SCENE VIII
Les PBÉcÉDENTS, STÉPHANO , entrant avec précaution et regardant Léoni,
SIÉPHANO.
Destin cruel et fâcheux!
Comment faire? ô peine extrêmel Sans lui dire que je l'aime, Tl me faut quitter ces lieux!
LUCREZIA, apercevant Stéphane.
Et toi, mon sigisbé... va prévenir ma sœur! LÉONI, à part.
Je vais la voir ! ah ! quel bonheur ! ALDOBRANDI, regardant Stéphano avec humeur. Encor ce page!..
LUCKEziA, à Léoni.
Il faut trois ou quatre séances.
LEONi , auec joie.
Pour le moins, je l'espère!
ALDOBRANDI , se frottant les mains avec joie. Et j'y veux dans ce lieu Assister !
LUCREZIA
Vous, Monsieur! l'on vous en fait défenses! Car vous avez des yeux !
ALDOBRANDI.
J'en ai si peu!., si peu!
(Stéphano, qui est à droite du théâtre, tire une lettre de son sein, et il la montre de loin à Lucrezia. Comme il est à côté de Léoni, la lettre, par le mouvement qu'il vient de faire, se trouve presque devant les yeux de Léoni, qui reste immobile et ne fait aucun geste. Lucrezia fait signe à Stéphano de ne pas commettre d imprudence; Stéphano remet la lettre dans son sein. Aldobrandi, qui est à gauche du théâtre, n'a rien vu.)
LEONI
Le destin comble mes vœux!
Observons bien , ici même.
Je vais voir celle que j'aime:
Les aveugles sont heureux !
ALDOBRANDI.
Il faut céder à ses vœux; FI faut , changeant de système.
Fermer les yeux quaud on aime:
Les aveugles sont heureux!
LUCREZIA, regardant Stéphano.
Est-il donc audacieux !
Je crains poui lui, pour moi-même; Sur lui, dans mou trouble extrême.
Je n'ose lever les yeux!
SIEPHANO, montrant sa lettre.
Que ce billet amoureux Lui dise combien je l'aime, Et réclame d'elle-même Le prix de mes tendres feux.
(Stéphano présente encore le billet devant Léoni, qui n'est censé rien voir. Lucrezia s'avance pour prendre cette lettre ; mais Aldobrandi offre la main
ACTÉON
à sa femme , et s'éloigne avec elle. Alors Siéphano fait signe à Lucrezia qu'il va jeter ve billet dans la caisse à droite qui contient un arbuste. — // l'y jette en effet, et sur un geste d'effroi de Lucrezia, il s'enfuit en courant. Tout ce manège a été observé par Léoni, qui est debout et immobile devant eux.)