‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 404 sur 783 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LÉOPOLD, DULISTEL.

DULISTEL, assis sur le canapé, et tenant un contrat à la main. Vous lui reconnaissez donc cinquante mille écus de dot?..

LÉOPOLD, debout, et regardant vers la porte à gaucho. Oui, Monsieur... [A part.) SI je pouvais lui parler seul un instant... avant que l'on arrivât!

DULISTEL. Cet article-là ne souffre de votre part aucune difficulté!..

LÉOPOLD. Aucune! Mais nous sommes à discuter les articles d'un contrat dans ce boudoir, où tout le inonde peut entrer; et demain, dans votre cabinet, ce serait plus convenable.

DULISTEL. Demain... Ah çà! mon cher ami, l'amour vous fait perdre la tète... nous le signons ce soir à onze heures; c'est vous qui l'avez demandé, et pour ce qui est d'être dérangé, ce n'est pas à craindre; nous sortons de table, ces dames sont à leur toilette, et en auront pour longtemps. Revenons donc au contrat.

LÉOPOLD, à part. Ah ! quel supplice ! et qu'ai-je fait!

DULISTEL. Vous scutez bien que j'aurais pu donner une dot à ma belle-sœur, si ce n'était mon opération d'Haïti qui m'envahit tous mes capitaux. C'est une cho.se terrible (|ue les affaires; nous autres capitalistes nous sommes malheureux; nous ne pouvons jamais ftiirc du bien, jamais!., tandis que vous, quelle différence! vous faites le bonheur d'une jeune personne sans fortune, celui de sa famille; vous contribuez par votre influence à la nomination d'un beau-frère qui, grâce à vous...

LÉOPOLD. Sera député, je l'espère bien.

m LISTEL. J'y ai des droits.

LÉOPOLD. Vous êtes colonel !

DULISTEL. Je suis millionnaire!., c'est le fruit de quinze ans de travaux dont le pays me doit compte. Aussi je vous le dis franchement, je compte sur vous, et je suis charmé de cette alliance. Mais ce qu'il y a de bien étonnant, c'est que ma femme, je ne sais ce qu'elle a contre vous, mais ce mariage ne lui plait pas, ne lui convient pas.

LA PASSION SECRÈTE

LÉoi'OLD, avec joie. Vraiment!

/iULisTF.L. CÏ'St évident. Ell(; était i)(;ndant tout le flinor d'une luitneur étonnante, et ({uand devant Ccelie, qui ne se doute encore de rien, elle s'est mise à parler contre les maris qui sont insensibles, personnels, égoïstes, ça m'a fait rire,.. c'était pour vous.

i.EopoLD. Vous croyez !..

iiLLisTEL. Pour effrayer sa sœur, et la prévenir contre le mariage ; mais rassurez-vous ; que cela plaise ou non à ma femnie,Cœlieestmapupille,eljevaisdès ce soirlui ordonner...

i.iioi'Oi.D, vivement. Non, je vous en supplie en grâce, ne lui en parlez pas encore.

DiLisTEL. Pas encore!., vous ne pouvez cependant pas l'épouser sans le lui du'o.

LiiopOLD. Aussi je ne vous demande qu'une heure. Je veux, avant de me déclarer, savoir d'elle-même... (Vivement.) Car enfin, écoutez donc... si elle ne voulait pas; si elle ne m'aimait pas,..

DULisTEL. Eh! mon Dieu! s'il fallait sinquiéter de tout cela, on ne se marierait jamais.

LÉoroLD. Que voulez-vous?., j'y tiens!., une heure encore sans lui rien dire!..

DULI.STEL.Soit.

LÉopoLD, à part. D'ici là, si je ne puis parler à Alherllne, je lui écrirai du moins. [Haut.) Et quant à ce conlrat que vous avez rédigé avec le not:^ire. ne vous donnez pas la peine de me le lire. J'aime mieux en parcourir seul les articles, et si j'avais là une plume et de l'encre...

Dti.iSTEL. lui montrant la porte a droite. Ici, dansée petit .salon, vous trouverez ce qu'il vous faudra; mettez vos observations en marge, et en une heure le troisième clerc d'Archambaud, mon notaire, aura tout recopié pour ce soir.

LÉOPOLD. Soyez tranquille... allons lui écrire, et remettons mon sort entre ses mains. (// sort par la porte à droite.)

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