‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 646 sur 809 · SCENE m · texte numérisé non relu

SCENE m

Les précédemts, LADY PEKINBROOK.

TRvnsELL, allant au-devant d'elle. Que vois-je?.. Lady Pekiiibrook, la plus grande dame du comté... le plus beau ch'itcau (lu l'ays, dans mon auberge.

LADY PEKINBROOK. Tu dis vrai ; cette obscure taverne ne devait jias s'attendre à un pareil honneur ni à un autre plus grand encore.

trumiiell. Que dites-vous?

LADY PEKINBROOK. Silencc, Trlm Trumbell. Il y va de l'illustralion de ta mai.son, de son anoblissement peut-être, et à coup sCir de ta fortune...

TiiuMBELL. Serait-ce possible?

L.«Y PEKINBROOK. C'est moi qui te le garantis.. . moi, Aral.ielle Peliinbrook,anciennedame d'atours de la feuereine... moi qui, depuis onze ans privée de mes honneurs et juérogatives, suis obligée, du fond de cette province, de dévorer en silence mes humilialions et les vingt mille livres .sterling de rente quimesont restées. Mais l'heure approche où le malheur et la fidélité vont enfin recevoir leur juste récompense!.. N'est-il pas arrivé cette nuit, mystérieusement, dans ton auberge une jeune dame et sa suile?

TRUMBELL. Oui, MiUidy !

LADY PEKINBROOK, à Trumbell et àSimonne. Ah! soutenez-moi! . (Vivement.) Non! ne me soutenez pas! conduisez-moi à ses pieds.

TRUMBELL. Elle n'est pas levée.

LADY PEKINBROOK. C'cst dillérent.. . je ne puis, je n'oserais... l'étiquette avant tout... et ce n'est pas moi qui voudrais y manquer... s'agit-il du salut de la monarchie!.. Mais des qu'on aura paru, des qu'on aura sonné, que quel- (lu'un vrenno me prévenir, m'avertir, dans mon château ici jircs.

TRUMBELL, montrant Simonue. Manière.

LADY PEKINBROOK. Ah ! cette jeune lille, c'est ta nièce !..

LA REINE D'UN JOUR

Bien... que cela ne sorte pas de la famille... Et toi, Trim, tu remettias cette lettre à SaMajes... non, aiiclMniliellan, au maréchal, à la première dame d'honneur.

inuMBELL. Comment! est-ce que vraiment ce serait?..

lADT PEKiNBROOK. Tais-toi, tais-toi ! l'uisqu'olle a choisi ta maison, je ne doute pas de la pureté de tes sentiments... malgré ta mauvaise réputation de cromwellisle.

TitruBELL. Moil

LADY PEKINBROOK, vivement. Tant mieux... c'est ce qu'il faut... On dit d'une manière et l'on pense d'une autre; c'est le seul moyen à présent d'être Adèle... Je n'ai pas besoin de vous recommander les soins , le dévouement, le respect... Voici d'ahord une centaine do guinées, sans compter te reste.

SIMONNE ET iRUMBELL. C'est donc vrai? c'est donc la reine '^

LADY PEKiNBBOOK, à denii-voix. Oui, mes amis... oui, la princesse de Portugal, la jeune épouse de Charles II, qui vient à travers les périls rejoindre son royal époux.

TnuMBELL, avec embarras et hésitation. Ah çà! vous croyez donc que tout ça réussiia?

LADY PEKINBROOK. 11 n'y a pas de doute... L'Angleterre est lasse du protectorat... il lui faut une cour, une famille royale, des levers, des réceptions, des plaques et des cordons... c'est indispensable à son bonheur!.. La moit de Cromwell laisse le pouvoir aux mains de Richard, son lils, dont on ne se soucie guère... et l'on dit de plus que le chef de l'armée, que Monk est pour nous et qu'il trahit par dévouement.

iRUMBELL, avec hésitation. Ça se peut donc? Et il ne lui arrivera rien, il no lui sera rien fait?

LADY PEKINBROOK. U Sera fait duc et pair!

TnL'.MBELL, à part. AJi! mou Dieu!

LADY PEKiNDROoK. Ce que je vous recommande, c'est de ne laisser parler la reine, avant moi, à aucun noble du pays... Ils ont tous des pruteutions si exagérées, si ridicules... Ce n'est pas comme moi... le cœur, le dévouement, le royalisme purs.

COUPLETS

PREMIER COUPLET

Nos destins vont changer, et sous ce règne auguste Nous serons tous placés, nous serons tous heureux; Je fais d'abord nommer mon époux, c'est trop juste. Mes trois fds, mes cousins, mes oncles, mes neveux. On rétablit pour nous et la glèbe et la dîme... Quel profit nos malheurs nous auront rapporté! ■ Ah ! qu'il est doux d'être victime De la fidélité!..

DEnXIÈlIE COUPLET.

Oui, la loi, qui punit la révolte illégale, De ceux qui n'ont rien fait doit payer les travaux! Hélas! sur les Stuarts et la race royale Nous avons tant pleuré... cachés dans nos ch<àteaux ! Sans avoir rien perdu, ce dévoùraent sublime Doit nous rendre richesse, honneurs et dignité !.. Ahl qu'il est doux d'être victime De la fidélité!

{A Simonne et à Trumbell.) Silence, dévouement, et votre fortune est faite! {Elle sort par la droite.)

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