu'elle revieime aujourd'hui pour me rendre mes remords, pour emiw)isonner m» joie, pour bouleverser toutes nie? idées! Cette femme est né; pour mon milheur!
D>RiiEv.\u Si au nukins lo mariage était déjà fait.
pouGXK Ce s-rail pire encore! naais du moins ce strait irrévt>e \h\e.
DOKBKv.vL, Eh bien! alors qiw l'importe sa présence, puisque tu es déiidt', puisqiK' tu l'es tk'puis ce matin et fort henroust^ment pour toi» car si tu n'avais pas pris avant son lelo-.ir un parti ferme et courageux, vuis, mon cher, oii lu e;t serais maintenant; vois daiLs quelle situation faus<e tu te tr\HtvtPt>is. Je xiens d'apprendie tout à l'heure qu'elle était Ubre.
POLiGXi. Grand Dieu! que m'as-tu dit?
DORBEVAL. Oiii, mon ami, elle a perdu son mari, qui ne lui a rien laissé que des délies ou des affaires fort embrouiilées; car elle m'a prié de demander, de solliciter pour elle. Et toi qui n'es gnèiv plus riche...
l'OLKiM. .Madame de Hriennc; est sans fortune, et c'e-l dans un pareil moment que je pourrais l'abindomier!
DO'.utEVAL. Me préserve le ciel de te donner nu tel couse 1! c'est au contraire pour la ^M'o'éger, pour l'aider do ton crédit quj ,;o veux que lu t'enrichisses, et dès que soii bonh ur est ton unique but, qu'importenl les moyens? En attendant, je cours chez Lijanniis; j'ai 1 1 procuration, et Imit ce ttnc je le demande, c'est de me lais.ser faire ta fortune, et de ne pis te ruiner toi-même. Tiens, voici mulam> do Biienne... elle vient de ce côté.
voLiGM, tremblant. 0 mou Dieu !
0 iRBKVAL. .\Hons, (lu caracb iv ! si tu hésites, c'est que tu 11:' laiiues pas.
pjLiGM, prenant sa résolution. Oui... oui. Je s mis comme toi qu'il le faut, et tu seras content de m >i. [Ihrb-val sort par la porte du fond.)