SCENE HT
MADAME DORBEVAL, POLIGNI.
MADAME DORBEVAL. Ricu uc peut-il donc changer votre résolution? et ce mariage. Monsieur, est-il définitivement arrêté?
poLif.M. Ce n'est pas moi, c'est votre mari qui en a en l'idée : il a ma parole, j'ai la sienne, sans vous parler ici d'autres engagements que maintenant rien ne peut rompre ; car ce soir après li^ dîner nous signons le contrat. Dorbeval que j'attends doit tout à l'heure m'en apporter les articles.
MADAME DORBEVAL. 0 cicl ! Mais, Mousieur, de bonne foi, est-ce que vous aimez Hermance?
poLiGM. Non, Madame; vous savez mieux que personne qu'il n'y avait au monde qu'une seule femme que je pusse aimer, mais ce bonlieur que je m'étais promis, il faut y renoncer.
MADAME DORBEVAL. Et si VOUS éticz (laus l'erreur, si vous vnns abusiez?
POLIGNI. M'abu^er! moi! d'après ce que je viens d'entendre, ce serait lui faire injure que de douter de ses propres aveux! et M. de Nangis...
MADAME DORBEVAL. Eli bicu ! Mousieur, puisque je ne puis la justifier qu'en m'exposant moi-même, j'aurai le courage de faire pour elle ce qu'elle a fait pour moi. Vous êtes l'ami de mon mari, je le sais; mais avant tout vous êtes un honnête homme, et quelque idée que vous ayez de moi, vous ne m'accuserez pas du moins d'avoir manqué à la reconnaissance, d'avoir sacrifié à mon repos le bonheur d'une amie.
POLIGM. Que dites-vous?
MADAME DORBEVAL. Quc VOUS m'obligcz à 1111 avcii bien cruel; que vous me forcez àm'abaisser, à m'humilier âmes propres yeux : eh bien! j'accepte cette honte, cette humiliation; ([u'elle soit la première pmiitioii de mes torts. Cette lettre de M. de Naugis, surprisi; par mon mari, elle était pour moi; elle m'était adressée.
POLIGNI. 0 ciel !
MADAME DORBEVAL. C'cst pour mc .suuver quc madame de Brieime s'est avouée coupable; et si vous en d(uitez encore, tenez, Monsieur, voici cette lettre dont Hermance vous parlait tout à l'heure.
POLIGM, refusant de la prendre. Ah! Madame!
MADAME DORBEVAL. Nou , Moiisicur, liscz. il faut (|ue vous connaissiez celle que vous avez soupçonnée.
P0LiG?ii, lisant. «Je vous aime et pourtant je m'éloigne : « c'est madame de Brienne, c'est votre généreuse amie, ipii « pour votre bonheur, qui au nom même de mon amour, « exige ce départ — Adieu donc! j'accepte une mission im- « portante que j'avais d'abord refusée.»
MADAME DORBEVAL, à part , et laissant échapper un i<oupir. Ah!
POLIGNI. Qu'avez-vous?
MADAME DORBEVAL. Ricu, Monsieur, continuez.
POLIGNI. « Si jamais je peux oublier mon amour, je dece manderai à vous et à madame de Brienne de m'adincttre M en tiers dans votre noble amitié. En attendant, doniiez- <c lui cette lettre qui lui prouvera que je me suis occupé de <( ses intérêts, et qu'avant de réclamer le titre de son ami, « J'ai voulu d'abord en acquérir les droits.
ce Adolphe de Nasois. >>
Ah! que je suis coupable! comment implorer mon pardon? comment oser me présenter à ses yeux? Madame, je n'ai plus d'espoir qu'en vous; suppliez-la de m'accorder un instant d'entretien ; surtout ne lui parlez pas de ces projets que j'abandonne, de ce mariage que je déteste et que jc vais rompre.
MADAME DORBEVAL. Ah! qu'elle l'iguore à jamais! Vous ne savez pa.s comme moi de quelle fierté, de quelle énergie son âme est capable! L'honneur, le devoir... voilà les seules règles de sa conduite; elle leur sacrifierait tout, et perdre son estime, ce serait perdre son amour.
POLIGNI. Ah! ne tardez plus; partez, courez près d'elle! je vous confie mes plus chers intérêts... (.-1 part.] Et moi, à tout prix, je vais rompre avec Dorbeval. {Il sort par la porte du fond.)