‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 689 sur 783 · CORINNE, ALBERT · texte numérisé non relu

CORINNE, ALBERT

ALKV.[\T, entrant vivement. Quel dîner! J'ai cru qu'il ne finirait pas!.. Et quelle conversation!.. Que de mensonges! de vanteries!

CORINNE, Éloges désintéressés, donnés par ramilié.

ALnv.RT. Et jar ceux qui dînent chez lui!.. Et ce monsieur de Marignan, qui, à force de s'entendre dire qu'il était un grand homme... a fini par se le persuader!

CORINNE. Ciimmentdonc!.. llattaqnorait en calomnie quiconque ouïrait maintenant soutenir le contraire!

ALBERT. Patience!., cela aura un terme... et nous verrons!

CORINNE. Raison de plus pour ne pas paraître somhre et préoccupé... comme vous.., tout à l'heure, à ce dîner !

ALBERT. Je ne vous ferai pas le même reproche!.. J'admirais votre grâce, vos saillies, \otre gaieté!

CORINNE. C'est un moyen! Cela permc't d'observer sans que l'on s'en doute... Vous ne vouliez rien dire ! il fallait deviner!.. J'ai tout vu... votre physionomie taciturne, l'air intrigué du comte; et en sortant de table, vous lui avez dit à voix basse : Je vais vous attendre au salon. Je l'ai entendu,.. J'étais derrière vous ! C'est pourquoi... me voici. .Maintenant, Monsieur, qu'est-ce que cela signifie?

ALBERT. Vous Ic saurcz plus tard.

CORINNE, C'est une provocation.., c'est un duel!

ALBERT, Eh non! une sim|)!e explication!

CORINNE, Vous avez promis (levant moi à Antonia.,. de ne rien risquer qui puisse la compromettre, vous avez juré que son nom ne serait même pas prononcé entre vous et M. de .Marignan,

ALBERT. J'ai tenu ce serment, et je le tiendrai encore... Mais il se pré.sente, grâce au ciel, une circonstance... une occasion qui n'a aucun rapport avec Antonia, ni avec mon anioiir, et rien ne peut m'empècher de la saisir,

CORINNE. Cette occasion, quelle est-elli;?.. ]u: puis-je la connaître?

ALBERT. C'est inutile,,, c'est une question qui ne peut être discutée par des femmes... mais il ne sera pas dit... que je me laisserai enlever celle que j'aime sans la disi)uter... moi qui porte uneépée... Non, non, tant que je serai vivant, il no l'éiiousera pas!.. J'y suis résolu... Sans cela, comprend riez-vous que j'assistasse tranquillement à son triomphe... et à cette fête.,,

CORINNE. Vous voyez donc bien, Monsieur, que vous voulez vous battre avec M, de M irignan.

ALBERT. Oui.

CORINNE, Et pour Antonia?

ALBERT. Non... pas pour elle!., mais pour une autre cause... pour celle de l'honneur et de la vérité.

CORINNE. Je ne vous comprends pas, Monsieur.

Ai.RERT. Je vous ai dit que cela n'était pas nécessaire. Mais cette explication aura lieu.

CORINNE. Et moi, je m'y oppose; non-.seiih'mcnt pour vous, mais pour M. de Marignan. Je ne veux pas qu'il soit tué!.. Ce n'est p.is ainsi qu'il doit être puni,., ce serait trop tôt fait. Je lui ré.serve une ex-

piation,,, plus longue, et qui m'est toute personnelle. {Vivement.) Ainsi, confiez-moi tout!., à moi, votre alliée.,, voire amie.

ALBERT. Non , non , cela ne regarde que moi,,, le voici ! de grâce, laissez-nous!.. Je ne veux pas qu'il nous voie ensemble,

CORINNE, Soit. A part.] Mais si je n'y vois pas, j'entendrai ! {Elle entre dans le cabinet à gauche.)

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