‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 463 sur 783 · SCÈNE VU · texte numérisé non relu

SCÈNE VU

Les paÉcÉDENTS, excepté LOUVE.

lioouARD, le regardant sortir. Voilà bien le \)U\?, hardi hâbleur.

FRANVAi.. Mon chei' É louard, que j'ai d'excuses à te faire: crois-tu que j'avais suspecté ta bonne foi?

ÉDoiAiiD. Comment! vous auriez pu?..

FRANVAi.. Mais Voici qui change bien la thèse: je veux qu'à l'instant même nous allions chez M. de Saint-Marcel, que lu me présentes à lui comme ton beau-père, et que je le remercie.

nosE, à part. C'est fait de lui.

ÉnoiARD, embarrassé. C'i st aujourd'hui lundi; il sera à sa petite maison de S.aint-Ouen, un enrlroil délicieux, au btrd de h S«diu', vis-Vvis l'île de Carje. Nous y allons une ou. deux fois par semaine. Imaginez-vou», b\au-père, qu'il y a là un l)iilard sur le(picl l'autre jour j'ai fait un coup...

riuNV.Ai.. Oui; miis M. de S;iinî-Mu'eel n'y jouera pis aujourd'hui; M. Guillaume nous a dit l'avoir vu ce m itin à Paris; ainsi, comme je ne me soucie pas d'y aller sans loi, partons.

EDOUARD, Demain, si vous voulez; mais aujourd'hui c li m'est impossible.

FRANVAL, Et pour quclle raison?

ÉDOLAUD. l'ai ce matin des amis que j'attends, et ils se faisaient même une fête de se trouver avec vous.

FiivNVAL. Je ne peux... je déjeune en ville... chez Siint- Phar...

EDOUARD, vivement. Là! nKji qui ai commandé un déjeuner magnifique.

Air : Dam ce caslel de haut lignage.

J'ai dix flacons d'un chatnpaffnc admirable,

Daide tiuU'eel vrai [talé d'Amiens.

Mon ((vur d'avance eu ce ttanipiL-t aimable

A ront'oiidu vos amis et les miens.

Jeunes et vieu^, dés le |>remter service.

Sont (1« même âge; et par nn charme heureux,

A table il faut que cliacuu rajeunisse;

Là, le vin seul a le droit d'être vieu.t.

(Pendant ce couplet, lîose a l'air d'écouter atlculiremcnt la dctails du repas.)

iiuNVAi.. A la bonne heure; mais il est dix heures, ton déjeuner sera, comme le mien, pour midi, et d'ici là non-; aurons le temps de faire une visite. .Viiisi, tu vas venir avec moi, je l'exige : (|u'est-ce tpie c'est donc que cela?

ÉiiovARD, à part. Il n'en démordra pas.

uosE, (/ part. Le pauvre jmine homme ne sait plus où donner de la tète.

uitANVAi.. Eh bien! qu'as-tu donc? et d'où vient cet air embarrasse? tu ne peux pas t'ab^eiiter de chez loi pour une demi-heure?

ÉitouAisD Kh bi(m! n xi, b ■au-pere, puistju'd faut vous le dire, puiMpie, inalgr.' mes etlorts, il c-^t impos-dde de vous le cacher : je ue puis de toute la matiiur in'abs^Milrr une seule mnuUe. (.1 i-oix Iniase .) J'ai une aHairedhoiineur. j'attends mon adversaire.

FRANVAi.. Ali ! mon Dieu !

ROSE. J'en el.ds sûre; voilà du n niveau.

1 lîANVAi.. Et alors, ce déjeuner *\\w tu me décrivais avec tant de facilité...

EDOUARD. Il est là, il est toujoni^s là. Je complais prier un de me-; amis que j'attends de me servir de témoin.

j KANVAi.. C'est cela, nue mauvaise tète, un écorvidé qui va tout gâter : c'est moi que cela regirdo, je nw charge d'.arrauirer l'atïaire.

