SCÈNE xni
MATHiLDE, M. DE BRUCHSAL.
M. DE DRUCIISAL. Nc trouvcz-vous pas. Madame, que c'est une situation assez singulière que la notre? et
quand je vois cet air de candeur et de modestie
peut-être vous a-t-on mariée, comme moi, sans que vous le sachiez, sans que vous vous en doutiez; cel.i peut arriver; j'en ai la preuve...
MATHILDE. En vérité, Monsieur, vos doutes commencent à m'cnibarrasser beaucouii; ce mariage a été si bizarre, si précipité... je n'ai vu mon mari que fort peu. Et si je me suis trompée, jugez-en vous-même. Un vieillard se présente chez mon tuteur, il se nommait M. de Bruchsal, aimable, plein d'esprit... tout le monde était séduit par ses manières douces et prévenantes; on m'(.)rdonne de l'épouser, je m'y résignai sans peine. Voilà tout ce que je puis vous dire.
M. DE BRUCHSAL. Et Ce vieillard, c'était moi?
MATHILDE. C'était la même bonté dans les regards, la même iiululgenci', la même douceur...
M. DE uKicmxL, s'emportant. Cuibleu!..
MATHILDE, ejfrayée. Ali! par exemple, il ne se fâchait jamais, Monsieur; et maintenant, à la manière dont vous me regardez, il me semble que ce n'e>t plus lui.
M. DE URixnsAL, s'arrctant. Diable ! n'allons jias détruire la bonne opinion que l'on a de moi; car je commence à trtiuver l'aventure charmante. [Haut.) Je ne mo fâche pas non plus ; an contraire, je suis enchanté d'avoir pu vous plaire ainsi à mon insu. Mais je cherche comment j'ai pu y parvenir; j'avoue que ça m'étonne; et pour qu'une jeune personne se résigne à passer sa vie près de moi...
MATHILDE, s'oubUaut. Ah I c'est mon plus cher désir.
M. iiE DRUCIISAL, l'observant. Même à présent?
MATHILDE. l'ius quc jamais!
Am : Pour le trouver, j'arrive en Allemagne (d'YELVAJ.
J'y vois pour moi t;ml d'avantage...
Des couseils d'uu ami prudent
On a grand besoin à mon âge...
Le inonde est, dii-on, si méchant...
Pour marcher seule en ce monde iierfide. Je suis si jeune...
M. DE BRUCUSAL.
El moi si viens...
BATHILDE
Eh bien !
Désormais vous serez mon guide, Moi je serai votre soutien!
M. DE UBUCHSAL. Il csl sùr quc le mariage envisagé ainsi, comme un point d'appui, aurait bien son côté agréable. Et moi, qui avais des préventionscoatrc lui...
MATHILDE. Et pourquol donc?
M. DE BRiensAL. Vous le dirai-je? tout m'effrayait ; les embarras du ménage, cet esclavage continuel, jusipi'à ce titre de mari et de remiiie.
MATHILDE. Eli bien! ne m'appelez pas votre femme, appelez-moi vulrc fille, votre pupille, votre nièce, ce que vous voudrez, pourvu que ce titre me rapproche de vous, et me peruiettc de vous aimer.
M. DE BRLCHSAL. QuC dil-ello?
MATHILDE. Aiusi, (lu uiolus, jc viviai près de vou-s, je serai à la tête de voire maison ; ces embarras du ménage, ces soins qui vous effraient, jc vous les épargnerai. Pour que le temps vous paraisse moins long, le soir,jc vous forai des lectures, de la musique; le matin, jc vous entourerai de tous ceux qui vous res-
LE VIEUX MARI
pecipnt et vous clirrissent; vos vieux amis seront les miens et ils vienilnint souvent; car ils seront bien ivrus. Hcni'cux vous-même, vous voudrez c|u'on le soit autour de vous, et, de temps en temps, nous accueillerons la jeunesse, dont les riantes idées égaieront les vôtres, et vou; rappelleront vos jeunes souvenirs.
M. DE BHICHSAL, «'anî'manJ. Cela commence, rien qu'en vous écoutant... (iui, ma chèr.e iemme...
MATHu.DE. Nous sonimes convenus que vous ne me donneriez plus ce nom-là.
M. DE BKUCHS.^L. C'cst quc maintenant il me plaît beaucoup. Oui, vous serez maîtresse absolue; vous n'aurez qj'à commander pour être ohcie.
MATiuLDE, émue, et retjanhmt du càtd de son appaV' hmcnt. Est-il vrai?
M TE B.-il'CllSAL. .Ic Ic jUrC.
MATr.ii.DE. Quoi ! vous ne me refoscriZ jamas rien?
M. DE IllUJCH^AL. JaHiaiS.
jiATini.DE. QuiUc que toit la grâce que je vous demande ?..
M. DE BRL'cii3AL. N'importc.
.MATini.DE. Eh bien! il en est une que j'implore.
M. DE ur.ucHSAL. Je l'accorde d'avance ; et puisque celte, jolie main est à moi... [Vuiilinl ij porter UslèurL'.?.) no me por.uettrez-vons pis?..
MATHiLDE, lui prenant à lui-même la main qu'elle embrufsc, et lombanl à ses (;en(iux. .\\i ! .Monsieur, c'est moi qui vous le demande...
M. DEDRi!cnsAL,n/(eHi/ri. QniiL.qnc faites-vous? . ch bien ! me voilà tout cnin. Mon cnl'ant, ma chère enfiUt, relevez-vous. {On fraiips.)