SCÈNE IV
MADAME DORBEVAL, puis MADAME DE BRIENNE, entrant par la porte à gauche.
MADAME DORBEVAL. Oui, oui ! c'cst à moi de réparer le mal que j'ai fait... {Apercevant madame de Brienne.) Ah! te voilà! viens donc vile. J'ai une grâce à te demander... la grâce d'un coupable.
Madame de brienne, d'un air de reproche. Corame.nll tu lui as tout dit ?
MADAME DORBEVAL. Oui, tu tc laisseras fléchir, tu lui pardonneras !
MADAME DE BRIENNE. C'cst possIblc ! iiiais daus bien longtemjis.
MADAME DORBEV.\L. Nou, aujourd'hui même, et siir-leeliamp : car tu en as autant d'envie que lui !
MADAME DE BRIENNE, souriont. Qui tc l'a dit ?
MADAME DORBEVAL. C'cst quc j'en fcrals autant, et que je ne pourrais laisser attendre une grâce que je serais décidc>e à accorder.
MADAME DE BRiEN.NE. C'cst bien cc quc je me disais : c'est plus noble, plus généreux! Il y a cependant un certai.i plaisir à s'entendre appeler cruelle, inexorable, à se lai.ssoi prier, là, à genoux ! C'est liien le moins (|u'il prenne celte peine-là, et nous verrons. Je ne réponds de rien quand il y sera.
MADAME DOBBEVAL. A la bomic hcurc !
MADAME DE BRIENNE. Mais tu cs bien sûre an moins (|u'il revient de lui-même, (]iril ne me croit plus coupable? C'était si mal à lui de in'avoir soupçonnée, il c\st vrai que quand on ain.e bien... et puis la présomption était si forte! Je lui sout( nais moi-même t|ue j'étais iutidèle, et maigre cela, j'aurais désiré (pi'il me soutint le contraiiv, qu'il me le prouvât. Eu pareil cas, on n'est pas fâche d'avoir tort.
MADAME DORBEVAL. Eli! uiou Dicu ! pour uiic femiuc cu colère, je te trouve bien gaie!
MADAME DE BRIENNE. C'CSl Vrai, jC UC Ul'CU defcuds paS. et
j'ai peine à me taire; le bonheur est dilïus, il cause beaucoup, si tu savais!
MADAME DORBEVAL, ovcc intérêt. Qu'y a-t-ildonc?
MADAME DE BRIENNE. Uii graud sccrct! c'cst-à-diiv non :
LE MARIAGE D'ARGENT
c'est connu de tout le monde; mais un événement inattendu pour moi, un incident de roman, qui vient du ministère! Ces indemnités dont ton mari parlait ce matin, cela me regarde, j'y suis comprise, non pas moi, mais M, de Bi'ienne, dont je suis l'unique héritière.
MADAME DORBEVAL. 11 scrait possiblc ! lui qui n'avait rien î MADAME DE BRiEN.NE. Comment rien ? 11 avait un frère aîné et deux oncles qui avaient eu le mallieur... non, je veux dire l'avantage de tout perdre à la révolution, et depuis leur décès, tous leurs biens, ou du moins la perte de ces biens appartient à mon mari, qui ne l'avait jamais réclamée, tu devines pourquoi? Mais aujourd'lmi que cela rapporte, c'est bien ditlérent ! on a eu des malheurs, on les fait valoir. Moi, je n'y aurais jamais songé; mais M. de Nangis pense à tout : il me donne avant de partir les renseignements, les instructions nécessaires, il s'est déjà entendu avec le premier commis, et je n'ose te dire à combien ils évaluent ce qui doit me revenir.
MADAME DORBEVAL. Qu'eSt-Ce dOttC?
MADAME DE BRiE!N>E. Huit OU ncuf ccut mille francs. MADAME DORBEVAL. Une pareille fortune! quel bonheur! MADAME DE BRiE>.>E. Oui, tu asrdisou : quel bonheur de la lui offrir!