MARIE, EDMOND
(Edmond parait à la porte du fond. Habillement de fermier; il porte à la main un bâton, et sur les épaules un hairesac qu'il cherche à cacher en entrant .}
MARIE, l'apercevant et courant à lui avec joie. Le voilà!., c'est heureux !
(S'arrêtant tout effrayée.)
Ah! mon Dieu! quel air triste!
EDMOND, levant les yeux et l'apercevant. EnGn je vous revois.
HARIE.
{Il hésitu.) Q«'avez-vous donc?., parlez.
{Àpereecant son havre.iac.) Et ces apprêts de départ?
[Lui pretiant la main.) Vous tremblez!
EDMOND, détournant la tète.
Ne me demandez rien...
UARIE.
Au contraire, j'insiste.
Et je veux tout savoir! oui, Monsieur, oui, j'y tiens. Tous vos chagrins ne sont-ils pas les miens'
DUO
EDMOND
Je voulais t'en faire un mystère, M.iis je dois enfin le trahir!
On nous appelle pour la guerre ; Je suis conscrit, il faut partir.
MARIE, immobile.
De terreur mon àme est glacée ; Vous, Edmond, vous allez partir".
{Pleurant.)
El moi, que vous aurez laissée.
Et moi... que vais-je devenir?
EDMOND, voulant l'apaiser.
Calme-toi I
[À part.)
Sa douleur redouble.
MARIE, phurant.
Ah ! je sens se briser mon cœur.
EDMOND , à part.
Et moi-même cachons mon trouble; Peut-être on croirait que j'ai peur.
[Haut, à Marie.) Je pars demain pour la frontière.
Je pars demain ; au pays j'appartiens.
J'ai reçu l'adieu de ma mero, Je venais te faire les miens .
Adieu, ma compagne chérie; Adieu, toi qui reçus ma foi.
Jusqu'au dernier jour de ma vie Mon cœur ne battra que pour toi!
MARIE
Adieu! mon bonheur et ma vie.
Adieu, toi qui reçus ma loi ; Adieu.... ton image chérie Restera toujours avec moi!
MARIE, vivement, et s'arrachant de ses bras. Tu ne partiras pas! mes bijoux... cette chaîne Pourront payer un remplaçant !
EDMIIND.
Un remploçaut!.. ton espérance est vaine; Je n'en veux pas quand la gloire m'attend ! Simple fermier, je n'ai point de fortune; Mais soldat... je puis m'en faire une!
MARIE, tristement.
Vous, un pauvre conscrit!
EDMOND, arec chaleur.
Eh! vois donc sous nos yeux Tant de guerriers fameux Qui partaient tous soldats, et qui victorieux Revenaient généraux? je reviendrai comme eux ..
MARIE
Quelle folie?
EDMOND
Pourquoi donc? nous allons conquérir l'Italie Pour la seconde fois.
MARIE
0 funeste départ!
EDMOND
Du chef qui nous conduit l'audace peu commune A déjà, nous dit-on, franchi le Suint-Bernard! Nous courons le rejoindre et suivre sa fortune; Elle doit être belle, et j'en aurai ma part. Ma compagne chérie.
Jusque-là garde-moi ta foi; Jusiiu'au dernier jour de ma vie Mon cœur ne battra que pour toi.
MARIE
Adieu, mon bonheur et ma vie!
Adieu, toi qui reçus ma foi;
LE SERMENT
liO
Adieu! ton iniage chiîrie Restera toujours avec moi.
ENSEMBLE
EDMOND
Va, calme tes alarmes ; Ne songeant qu'à tes charmes, Je serai sous les armes Fidèle à mon amour.
Même espoir nous rassemble, Et loin que ton cœur tremhie, Ne songeons plus ensemble Qu'au bonheur du retour.
MARIE
0 mortelles alarmes! Oui, ma vie est sans charmoSj Tant que le sort des armes T'enlève à mon amour.
Je frémis et je tremble, Et jamais, il me semble.
Nous ne verrons ensemble Le bonheur du retour.
MAniE, apercevant son père et s'éloiijnant d'Edmond. Ociel!
EDMOND
C'est maître Andiol !