SCÈNE I.V
Les PRÉCÉDENTS , DESG AUDETS , entrant par le fond, pale et en désordre.
ANTONIA. Ah ! mon Dieu... comme il est pâle !
LE COMTE, à part. Est-ce que le vieil avare en serait aussi? le itère de Corinne... c'est tout simple!
DESGAUDETS, troublé. Je suis heureux, ma chère Antonia, de vous trouver avec monsieur le comte... et de vous trouver seuls...
ANTONIA. Et pourquoi donc?.. d'où vient ce trouble... et qu'avez-vous?
DESG.\UDETS. Moi!.. je nai rien !
LK PIFF.
ANTOîiiA. Un mot seulement !.. ce que je vous disais ce matin... mon frère?
DESGALDETS, faisant le gesle de porV>r un pistolet a son front. Lui! allons donc!., soyez tranquille!
A.NTOMA, respirant. Ah ! je respire!
DESGALDETS , ù part. C'est bien autre chose , et le difficile est de la j)ré|)arer... peu à peu... et avec adresse...
LE COMTE, qui n'a pas cessé de le regarder, il cherche... ses mots... c'est évident! (Froidement.) Voyons-le venir?
DESGALDETS, souriont avec embarras. Je suis passé tantôt ù la Bourse... où les passions s'agitent ! Le volcan est en éhullition, ei c'est beau comme Tcnfer du Dante. Toutes les combinaisons sont déjouées... celle d'abord, monsieur le comte, pour Uujuelle vous m'aviez fait offrir des promesses d'actions... qui deviennent nulles !
LE COMTE. Je le savais depuis ce matin... impossible de soumissionner à ce taux-là... ce n'est plus de l'audace... c'est delà folie...
DESGALDETS, de mémc. C'est ce qu'il paraît...
LE COMTE. Aussi toutcs les Compagnies se retirent d'un commun accord, c'est convenu... et faute de soumissionnaires... il faudra bien qu'on abaisse le prix.
DESGALDETS. 11 cst évident quB c'était le parti le plus sage... mais il y a des gens... si téméraire.?!., j'en connais un... entre autres... un imprudent... une tète folle!., désespéré de renoncer à cette affaire... où il voyait une fortune assurée... car, même aux conditions imposées... il trouvait la spéculation magnillqne... il m'avait même prié, comme dans la première combinai.-on , d'accepter une cinquantaine d'actions gratuites.
.\M0M.\, avec impatience. Enfin...
DESGALDETS. Eufin... C'était un coup de dés... et il est joueur!
ANTONLA. 0 ciel !
DESGvuDETS. Et Rvcc quclqucs capitalistes. . peu connus, mais aussi téméraires que lui... il a couru .'soumissionner hardiment en son nom !..
LE COMTE, avec ironie. Eh bien... ils se mineront... voilà tout!
DESGALDETS. Certainement! mais avant de soumissionner... il faut déposer un cautionnement...
LE co.MTE. De plusieurs millions... payables snr-lechamp !
DESGALDETS. C'était, pour sa part, cinq ou six cent mille francs comptant, qu'il n'avait pas... mais l'insensé... le nwil heureux... venait de les recevoir chez son notaire...
LE COMTE, rt part. Je commence à comprendre...
DESGALDETS. C'était cu partie la dot di' sa soeur!
LE COMTE, à / 0)7. Nous y voici !
A.NTOMAjà Di'sgaiidets. Achevez?
desgaudets. Se cioyant certain (hi succ^i»... il a versé cette somme...
LE co.MTE, de même. A merveille !..
AiSTOMA, vivement et avec effroi. Eh bien .. esf-ce qu une antre que sa sœur a le droit de se plaintlre ou de réc'amer...
DESGALDETS. Non, saus doute!
ANTOMA. avec chaleur. Alors qu'importe?
DESGALDETS, vivcmcnt. Il importe. .. quc CCS valeurs qu'on devait s'arracher sont déjà descendues au-dessous du cours, (lue l'opi ration est uianquée, et (]ue le cautionnement, tni plntùt la dot de sa sœur est perdue.
ANTOMA, avec joie. N'est-ce que cela?
LE COMTE, o part. De mieux en mieux!
A^TO^IA, vivement, à Desgamicts. S'il en est ainsi, je ne sais rien, je n'ai rien appris... que tout i-este entre nous.
DESGALDETS. Comment ?
ANTOMA. C'est à moi, c'est mon bien... et si je le donne à mon frère...
DESGALDETS. L'u pareil saciiliccl
.\>TOMA J'y gagne encore!..
DESGALDETS, la pressant dans ses bras. .Ah ! ma chère enfant !
LE COMTE, à pari, les regardant dans les bras l'un de l'autre. Bien joué !