‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 421 sur 783 · SCÈNE IV ABIGAIL, BOLINGBROKE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV ABIGAIL, BOLINGBROKE

BOLiNGBROKE. Vous le voyez ! le traité de la triple alliance produit déjà ses effets... c'est M;isham qui nous protège et nous sert !

ABIGAÏL. Lui! peut-être... mais moi qui suis si peu de chose I

BOLINGBROKE. Il uc faut pas iiiépriscr les petites choses, c'est par elles qu'on arrive aux grandes!.. Vous croyez peut-être, comme toutr le monde, que les catastrophes politiques, les révolutions, les chutes d'empire, viennent de causes grj.ves, profondes, importantes... Erreur. Les États sont subjugués ou conduits par des héros, par de grands hommeii ; mais ces grands hommes sont menés eux-mêmes par leurs passions, leurs caprices, leurs vanités; c'est-à-dire par ce qu'il y a de plus petit et de plus misérable au monde. Vous ne savez pas qu'une fenêtre du chàleau de Trianon, critiquée par Louis XIV et di'fendue par Louvois, a fait naître la guerre qui embrase l'Eumpe en ce moment! C'est àla vanité blessée d'un courtisan que le royaume a dû ses désastres; c'est à une causc plus futile encore qu'il devra pi;ut-êti'e son salut. Et sans aller plus loin .. moi qui vous parle, moi Henri de Saint-Jean, qui jusqu'à vingt-six ans fus regardé comme un élégant, un étourdi, un honnne incapable d'occupations sérieuses.., savcz-vous comment tout d'un coup je devins un honuiicd'État, comment j'arrivai à la chambre, aux affaires, au ministère?

AiiiGAÏL. Non vraiment.

Boi.KNGBiiOKE. Eh bicu ! ma chère enfant, je devins mini>tre parce que je savais danser la sarabande; et je perdis le [)ouvoir [tarée que j'étais enrhumé.

ABIGAÏL. Est-;1 possible?

liOi.iNGUitoKE, regardant du côté de l'appartement de la nin'-. Je vous coulerai cela un autre ji>ur, ipiand nous au-

rons le temps. Et maintenant, sans me laisser abattre, je combats à mon poste, dans les rangs des vaincus!..

ABIGAÏL. Et que pouvez-vous faire?

BOLINGBROKE. Attendre et espérer.

ABIGAÏL. Quelque grande l'évolution?..

BOLINGBROKE. Nou pas... mais un hasard... un caprice du sort. . . un grain de sable qui renverse le char du triomphateur.

ABIGAÏL. Ce grain de sable, vous ne pouvez le créer?

BOLINGBROKE, Non... iiiais si je le rencontre, je peux le pousser sous la roue... Le talent n'est pas d'aller sur les brisées de la Providence, et d'inventer des événements, mais d'en profiter. Plus ils sont futiles en apparence, plus, selon moi, ils ont de portée... les grands effets produits par de petites causes... c'est mon système... j'y ai confiance, vous en verrez les preuves.

ABIGAÏL, voyant la porte s'ouvrir . C'est Masham qui revient !

BOLINGBROKE. Nhi... c'csl iiiieux oiicore; c'est la triomphante et superbe duchesse...

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