SCÈNE III
ALBERT, qui lyemlant la dernière moitié de la scène précédente s'fst jeté da)is un fiuteuil à gauche , en proie à ses réflexions ; ANTONIA, sortant de la porte du fond; CORINNE, DESGAIDETS, à l'écart.
ANTOMA, qui est entrée en rêvant, aperçoit Albert nui se lève à sa vue. Monsieur Albert!., vous ici!
ALBERT. Vous m'aviez dit hiei- : Venez!
ANTO.MA. C'est vrai!., mais j'étais loin alors de penser... (Apercevant Desgaudets qui s'avance.) Ah !.. monsieur Desgaudets...
DESGAIDETS. DoHt la préseuce ne doit pas vous effrayer, mon enfant. Je suis de droit votre défenseur, parlez! il en est temps encore! et s'il est vrai que ce mariage ait lieu contre votre gi'é...
ANTOMA. Non, Monsieur, j'y ai consenti de moimême, j'aiaccepté pour mari M. de Maiignan...
DESGAUDETS. Oii prétend cependant que ce n'est peutêtre pas lui que vous auriez choisi...
ANTOMA. C'est possible!..
DESGAUDETS. On ajoutemèmequevousTaimoz très-peu.
xyjoyw, baissantles yeux avec embarras .yhin>\euv...
CORINNE, qui s'est avancée. Oui, oui... elle mt- l'a dit !
ANTOMA, d'un air suppliant. Corinne!..
CORINNE. C'est bien... c'est comme moi!
ANTOMA. N'importe? il a reçu ma promesse, je la ticniliai. •
DESGAUDETS. Permettez, mon enfant! dès que ce n'est pas pour lui, ni pour votre agrément que vous l'épousez, je dois en conehire que c'est dans l'intérêt d'un autre... c'est évident!
ANTONiA, avec eihbarras. Monsieur...
DESGAUDETS. Jc suis couime vous! je ne dis pas tout ce que je sais, et vobintiers j'aime mieux me taire que parler, m lis j'observe et devine souvent! votre frère, par exemple!..
ANTONIA, vivement. Qu'osez-vous dire?
DESG.vuDETS. Ccttc upulcucc factico qui abuse tous 1: s yeux, n'a pu tromper les miens!.. Ses biens sont engagé-;... necraigiiezrien, je parle devaiil des amis ! Il doit beaucoup, entre autres à M. de Marignan... peut-être lui doit-il même plus encore que je ne crois... Vous tressaillez!
ANTONIA. Moi!.. Monsieur!..
DESGAUDETS, qui lui a pris la main. .Je lai vu !
ANTONIA, avec émotion. Eh bien... quand il serait
vrai... quand je serais décidée à tout... pour sauver •l'avenir ou les jours de mon frère...
DEso.wvEi?,, secouant la tête. Ses jours!., ses jours!., écoutez-moi ; j'ai connu bien des jeunes gens à la mode, des lions 1 des beaux! qui n'avaient d'autre mérite qu'un riche patrimoine... je ne parle pas de votre frère!., ces dissipateurs philosophes menaient joyeuse vie, en s'écriant : « Courte et bonne, après « moi la fin du monde!.. Je mangerai ma fortune!.. « et puis je me tuerai...» [Froidement.) Us la man-geaient et ne se tuaient pas!
.ANTONIA, à part. 0 ciel !
DESGAUDETS. Au Contraire! philosophes d'une autre école... ils vivaient!., ils se résignaient à vivre... aux dépens des autres. {Vivement.) Je ne dis pas cela pour votre frère, mais c'étaient les oncles, les grands parents, les mères surtout, les mères et h s sœurs qu'ils exploitaient de préférence; le puff de famille!! « 11 y va de mon honneur et de mavie... si demain... « si dans une heure, je n'ai pas quinze, vingt mille « francs, » plus ou moins, selon la sensibilité des « parents... « Vous ne me verrez plus!., j'ai là mes « pistolets., ils sont chargés...» {A demi-voix et froidement à Antonia.) Us ne le sont jamais! mais on l'ignore, on s'émeut, on tremble... et l'on se sacrifie!!... c'est ce que nous appelons le puff du désespoir!.. Adieu, mon enfam, je vous laisse y réfléchir, moi ]o. vais à la Bourse ! 'Jl sort.)