LE MENTEUR VÉRIDIQUE

i;iun Mil). Mais non, biMu-pirc, ne vous mêlez pas de cela, r\ laissez-nous faire; cola peut vons CdUipromoltre, tamlis que nous antres jeunes ijens...

FHANv.vi.. Hn tout ; je veux savoir de quoi il s'agit, et comment cela est arrivé, on sinon point de mariage.

KDoiAim, à /Jorf. Qut>l diable (riiommc ! [Haut.) Mais voire (l(')enner chez Saint-Phar?

FHANVAL. Est ce qno j'y ])ense maintenant! il m'attendrai (piand il s'agit de ton hnnneur, de tes jdiu's, loi, le fils de mon meilleur ami, mun propre fils 5 car maintenant je te regarde comme tel. Allons^ parle, et raconle-moi tons les détails.

ÉDOiAnD, à part. Au tait, c'est un bravo homme. (Haut.) Écoutez donc, beau -père, vous prenez cela trop au tr.tgiqne; c'est une aventure comme tant d'antres, un malentendu, une |»laisanterie.

FRANv.\L. Une plaisanterie ! qui compromet votre existence, ou celle d'un compatriote.

ÉDOCAF.D. D'abord, c'est un Anglais.

KRANVAL. C'est cgal. Mais pourquoi vas-tu t'exposer à des voies de faitf

EDOLAUD. Je ne l'ai pas louché.

franval. Ou à des paroles.

ÉDOLARD. Je ne lui ai pas parlé.

FRANVAL. Mais alors.

ÉDOFAUD. Yoilà'ce qui est arrivé : Je dînais hier dans une maison eharmmte; et vu la beauté de la journée, vraie journée d'été, tonte la société prenait le café sur une petite terrasse qui donne sur le boulevard, une terrasse de la hauteur d'un entresol, et qui n'a pas même de balustrade; notez bien le fait.

ROSK, à part. Voilà une exposition (jui me fait frémir.

EDOUARD, comme un homme qrii cherche toujours ce qu'il ra dire. La maîtresse de la maison... une femme fort aimable... jeune encore, des yeux noirs magnifiques... la maîtresse de la maison me versait un moka brûlant; et, occupé à la regarder et à lui adresser quelques compliments , je ne m'apercevais pas que le trop plein de ma tasse tombait perpendiculairement sur mon pied, qui n'était défendu que par un simple bas de soie. Un geste rétrograde que je fais pousse un monsieur qui était derrière moi, au bord de la terrasse, et ma f(U...

FRANVAL ET ROSE Ah ! uion Dicu !

EDOLARD. Pas Ic moindre danger... cinq on six pieds d'élé'vation; mais le mallicurvent que, juste an même moment, passe un Anglais qui le lecoit sur ses épaules.

ROSE, riant. Ah! ah ! je n'y tiens plus !

FRANVAL. Comment! Ros;', cela te fait rire?

ROSE. Oui, Monsieur, je n'ai pu m'en empêcher.

EDOUARD. C'est ce que fit aussi toute la société. L'Anglais furieux s'en prend à moi, prétend que j'ai jeté exprès un homme sur lui. Je cherche à arranger l'affaire; je lui propose même sa ix'vanche, en lui accordant un étage de plus, c'est-à-dire qu'on le jettera sur moi du premier. Il se refuse à toute espèce d'arrangement; nous échangeons nos adresses, et lord Cook Brook, mon adversaire, doit venir me prendre ce matin avec son épée.

FRANVAL, secouant la tête. Je t'avouerai que celte histoirelà me semble bien extr.iordinaire; mais n'importe, je ne te quitte pas, je serai ton témoin.

EDOUARD, à part. Est-il tenace! [Haut.)

Air du Petit Courrier.

Franchement je n'ai \ias ]■■ droit Dj vous faire attendre, beau-iiére; Car enfin, si mon adversaire No venait pas... cela se voit.

Jl est des gens pleins de sagesse, Craignant fort de s'aventurer.

Et qui demandent votie adresse.

Pour ne jamais vous rencontrer.

FRANVAL. Eh bien' s'il n'arrive pas, nous irons chez lui.

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