‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 292 sur 809 · TIQUES · texte numérisé non relu

TIQUES

TCHÉRIKOF, entrant par le fond. Dieu I qu'il l'ait froid!.. (Kahmga entre, il est suivi de deux valets, qui restent au fond ; Kalouya se tient à une distance respecta use de Tchi-rikof, à sa droite.) surlout quand on a été en France, et qu'on a l'Iubitude des climats tempérés... Je ne peux pas me faire à ce pays, et je

serai oblige |ioui' me réchauflcr, de mettre le feu à mes propriétés... Kdouga, quel temps fait-il?

KALOUCA. Superbe, .Monseignir.... trois bieds de neige,

TCHÉRIKOF. Monseignir... Ce que c'est que d'avoir habité la France et l'Allenugne!.. il s'est composé un baragouin franco-autrichien, auquel on ne peut rien comprendre.

KALOiiGA. Et ché afré permis à fos lassaux, pour le divertissement, de promener en patinant, sur les fossés de fotre château... Fous |)ouvez le t'oir de le fenêtre... à travers la fitrage...

TCHÉRIKOF. Du tout .. Ricu quc de les regarder, il me si'inlile que ça m'eiwhumerait.

kalouga. Il être, cebendan', pien chaude aujourd'hui.

TCHÉRIKOF. Je crois bien, vingt degrés. Il est ici dans sa sphère, lui qui, lorsque nous étions à Paris élouff.iit au mois de janvier.

Ain du Pot de fleuri.

Fils glacé de la Sibérie,

Et regrettant dans chaque endroit

Les doux frimas de sa patrie, 11 n'adorait, ne rêvait que le froiu.

l^our lui Paris fut sans charme et s:ins grAccs; Il n'y goiUail, dans son mortel ennui, Qu'un soûl bonheur... c'était à Tortoni,

Eu me voyant prendre des glaces.

Oui, son bonheur, c'était à Tortoni,

Eu me voyant prendre dos glaces.

\ll fait signe aux valets de sortir.)

{A Kalouga.) Écoute ici... C'est aujourd'hui un grand jour, une noce, une solennité de famille... Le comte de Lcczinski, mni oncle, noble polonais, qui a cinq ou six cliàteau\, dont pas un habitable, a bien voulu accepter le mien pour y marier sa lille, ma cousine Foîdora, qui, à notre départ, n'était ((u'une enfuit, et qui a profité de notre absence pour devenir la plus jolie fille de toute la Pologne russe.

KALoiGA. Ya, Monseignir, li être pien peau femme...

TCHÉRIKOF. Fst-ce que je vous ai dit de parler, Kalouga?

KALOUGA. Nein.... (Sur un geste de Tchérikof.) Nieht...

TCHÉRIKOF. Alors, taiscz-vous !.. Depuis que ce petit gaillardiiï a été en France, il n'y a pas niuyen de le faire taire... quand il s'agit de jolies femmes... Que çi l'arrivé encore!., je te fais attacher comme Mazrppa, sur nn cheval tartare, et tu verrasoù ça le mènera... .Mais revenons... Mon oncle et sa lille sont déjà arrivés hier au soir, ainsi qu'une partie de la noliles'îe du pays... Nous allendons dans la journée le futur, nn jeune seigneur français, que j'ai connu à Paris, el avec qui nous étions très-bien, quoique autrefois nous ayons manqué de nous brûler la cervelle; mais en France cela n'empêche pas d'être amis... Il va arriver, ainsi que sa famille, et j'ordonne, Kalouga, à tous mes vassaux de redoubler de soins, d'égards, de prévenances; je veux sur toutes les physionomies un air d'hilarité, et de bonheur.

AiB : De sommeiller encor, ma chère.

Je n'admets pas la moindre excuse.

Que l'on se montre et joyeux et content!

Oui, je veux que chacun s'amuse.

Sinon, malheur au délinquant!

Cent r.ou|iS de knout, voila ce que j'impose

Pour le premier qui s'ennuirait,

Quitte ensuite à doubler la dos,',

Si ça ne produit pas d'effet.

YLLVA.

m Vâ, coid-I se jcicr à deux grnoux âc\:ant h tollcau. -;- Airle 2, sctïm; to.

KAi.oiiGA. ir comprends pien, Monsoignir.

TciiÉRiKdF. En ce cas, c'est vous, Kalouga, que je charge de donner l'exemple. (Kalouga pred une phijsionomipiianlf.) A la bonne heure; songeque nous devons, par l'urbanité de nos manières, donner au\ étrangers une haute idée de notre nation... Il ne suflit pas d'être Cosaque, il faut encore être honnête.

KALoiGA. Ya, Monseignir.

TCHÉR'KOF. C'est la comtesse Fœdora... Tiens-toi droit, salue, et va-t'en. [Kalouga salue et sort.)

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