‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 149 sur 809 · SCÈNE VlU · texte numérisé non relu

SCÈNE VlU

RAFAËL, seul.

RÉCITATIF

Nouveau refus encor, je l'aurais parié!

Du grand inquisiteur le pouvoir redoutable Ne peut vaincre le sort dont la rigueur m'accable !' Et la terre et le ciel sont pour moi sans pitié! Eh bien ! donc, à l'enfer il faut.,que je m'adresse ; Il faut lui demander les honneurs, la richesse Que l'on me refuse ici-bas !

(Itegnrdant autour de lui.) Voici lu chêne!..

(On entend sonner dix heures.) Et l'heure!.. Allons, ne tremblons pas!

AIR

Asmodéc !

Gentil lutin.

Esprit malin, C'est dans ta main Qu'est mou destin.

De ces forêts L'ombrage épais Cache tes traits !

Vîeus ! apparais !

Asmodée ! ! !

De toi, je veux Destin joyeux.

Richesse, honneur Et du bonheur!

Par ton secours Que les amours De tous mes jours Charment le cours!

Asmodée!! !

Que ma fureur soit par toi secondée!

Asmodée!.. Asmodée!.. Asmodée'..

Eh ! mais, rien ne parait, je crois l Et cependant voilà trois fois...

En voilà six que je l'apiielle!

Démon têtu ! démon rebelle.

Veux-tu nie répondre à l'instant?

(S'arrclant.) Ou je vais... Non, c'est imprudent^

Lorsque I on a licsoin des gens que l'on aiiiiello, Il f.iiit leur piirler iioliment, Bien iinlimenll.. et doucement 1 [Otant son vh(ij)i;au ) Gentil luliu, Es|irit malin.

C'est dans la main Qu'est miui destin!

Uc ees forints, J/ôndiraff(^ épais Ciclifi tes Ifuils...

Viens, aiipaiviis !

Asmodée ! ! !

De loi, je veux

Destin joycu\, ,

Uicliesse, luuineur Et du bonheur!

Par ton secours, Que les amours De Ions mes jours Cliarmenl le cours...

Asmodée 1 ! !

. Asmodée ! Asmodéo !

Tout me repousse et'mo dédaigne!.. Eh cpioi! Même jusqu'à Satan qui no veut pas de moi!

SCE.NK IX.

CAHLO, sortant du couvent à droite, RAFAEI.,

à gauche.

DUO

c.vRLo, enleniloiit les derniers mots, à part. Quentends-je!.. ô ciel !

n.iF.\ELJ appelant à haute voix.

Asmodée!.. Asmodée!

CARLO, à part, et se glissant près de l'arbre. C'e.~t Uafael ! celui dont l'amour s'est donné A Casilda, ma sotur ! ^

KAF.iEL, à voijc- haute.

Tu veux toujours te taire ?

CARLO, à part.

Pauvre jeune Iionmie!

BAiiAtL, à haute voix.

Eh hien! dussé-je être damné, J'en jure ici, par celle qui m'est cUerc,

[Tirant son poignard.) Si tu ne réponds pas! je me tue!

CARLO, à part.

Ah! grands dieux!

{Sortant vivement de derrière le grand chêne et d'une voix tiinide ) Me voici, maître!

RAFAËL

Enfin!., c'est hien hcurCLix!

CARLO, H part.

Dieu qui m'entends, pardonne La ruse où j'ai recours !

Mais quand tout l'abandonne.

Il faut sauver ses jours!

Sauvons d'abord ses jours!

raf''ael, à-part.

J'hésite et je frissonne.

Mais c'est mon seul recours; A lui je m'abandonne.

S'il vient .a mon secours!

Qu'il vienne à mon secours.

RAFAFL.

Te voilà donc!., tu t'es fait bien attendre 1

CARLO

A vos désirs, maitft, je viens me rendre , Que faut-il/

RAFAËL

Je veux voir combler tous mes souhaits.

CARLO

Et pour jouir d'un pareil privilège.

Que me donnercz-vous'?

Moi!., que te douuerais-jo'' Puisque, hélas! je n'ai rien!

CARLO, timidement.

Votre ime !

RAFAËL, vivement.

Non, jamais 1 Je suis bon catholique. . Espagnol...

CARLO, à part.

(iraut.) Très-bien... Mais Je ne puis vous servir pourtant sans intérêt.

RAFAËL

C'est juste!., un serviteur doit recevoir des gages* Eh hien! ce que jiar toi je gagnerai, mon cher. Nous le partagerons !

CARLO, souriant.

Le cadeau n'est pas cher!

N'importe! jo l'accepte!.. Ainsi donc tu t'engages ..

RAFAËL

A tout partager... tout... avec toi, de moitié!

CARLO

(.4 part.)

De moitié! Le pacte est admirabl.'!

RAFAËL

Ah! c'est charmant!., avec le diable^ Me voilà doue associé !

ENSEMBLE

Sorcellerie Et diablerie.

Je vous coiilic Tout mon espoir!

0 douce ivresse.

J'aurai sans cossu.

Et la richesse Et le pouvoir!

CARLO

Sorcellerie Et diablerie.

Il vous conlie Tout son espoir !

Par ma promesse.

Il croit sans cesse A la richesse.

Comme au pouvoir !

CARLO

Parle, alors?

RAFAËL

Je veux donc, dans mon ardeur guerrière Un brevet d'enseigne.

CARLO, souriant.

Ah ! vraiment!

Cela ne se partage guère ; N'importe, tu l'auras!.. Mais songe à ton serment ! Garde-toi, désormais, d'attenter à ta vie...

BAFAEL,

Je l'ai juré!

CARLO

Du pacte qui nous lie, No dis rien!.. Mais surtout sois honnête et prudent! Conduis-toi hien!

RAIAEL.

Surprise sans égale !

Le diable qui me prêche et me parle morale Mieux que mon iirecepteur ! D'honneur, c'est étonnant! [Un entend le son des cors gui se rapproche.) CARLO, o part.

Mais la chasse revient, et la reine m'attend !

De moitié!., de moitié!., je tiendrai mon serment!

RAFAËL

Sorcellerie Et diablerie.

Je te conlie Tout mon espoir!

J'ai sa promesse.

J'aurai sans ces^■e,

LA PART DU DIABLE

Et la richesse

Et le pouvoir !

A bieiitijt!.. au revoir!

Au revoir!

CARLO

Sorcellerie

Et diablerie.

Il vous confie

Tout son esiioir.

Par ma promesse.

Il croit sans cesse

A la richesse.

Comme au pouvoir!

Adieu, bonsoir!

Au revoir!

Bonsoir !

{Pendant cet ensemble, le bruit de la ehass" a toujours été en srtscendo ; des piqunurs, aiec des flambeaux, paraissent à gauche et se répantlent da)i< la forêt. Cario lient de reprendre, sur le banc de yazon, son ■manteau noir dont il s'enveloppe. Il fait vu dernier signe de la main à Rafaël élonné ; puis s'étançant au milieu des piqueurs disparait aeec eux.)

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