LA REINE, BOLINGBROKE
LA REINE, à part. Oui, pourvu qu'à ce prix j'achète le repos, j'y suis décidée... [Levant les yeiur, et ijaiemciU.] .\li ! c'est vous, B dingbroke, je suis heureuse de vous voir! je viens de passer la journée la plus ennuyeuse...
BOLINGBROKE, souriunt, avec ironie. J'apprends le nouveau tr.iit de clémence de Votre Majesté... c'est magnanime à elle d'oublier ainsi le scandale d'hier.
LA REINE. L'oublier, dites-vous?., plût au ciel ! Mais le moyen!., il n'est (pieslion ({ue de cela, et si vous saviez depuis ce matin... depuis hier... tout ce qui s'est j>assé au sujet de ce malheureux \erre d'eau, tout ce qu'il m'afiillu enendre... J'en ai mal aux nerfs... mais je neveux plus qu'on m'en parle.
BOLINGBROKE. Et Toii VOUS récoiicilic ?..
L\ REINE. Bien malgré moi... mais il a fallu en finir... Vnus qui êtes pour la paix... vous ne vous étonnerez pas de« saerilicesquc j ai faits pour l'obtenir... Et puis cette pauvre diiciiesse .. [Geste d'étonnetnent de Bolini]broke.)}A-n\D'\eu... je ne la défendspas... m'en préserve le ciel ! mais on l'aceuse putois SI iii.!ustement... vous tout le pivinier! [Etourdimcnl). Je ne parle pas des derni' i-s subsides et de la prise de Bouchain... je n'ai pas eu le temps de vérifier... [Gravemi'nt.) Mus le jvtil Misbain... ce que vous m'en aviez dit!
BOLINGBROKE. Eli bicu!..
LE VERRE D EAU
HiSHiM. Moi, Madame, j'amaiB! — Acte 5, scène 7.
LA REINE, souriant, avec contentement. Erreur complète !
BOLiNGBROKE, à part. C'est donc cela!
LA REINE. Elle n'y pense seulement pas, au contraire.
BOLiNGBROKE. Voiis croycz !
LA REINE, souriant. J'ai pour cela d'excellentes raisons, des preuves évidentes qu'on ma données, et dont il ne faut pas parler!., c'est qu'elle est au miiux avec loid Evtndale I
BOi.iNGBROKE, souriant. Votre Mijesté appelle cela une raison ! . .
LA REINE, d'un ton sévère. CeTldU]enhnl. {Riant.) Et puis, rétléchi.-sez... raisonnez, Bolingbroke, car cette pauvre duchesse que j'ai accusée aussi... je ne sais pas commtMit cela ne m'était pas venu à la pensée... si elle avaii aiuié Masliam, est-ce qu'hier elle l'aurait ainsi dénoncé devant toute la cour et fait arrêter par vous ?
BOLINGBROKE, à demi-voix. Et si elle n'avait cédé alors qu'à un mouvement de colère et de jalousie... dont elle se repent maintenant?
LA REINE. Que voulez-vous dire?
BOLiNGRROKE, riout l't toujours à demi-voix. La duchesse avaitsiiupçonné...ou cru deviner... qu'hier au soir, Masliam devait avoir une entrevue mystérieuse...
LA REINE, à part. 0 ciel!
BOLINGBROKE. Avec qui?.. on l'ignore ! il est même douteux que ce soit vrai... mais, si Votre Majesté le désire... je saurai... je découvrirai...
LA REINE, vivement.. Non... non, c'est inutile...
BOLINGBROKE. Cc qu'il y a de certain, c'est qu'hier au soir, à la même heure, après le cercle de Votre Majesté, la duchesse devait avoir, chez elle, un rendez vous avec Masham.
LA REINE. Un rendez-vous?
BOLINGBROKE, vivement. Oui, Madame !
LA REINE, avec colère. Hier !.. avec lui !.. Ils s'entendaient... ils étaient donc d'intelligence?
BOLINGBROKE, vivevient, et avec chaleur. Et, jugez aujourd'hui de son désespoir et de son regret, d'avoir, dans un moment de dépit, renoncé à sa place de surintendante! Privée de son pouvoir et de son crédit, elle ne peut plus défendre Masham, qui est mon prisonnier ; privée de ses entrées au palais et des moyens d'y pénétrer à toute heure, elle ne peut plus, comme autrefois, le voir ici sous vosyeux, sans danger et sans soupçons... voilà pourquoi elle tenait à cette réconciliation qu'elle V(nis a fait demander; voilà pourquoi une fois rentrée ici... à la cour...
LA REINE, à part. Jamais!
LE VERRE D'EAî:.