LA BARONNE, ALEXIS
ALEXIS. A la fin, il s'éloigne.
LA BARONNE. MoH ffèrc, uion chcr Gustave sous ce déguisement! Et la surprise de l'intendant.,, ah ! ah! j'en rirai longtemps.
CLSTAVE. Et moi je n'en ai pas envie, depuis une heure que je suis là, sous clé, sans pouvoir te prévenir.
LA BARONNE. Eit-ce qu'il y a du mystère, une aventure? c'est délicieux... Mais mettez-moi du secret, car je ne me doute de rien. Tu arrives donc à l'instant?
CLSTAVE. Depuis trois jours j'étais caché dans les environs, pour des motifs... un projet d'où dépendait le bonheur de ma vie... et ton imprudence, ta légèreté, viennent de tout compromettre.
LA BARONNE. Et commcnt cela? est-ce que ton mariage est encore manqué? est-ce que ma future bellesœur?..
GUSTAVE. Elle est ici; tu viens de la voir.
LA BARONNE. Poleska !
GUSTAVE. Elle-même. Depuis huit jours nous sommes mariés, et je suis le plus malheureux des hommes !
LA BARONNE. Déjà ! uioi qui vous croyais dans les bals, dans les plaisirs; car vous le savez. Monsieur.
Air (le Voltaire chez IS'iHOii.
Suivant l'usage solennel, A se divertir on s'applique Pendant cette lune de miel, Ce mois charmant, ce mois unique Ainsi nommé par sa douceur ; Car pendant ce temps-là, je gage.
Plus d'un époux prend du bonlieur Pour tout le temps du mariage.
GUSTAVE. Oui, ordinairement il en est ainsi; mais chez moi, c'est tout le contraire. J'ai voulu me dévouer, pendant les premiers mois, aux chagrins et aux tourments, pour assurer après le repos de ma vie et le bonheur de mon ménage. Quand j'épousai Poleska, je ne m'abusai point sur ses défauts.
LA BARONNE. D'obord, Mousicur, je vous en avais prévenu.
GUSTAVE. Hé! que peuvent les conseils quand on aime... quand on est aimé. Et puis, te l'avouerai-je ? à force de soins et de tendresses, j'espérais changer son caractère. Dès les premiers jours je fus détrompé. La raison, l'amour même ne peut rien contre l'habi-
tude. Il n'y a que la nécessité et le temps... 11 y allait de notre avenir, de son bonheur et du mien ; je n'hésitai point; et, dès le troisième jour, mon parti fut pris. Le coIoik^I de Fersteim, mon beau-père, fut seul instruit d'un dessein que sa raùson approuvait peutêtre, mais qu'il n'aurait jamais eu le courage d'exécuter. Sons le nom d'.Mexis le sabotier, je viens de m'établir à une lieue de ce château, dans ces domaines que je viens d'acquérir, et où je suis inconnu, LA BARONNE. Quelle idée!
Air : Un page aimait la jeune Adèle.
Si l'on apprend une telle l'olie, A tes dépens comme on rira!
GUSTAVE
Quand il s'agit du bonheur de la vie.
Peu m'importe ce qu'on dira.
Oui, sans rougir, du moins j'aime i le croire. Un grand seigneur peut être sabotier.
Dans un pays où jadis avec gloire.
Un empereur fut charpentier.
Mon intention était de rester ainsi avec ma femme un mois, deux mois, un au s'il l'eût fallu ; renonçant à tous les avantages de ma naissance et de ma fortune, et vivant tous deux du travail de nos mains, .seul innyen de dompter son earaclère. Tout avait réussi au gré de mes vœux; nous étions déjà, comme de bons paysans, installés dans notre ménage; ma femme même commençait à se résigner, lorstjuc ma sceur, que je croyais encore à Varsovie, ma sœur, dont j'ignorais l'arrivée, s'avise de prendre ma femme sous sa protection, me fait amener prisonnier ici, dans mon château, et renverse en un instant tous mes projets.
LA BARONNE. Gommcut! j'ai fait tant de choses depuis ce matin? je ne m'en serais jamais doutée. Mais par quel moyen, au moins, pourrais-je réparer...
GUSTAVE. 11 n'y a plus d'espoir, et, en outre, maintenant ma femme m'abhorre, me méprise et me déteste. Voilà ce que j'y ai gagné.
LA BARONNE. U'abord, c'est presque toujours ce que l'on gagne à faire des épreuves; mais, dans celte occasion, vous êtes plus heureux que vous ne méritez, car je parierais, moi, qu'elle aime toujours son mari.
GUSTAVE. Que dis-tu?
LA BARONNE. Et je vais VOUS le prouver en un instant.
GUSTAVE, lui baisant la main. Ah ! s'il en était ainsi, je suis trop heureux.