‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 146 sur 809 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

CARLO, suivant sa sœur des yeux. Adieu... adieu, ma

sœur! je suis comme elle, j'en pfcurerais presque... {Essuyant ses larmes.) Allons donc, c'est à moi d'avoir du cœur et des forces... Et pour retourner à trois lieues d'ici, au couvent des Hyéronimites où je demeure, moi qui n'ai presque rien pris depuis ce matin, je ferais peut-être bien de m'arréler un instant à la posada des .\rmes de Castille, où je retrouverai mon pauvre jeune homme de tout à l'heure. . que Casilda aime tant! {Il fait quelques pas et s'arrête.) Non... non... dans tontes ces hôtelleries ils prennent si cher aux voyageurs... Ce serait une dizaine lie réaux que ça me coûterait... pour le moins, et cet argent-là n'est pas à moi... c'est à mes sœurs. . ce serait les voler... {Fouillant dans sa poche.) Ce qu'il y aurait d'ennuyeux, ce serait d'être à table tout seul... Mais seul... je ne le suis jamais... et ton souvenir, ô ma mère ! est toujours avec moi!

C.\RLO, assis au pied de l'arbre, et mangeant; LA REINE ET LE ROI, paraissant à droite, au fond du théâtre.

TRIO

LA BEINE, à Ferdinand.

Appuyez-vous sur mon bras ; Quelques inst.ants de marche en cette forêt sombre Pourront calmer vos sens trop agités! . FEBDINAND, SOUpifant.

Hélas!

LA REINE

Et l'on ne peut tarder à rejoindre nos pas ! FERDINAND, avec égarement.

Tout à l'heure, et de loin, j'avais cru voir son ombre Glisser rapidement sous ces arbres!

LA PART DU DIABLE

LA REINE

Qui donc?

Quel fantôme a soudain troublé votre raison? KEnoiNAND, vivement.

Un fanlûme!.. oh! non... non...

Taisez-vous!

CARLO, assis au pied de l'arbre, et tournant le dos à la reine et à Ferdinand, se met à chanter un air sans paroles.

Tra, la, la, la, la, Tra, la, la, la, la.

FERDINAND, o la reine qui veut aller à Carlo. Ecoutez I

Tra, la, la, la, la, Tra, la, la, la, la.

FERDINAND, avec égarement.

Ah! ce n'est pas possible!

Et cet air! ces accents!.. Qui donc est près de nous?

LA REINE

Un jeune paysan, à l'air timide et doux... FERDiNAM», brusquement.

Qu'il approche...

(La reine fait signe à Carlo d'approcher.) CARLO, à part.

Quel est ce monsieur imscible, A la barbe en désordre, aux habits négligés. Auprès de cette dame et si belle et si fiere?

FERDINAND, à Carlo.

Cet air que tu chantais... qui te l'apprit?

CARLO

Ma mère Qui, près de nos berceaui par elle protégés. Le disait tous les soirs...

FERDINAND, brusquement.

Fais-moi venir ta méi e !

CARLO

Hélas! elle n'est plus, et je suis orphelin!

FERDINAND

Ah! [^rdon!..

{.iprés un instant de silence.) Viens ici.

(.1 voix basse) ,

Kedis-moi ce refrain :

Le veux-tu?

CARLO

Volontiers.

PREMIER COCPLET.

Ferme ta paupière ;

Dors, mon pauvre enfant !

Ne vois pas ta mère

Qui prie en iileurant!

Plaignez sa misère

Et secourez-la.

Dame noble et Cère,

Brillante seuora.

Donnez, donnez, sur cette terre.

Dieu, dans le ciel, vous le rendrai

Tra, la, la, la, la, Tra, la, la, la, la, Tra, la, la, la, la, Tra, la, la, la, la, La, la!

FERDINAND

Ah! sa voix douce et pure A calmé tous mes sens; C'est elle, je le jure.

C'est elle que j'entends !

LA REINE

Ah! sa- voix douce et pure. Ses célestes accents.

Des douleurs qu'il endure Ont calmé les tourments.

FERDINAND, à part.

Dans mon cœur le calme renaît.

LA REINE, (i^arlo. qui veut s'éloigner.

Encor, je t'en supplie... encore un seul couplet!

CARLO

DEl'XIÈME COUPLET

0 grands do la terre !

0 riches siigiicursl

Que notre prière

Arrive ;i vos cœurs?

Si ma plainte amèrc

Vous blesse déjà,

A notre misère,

Hélas, pardonnez-la!

A qui pardonne sur la terre Dieu, dans le ciel, ijardonncra!

Tra, la, la, la, la,

Tra, la, la, la, la,

Tra, la, la, la, la,

Tra, la, la, la, la, La, la!

FERDINAND

Ah! .sa voix douce et pure Rend la paix à mes sens; C'est elle, je le jure.

C'est elle que j'entends!

LA REI.NE

Ah! sa voix douce et pure.

Ses célestes accents.

Des doul.nirs qu'il endure Ont calmé les tourm.nfs.

FERDrNAND. Ah! je me sens mieux... bien mieux... Je reviens h. moi, je me reconnais... C'est vous. Madame, dont la tendresse a-sidue...

LA REiNE, ?Hi montrant Carlo. Silence!.. FERDINAND. Quniit à toi, parle .. Je ferai pour toi tout ce que tu me demanderas...

CARLO, le regardant. S'il en est ainsi, je demande...

FERDINAND. Eh bien!.. •

CARLO. Que vou< fassiez votre barbe et que vous ayez un habit plus beau pour donner le bras il une si belle dame..

LA REINE. Y penses-tu?

CARLO. Eh, oui! ça n'a pas de raison... ça n'est pas convenable.

LA REINE. Silence !

FERDINAND, sc regardant. Il dit vrai .. (A Carlo.) Ce que tu me demandes, je le ferai...

CARLO. Et m'est avis que vous ferez "bien. (Regardant plusieurs seigneurs de la cour, qui se tiennent respec-^ tueusement à quelques pas de distance.) Quels sont res messieurs, qui nous ôtent leurs chapeaux?.. Ils sont bien honnêtes !

FERDINAND, les saluant de la main. Salut, Messieurs! (.< un des seigneurs, qui est habillé de noir.) Salut fray Antonio... Nous ne retournerons point avec vous à Madrid, car nous comptons suivre la chasse en voiture.

FRAT ANTONIO, s'avançaut étonné, et à demi-voix. Quoi!.. Votre Majesté...

FERDINAND. Oui .. Il y a longtemps que je ne me suis senti aussi bien...

FRAT ANTONIO, à lui-même. C'est d'un mauvaisaugure !.. cela va mal pour nous.

FERDINAND. Malgré cela, je ne serais pas fâché de me reposer quelques instants à la posada des Armes de Castille. (À la reine.) Venez-vous, Madame?..

LA HEINE. Je vous rejoins!.. {Fray .intonio et les seigneurs sortent avec le roi, qu'ils entourent.] •

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