SCENE VI
Les PRÉCÉDENTS, FERNAND, sortant de l'allée du château.
FERNAND, à la contonade. Des danses, des quadrilles et un bel orchestre; je veux aussi des jeux de bague, et même un petit combat de taureaux, si c'est possible. Enfin, qu'on n'épargne rien, c'est moi qui paie.
SANCHETTE. Eh! monDieu! monsieur le capitaine, qu'y a-t-il donc ?
FERNAND. Vous ne savez pas la grande nouvelle I il n'est question que de cela au village et au château.
PHILIPPE. Comment! il serait vrai? Monseigneur se marie?
FERNAND. Eh noH, cc n'cst pas lui, mais la comtesse Amélie, sa sœur !
LEOCADIE, vivement. Vous en êtes bien sur? ■ SANCHETTE. Et qui épousc-t-elle?
FERNAND. Vous ne devlncz pas? regardez-moi donc.
CAVATINE
C'est moi qui suis son époux ;
Est-il un destin plus doux!
Voila quatre ans que je l'adore, El personne ne s'en doutait.
Oui, voilà quatre ans <iu'eii sei'rct Elle m'a donné son portrail...
Aujourd'hui j'ai bien mieux encore.
C'est moi qui suis son époux :
Est-il un destin i>lusdonx?
Je l'aimai longtemps en silence.
N'osant réclamer un tel bien :
Son Irére est riche, et je n'ai rÎLii. Mais aujourd'hui, pour l'opulence.
Qui iiourrait s'égaler à moi?
Je suis plus riche que le roi.
C'est moi qui suis son époux ;
Est-il un destin plus doux!
Je suis sou époux I
SANCHETTE. Et Comment cela est-il arrivé?
FERNAND. C'est ce malin, don Carlos, mou colonel, mon ami... (.Ivec émotion.} .\b! tu es trop heureux, Philippe, d'avoir man(|ué te l'aire tuer pour lui; et tu as recula une balle qui m'apiiarlenait de droit. Enfin, ce brave et excellent jeune homme m'apprend qu'il connaît mon amour, qu'il l'approuve, qu'il a fait sortir sa sœur de son couvent, et qu'aujourd hui même nous serous mariés.
LEOCADIE. El qui avait pu 1 instruire?
FERNAND. Je n'en sais, ma foi, rien ; maïs j'ai l'idée que c'est une lettre de moi.
LEOCADIE. Une lettre !
FERNAND. Oui; un jour que j'écrivais à Amélie et à son fréie, je me serai trompé d'adresse, et il aura lu la lettre destinée à sa sœur. EuUn c'est aujourd'hui qu'arrive ma future, et j'accours au-devant d'elle. Vous ne la connaissez pas? Je crois bien, depuis trois ans qu'elle n'est pas sortie de son couvent? (.4 Philippe.) Imagine-toi, mon cher ami, la plus jolie et la plus aimable femme! Je ne sais pas pourquoi elle est riche; car personne mieux qu'elle n'aurait pu s'en passer. Mais c'est encore don Carlos: il donne à sa sœur une \iart.e de sa fortune; il l'a voulu absolument. Moi, je ne pouvais pas le contrarier, un beau-frère à qui je dois tout!
LEOCADIE. .\b ! je le reconnais bien là! Mais puisque la comtesse Amélie doit arriver dans le village, eh vite, Sanchette, viens m'aider a faire des bouquets.
s.sNCHETTE. Oh! de grand cœur! {Kllcs vont toutes deux s'asseoir prés de la table.)
FERNAND. C'est bien, nous eu aurons besoin. J'ai rencontré tout à l'heure votre oncle. Je seigneur Crespo, que j'ai mis à la tète de mes divertissements champêtres ; un alcade, ça fait bien, cela donne tout de suite à une fête un air imposant et municipal; et puis, Philippe, j'ai fait placer la danse et la musique sur la pelouse à cêté de ta maison, car nous aurons tout le village. Moi, je n'aime pas à être heureux seul. De plus, je dote six jeunes filles; Sauchette, Leocadie, vous m'indiquerez les plus jolies... je veux dire les plus sages. Et, àprojjos de cela, diti.s-moi donc ce que c'est qu'un petit bonhomme de deux ou trois ans qui demeure là, à deux pas, avec la vieille Catherine.
SANCULTTE. Le iielit Paul, vous voulez dire?
LEOCADIE, laissant tomber son bouquet. Le petit Paul!
LÉOCADIE
Pauvre Léocadie I te vaudrait mieux mourir, — Acte 1, scène 3.
SANCHETTE, 16 ramassant. Prends donc garde à ce que tu fais.
FERNAND. Il parait qu'on ne connaît pas ses parenis; c'est dommage; il est gentil cet enfant, de petits cheveux blonds, et puis il bavarde...
PHILIPPE. Oui, oui, le petit drôle a de l'esprit : c'est le favori de Léocadie.
FEBNAND, Vraiment! je suis enchanté que vous vous y intéressiez; je l'emmène avec moi.
LÉOCADIE, vicement et se levant. Vous l'emmenez! Catherine y consent!
FEiîNASD. C'est arrangé avec la vieille. Autrefois, tous les mois on lui écrivait; mats en voilii six qu'elle n'a reçu de nouvelles; peut-être que les parents de cet enfant n'existent plus. Pour lui rendre service, j'ai proposé de m'en charger; elle a accepté; j'en ferai un page; et s'il a des dispositions, je veux le lancer, et que dans quelques années il soit le plus mauvais sujet du régiment : vous m'en direz des nouvelles. Eh bien ! oii allez-vous donc,
LEOCADIE. Pardon, j'ai oublié quelques préparatifs,
FEBNAND, Les toilettes, c'esttrop juste. Ah çù, vousquine voulez jamais danser avec moi, j'espère qu'aujourd'hui.,'.
LÉOCADIE, Je n'ai rien h refuser au beau-frère de Monseigneur. (EUe fait la révérence et sort.)