‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 280 sur 809 · SCÈNE n · texte numérisé non relu

SCÈNE n

TCIIÉRIKOF, entrant par le fond; .MADAME Dl'TIL- LEUL, KALOUGA.

TCIIÉRIKOF, à Jûdouijn qui est reste derrière lui. Ivalouga, restez, et attendez mes ordres.

MAD.v.ME nuTu.i.EL'L. Est-cc il luoi, Mousieur, rpie vous voulez parler?

TciiÉniKOF. Pas précisément; mais c'est égal.

M\D.\ME DUTTLLEUL. Pardoii, Mousicur, n'ayant p is l'honneur de vous connaître, vous ne trouverez pas extraordinaire que je; vous demande qui vous êtes?

TciiF.niKOF. C'est facile à vous apprendre. Vous saurez d'al)ord, (|u'on me nomme I\\a;i Tchérikaf, nom qui jouit de la \dus haute considération depuis les lior.ls du Prutli jusqu'aux rives de la Nexva; c'est vous dire a-sez ipie je suis Hus^e ; ma famille est une des plus riehes de l'empire; j'ai p(un" mim coni|>tc trois cent mille roubles de revenu, quatre cbàtcaux, deux p.ilais, cinq mille ebaumiéres et dix mille paysans tous très bien constitués et d'un excellent r.qi;)ort ; j'en ai toujours avee nmi un échantillon as-ez flatteur, Kalonga, qui'je vou^pré.seiite. {lûdmija s'acauce u.i peu.)

Ain : Dans ma chaumU'ri.

Pour un Cûsafpie On le reconnait au maintien; Kl (piniipie il ait l'air un pea l)r.u|ae, Commeiil le trouvez-vous'.'

H\0.\ME DUTaLEVL.

Fort Mon Pour un Cosaipie.

TCHÉRiKOK. Remerciez Madame et sortez. AH z in'at- Icndre en b;is avec mnn cocher et mes deux chevaux ;

et .•ïoy z bien sages tous les quatre. (Kalomja sort.) Voilà, M idame, les dons que je tiens du bas ird. Quant à mes avantages personnels, j'ai trente ans, un physi(|ue assez original, je possède cinq langueset environ une demi-douz line de décoi-ations, sans compter les nii'ilaiUes.

M.vD.xME DUTiLLEUL. -Ic VOUS Cil fais bieii iiion comvplim ut.

TCIIÉRIKOF. 11 n'y a pas de quoi.

MAD.xuE DtTiLLEiL. Et puis-je savoir cc qui vous amène c'.ie? moi?

TCiiÉiuKOF. C'est plus difficile à vous expliquer. Vojs no m'en voudrez pas, je l'csixre, si je vous avoue qu'ici, à Paris, je m'ennuie à force do m'am iser. .M.vD.vME DuriLLEUL. Je co.mprcnds.

TciiÉuiKOF. Alors, pour faire diversion, j'ai été ce matin me promener a'i Luxinnbourg.

M.vD.vMK DLTiLLEUt,. Cc qui uous an'ivc quel luefiiis. TCIIÉRIKOF. Je le sais bien; et, d ins une allée Siilitiire, j'ai irouvé cet album, que je me suis fait un di;voir de vous rapporter.

.MAD.^ME DiTii.i.r.UL. 0 cicl ! c'cst ccbii d'Yelva. Et nomment, Moiisienr, avez-voussu à qui il appartenait, et où nous demeurions?

Te.idî.iiKOF. Parce que, depuis longtemps, j'ai riimneiir de vous suivre tous les jours au Luxembourg, et de rester des heures entières en contemplali ui devant vous, ce (lue vous n'avez pas remarqué, parce qu(>, grâce au ciel, vous avez la vue basse; mais moi qui l'ai excellente, je n'ai perdu aucune des perfections de votre charmante fille; je sais de plus que c'est la vertu, la sagesse même; j'en ai la preuve par tous les présents qu'elle m'a refusés.

M.vD.vME iiUTiLLEix. Quoi! Mousieur, ces cachemires, ces diamants, c'est vous qui avez osé?..

TciiÉiiiKoF. J'aieu tortd'employer,rucSaint-J loijees le système de la Chau.ssée-d'Autin.

M.iD.XME DUTILLELI,. MOUsiCUr!..

TciiÉHiKOF. Calmez-vons, femme respectable ; ji.' vo is ai dit (|ue je me repentais. Je suis jeune, ardent, impétueux ; mais, au milieu de mes erreurs, j'aiun^ la vi'itu... Je vous prie de ne pas prendre ce'a pour un:^ dé.laration. Et depuis qu'hier je vous ai eiilen la prononcer le nom d'Yedva, lui parler de l.i Uu sic, son pa,\s natal, je me suis dit qu'une .Mosovite, une Cir.upatriote, avait des droits à mon respect, à ma protection, et je virus vous demander si main.

SUDOIE DiTii.LELL. Sa uiain?

TC.iiKiuKOF. Cela vous étonne! Au fait, c'e4 parla (pie j'aurais dû coiumencer.

Ain : 5!îi' ijeu-t disaient ton! le eonlraire.

Dt'iii urant loin du Lu\cnil)ourg,

Je lus tromp,; par l.i distance ; De l'0|i'Ta, mon uniipvj sjjoar.

J'avais cncor la souvenance.

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