‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 9 sur 783 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

MARGUERITE, NEUBOROUG,

>ErBOBOrG. E!i! mais... à qui en a-t-elle donc, la petite; comle^se?.. Avec son air protecteur et menaçant... il nii» senihlait entendre feu leducde Marlborough, son grand-père, (l;ct\nt (les conditions aux plénipotentiaires do Louis XIV.

MAiiciKniTE. C'est égal... je voudrais bien être à sa place I Elle va le soir au crrcle de la reine... et puis enfin elle est iii lo',is les jours!..

M.rnoRoiG; .le ne lui en ferai pas compliment.

MAUGUEiuTE. El pourquoi cela?

m;i BOROUG. Parce qu'il me tarde d'en être dehor.-... il y a ili'jà trop longtemps que j'y suis.

MAUGiERiTE. X poluc si Hous arrivons... et vous voilà de mauvaise humeur parce qu'on vous fait attendi'e un peu... est-ce raisonnable?

NELBOROi'G. Certainement... j'ai cru i|u'on allait nous recevoir tout de suite, à bras ouverts; et depuis une heure que nous sonunes ici et que nous nous sommes promenés (ians tous les .sens, avons-nous seulement entr<;vu Walpole?

MARGi r.KiTE. S'il cst occupé !

NKiBORoL'G. Cc u'cst pas uuc raisoii pour faire faire antichambre à un ancien ami!

MAiiGLERiTE. Il l'a bicu fait hier chez vous!

Ma BOROLG. Pas ^i longtemps! et puis tous ces gens (jue Ton i'(!ncontre ont l'air, comme cette comtesse, de vous regarder du haut de leur gi'andeur, et de ne j)as croire «[u'on vienne déjeuner chez un ministre!., ipie serait-ce donc s'ils savaient qu'hier il a soupe étiez moi? Mais je n'en ai rien dit, jiarce qu'il tant être niotleste.

MARGiiERrrE. Vous avez bien fait...

NEUROROL'G. Et parcc qu'ou n'a pas, connue eux, un habit cliamarré d'étoiles et de cordons, ils semblent dire : 11 n'est pas des nôtres... c'est un étranger, un bourgeois de Londres.

MARGUERifE. Eli bicu ! qu'csi-cc (|ue cela vous fait?

MiBOROuc. Cela fait que c'est désagréable, que c'est humiliant... parce (lu'ennn , chez moi , je suis le seul , je suis le |>i'eniier... j'aiuK! mieux ça.

MAUGCERiTE. Cousolez-vous ! c'csl votro aiiii le ministre.

sgenl: V.

MARGUERITE, .NEUliDROlG , NVAld'OLE, (jiie plisiliks SOLLICITEURS oîiloureiit.

wAi l'OLE, à un solliciteur. J'ai lu votre projet... je l'ai

lu... et ne peux l'approuver... imposer des taxes aux colons américains...

LE SOLLICITEUR. C'cst cnrichir la Grande-Bretagne.

WALi'OLE. C'est l'appauvrir; les colonies d'Amérique nous donneront plus par le commerce que par les impôts...

LE SOLLICITEUR. Mou projet avait pour lui^l'approbation de lord North.

WALPOLE. Eh bien! qu'il le tente après moi, quand il sera ministre... et il perdra les colonies. {A un autre.) Et vous, Johnson... ah ! votre place de justicier!., je vous l'ai promise, vous l'aurez... (A un autre.) Vous aussi, Milurd, cet emploi, vous l'aurez, vous dis-je; mais attendez an moins qu'il y ait un décès... [A part.) Ils sont tous de même... il semble que j'aie qnehjue épidémie à mes ordres... Et vous? [S'avançant vers Xcuborouf/ sans le reffarclcr.) Avez-vous im placet?.. (|ue voulez-vous? que di-mandez-vous?..

NEUBOROUG. De déjeuner le plus tôt possible.

