‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 90 sur 783 · SCÈNE VL RAYMOiND, CÉCILE · texte numérisé non relu

SCÈNE VL RAYMOiND, CÉCILE

cÉcn.E, avec émotion. Vous m'avez dit. Monsieur, que mon devoir était d'épouser .M. Lucien, que mon h.mneur, que ma réputation dans le monde dépendaient de ce mariage!

RAYMOND. Et je le pense encore.

LA CALOMNIE

CFXiLK, lui remettant un(' lettre qu'elle tient à lamain. Tenez!

RAYMOND, regardant l'écriture. C'est de Lucien?

CÉCILE, avec émotion. Oui, Monsieur, il sait comme vous

et par vous que je n'ai rien à me reprocher, il en a la

preuve... mais, cette preuve, il ne peut ladonntTàcemonde

qui m'accuse et "qui me croit coupable.

RAYMOND, qui a parcouru la lettre. Ah! l'indigne!., il t'estime!., il t'honore!., il t'aime!., et n'ose, en t'épousant, braver d'injusti-s calomnies... que je voudrais... et que maintenant je ne puis réduire au silence. (Froissant la lettre avec colère.) Ah! tout est fini entre nous... et je cours... CÉCILE, se jetant au-devant de lui. Où donc? RAYMOND. Lui demander compte de ton honneur qui me fut confié! de ton honneur qui m'est aussi cher que le mien!..

cÉcu-E, avec force. Et que vous allez perdre à jamais!.. [Rajpnond pousse un cri et s'arrête.) Vous voyez que j'avais raison de vouloir partir... Et. quant à ces calomnies qui m'accablent, je ferai comme vous, mon ami, je les mépri- .serai.

RAYMOND. Moi, moH cufant, c'est bien différent... Un homme doit avoir ce courage, il peut braver l'opinion; mais une femme... mais toi... pauvre jeune fille. . c'est impossible ! tu seras accablée par elle.

CÉCILE. E!i bien! donc, je me résignerai à mon sort... jt; vivrai pure, innocente. . . et déshonorée ! . . déshonorée à leurs yeux... mais non pas aux vôtres, n'est-il pas vrai?..

RAYMOND. Non... car tu es pour moi l'honneur même... Et ne pouvoir la défendre! [Avec rarje.) Et pour la premién; fois de mavic, reculer devant la calomnie... lui céder la victoire... lui abandonner sa victime... la lui laisser llétrir comme coupable... quand j'ai la conscience, la conviction de son innocence'... Ah! mon cœur se révolte à cette idée, et quand je devrais délier le monde entier... IS'arrétant.) Mais elle a dit vrai... Je me battrais contre cet infâme... contre eux tous... mon sang et ma vie ne la justifieraient pas... au contraire!.. [Avec inspiration.) Mais mon nom!., mon nom, peut-être!.. {Allant à elle.) Cécile!., veux-tu m'épouser?..

CÉCILE, poussant un cri et tombant à ses pieds. Ah!.. RAYMOND. Tu ne peux pas ni'airaer!.. je le sais, c'est impossible !.. mais moi, je t'aimerai tant!., je t'honorerai, je t'aimerai comme l'image de la vertu... et, peut-ètr,} un jour... l'amitié... la reconnaissance... [Cherchant à la relever.) Réponds... le veux-tu?., le veux-tu?..

CÉCILE , se jetant dans ses bras en pleurant. Ah!.. M >iisicur!..

SGÈiNE Vil.

Les précédents, MADAME DE SAVENAY.

M.\DAME DE SAVENAY, Voyant Raymond qui presse Cécile contre son cœur et qui l'embrasse, pousse un cri et détourn' les yeux. Quelle iu-lignité! [Allant à Cécile.) Cette fois, Mideiuoisjlle, je ne serai plus votre dupe... Voilà donc cet amour pur et platonique que vous avez eu tant de peine à m'avouer...

RAYMOND. Que dit-elle?..

MADAME DE SAVENAY. Cette tcndressc que vous lui portiez .depuis si longtemps en secret, et dont il ne se doutait même pas...

CÉCILE, étendant la main vers elle. Ah]., tiisez-vous.

KWMoyiD, avec joie. Son, non... parlez!.. Il serait possible... elle vous aurait dit...

MADAME DE SAVENAY, uvec dignité. Ce que vous savez mieux que moi. Monsieur... Je vois maintenant ce que je dois penser, ce que je dois croire... Tout n'était que trop vrai, et je n'entends plus servir de manteau à une liaison coupable, qui dure depuis longtemps à mon insu...

RAYMOND, la retenant par la main. Non, Madame, vous resterez, et, ainsi qu'eux tous, vous saurez la vérité !

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