WALi'OLE. Ah! c'est loi, Neiiboroui;?.. te voilà!.. Vous arrivez bien tard... {Aux solliciteurs.) C'est bien. Messieurs, c'est bien... je ne puis achever de vous entendre aujourd'hui... [Montrant Xeuboroug.) Une affaire importante ave^ Monsieur... Mais demain... après-demain... j'aurai l'honneur de vous recevoir... (// sa' ue profondément les solliciteurs qui se retirent.) Tu vois (pielle est ma vie?.. Je suis ainsi depuissix heures du matin. Cette galerie, qui comiuunique de mes appartements à ceux du roi, est toujours encombrée de solliciteurs : je suis ainsi tous les jours; pas un instant de repos.

MARGUERITE. Et mou pèrc qui déjà se [daigniit!

WALi'Oi.E. Et de ipioi?..

NF.iiiOROUG, avec un peu d'embarras. Je me plaignais... des gens qui te portent envie... de ces gens cunimi; nous en avons vu tout à l'Iieure, (pli te croiraient bien malheureux si tu perdais ta place !

WALPOLE, vivement. Qui donc? que vcux-lu dire?

KEUBuROui;. Rien! des dis 'ours en l'air!.. Une dame di' cour, une petite comtesse... qui nous disait tout à l'heuiv, avec un air de satisfaction intérieure : Walpole n'a pas longtemps à rester au ministère...

WALPOLE, souriant avec ironie. Vraiment!., depuis vin,'t ans qu'ils le prophétisent ! Fasse le ciel que cAtc fois ils aient rai.son ! Et cette dame qui est-elle?..

NEUBOROUG. Une pcrsoiiue .saiis importance... la lectrice de la reine, la comtesse de Sunderland...

Walpole. Sunderland!.. Tu appelleras cela sans iinjiorlance!.. Tu ne sais donc pas que son père, et lord Caricivt, et lord Rolingbroke, mon vieil antagoniste, ont juré de me ronver.ser, et cpie, déjà jilus d'uni' fois... Mais, après tout, (pie m'importe?

NEUBOROUG. C'csl CC quc jc dis!

WALPOLE. Ce qui m'étonne, c'est l'espèce d'iiillueiice lioiit si'nd)le jouir depuis (pi('l(|ue tenqis lu tille de lord Sunderland... U'oii cela viendrait-il? C" n'est pas delà reine... qui ne l'aiiiK! gui're, et qui m'est dévouée. E>t-ie (pie par hasaid'.. iNon, non, ce n'est pas possible!

NEUBOROUG. Qu'est-co que c'est?

WALPOLE, se promenant. Pour(|u.ii pas? Je le smrai!..

NEUBOROUG, le suivant . .Mais qu'as-tu donc?

WALPOLE. Rien, mon aiui !.. .Mais vois si l'on peut jamais faire des projets!.. Je m'ét:iis levé ce matin avec les idées les plus riantes. Cette journée que j'allais passer avec vous m'ollrait une |)erspective délicieuse... Il me .semblait qu'au milieu de mes ennuis c'élait un jour de congé... Et voilà ([ue la moindre contrariété, la moindre in(|uiétude me rend à moi-même et me iHiursnit jusque dans mon bonheur!

NEi itoRoïc,. Voilà ju-^temenl ce (pii te fut mal... H ftiit chas>er toutes ces idées-là... entends-tu bien?

WALPOLE, toujours préoccupe. Oui, inon ami...

L'AMBITIEUX

isEUBOiîoi'G. N'avoir avant et aprt's les repas que des pensées agréables qui préparent ou facilitent la digestion.

wALroLE, avec impatience. Bien, mon ami... [A part.) S'il était vrai! morbleu !

NF.t'BORorG. Surtout... et je ne puis pas trop te le recommander, se mettre à table à des heures fixes et réglées! ne jamais faire attendre restomac, et il parait qu'ici l'on attend beaucoup.

WALPOLE. Non, mon ami...

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