MADAME ANNA D
Chez vous, qui les aviez vus naître, Mes vers, enfants voilés pour tous.
Qui les caressiez, et peut-être Vous plaisiez à faire paraître Gomme ils se plaisaient avec vous;
Chez vous, d'un air froid et morose Mon livre un jour fut accueilli...
Les papillons laissent la rose Du moment qu'elle est tout éclose, Et les oiseaux, le fruit cueilli.
La lyre a chanté sans mystère.
Son chant vous devient importun; L'encens, qui brûlait solitaire, Vole en nuage sur la terre.
Et vous n'aimez plus son parfum.
Vous aimiez la source inconnue Qu^entourait un ombrage épais; Bien souvent, quand grondait la nue, Sur ses bords vous êtes venue Chercher son murmure et la paix.
A son petit bruit attentive.
Vous perdiez les heures du jour.
Laissant quelque larme furtive Tomber dans cette onde, plaintive Comme un chant de deuil et d'amour.
Puis, vous vous preniez à sourire A vos traits frémissant dans Teau, Comme les cordes d'une lyre Que balancerait le Zéphire Aux faibles branches d'un bouleau.
Jamais, le soir, vous n'en revîntes Sans en rapporter quelque fleur.
Quelques plumes mollement peintes De ses ramiers, chanteurs sans craintes Loin des pièges de l'oiseleur.
Et, comme un écho qui s'enflamme.
Vous répétiez tous leurs accords; Et, j'en suis sûr, aucune femme Ne se réjouit dans son âme Plus que vous ne faisiez alors.
Mais, la paresseuse fontaine Dans l'ombre a lentement grossi ; Et, comme une biche incertaine, Vers quelque pelouse lointaino Elle veut s'échapper aussK
Elle sort de son lit de mousse.
Et déjà son flot diligent.
Cédant à l'instinct qui le pousse,
Fuit parmi l'herbe épaisse et douce Gomme une couleuvre d'argent.
Et, plus fort d'épreuve en épreuve,
Le ruisseau devient un torrent,
Et le torrent un large fleuve
Où des grands bœufs plonge et s'abreuve
Le troupeau d'île en île errant.
Et vous, comme si chaque aurore N^arrivait pas à son midi, Comme si, plus brûlant encore.
Avec tout ce qui vous décore Notre amour n'avait pas grandi;
Vous en voulez à Thumble source De marcher en fleuve à la mer; Vous semblez dévouer sa course Aux froides haleines de l'Ourse, Aux feux dévorants du Cancer.
Quoil l'abandonner de la sorte Parce qu'il prend un libre essor!...
Hélas I hélas ! que vous importe S'il coule obscur, ou s'il emporte Dans son sable quelques grains d'ori
Avant que le matin se lève.
Vous informez-vous seulement Si sur les cailloux de sa grève Une vierge, en pleurs, fuit le rêve Qui ressemble aux pas d'un amant?
Si, lorsque l'ombre s'amoncellç Sous le vol nébuleux du soir.
Chaque astre, dont l'œil étincelle, N'aperçoit pas dans la nacelle Deux êtres difiérents s'asseoir?
Si, parmi tant de clameurs viles, Le fleuve élève au ciel sa voix?
S'il baigne d'opulentes villes Et, loin de leurs palais servîtes.
Quelques fiers donjons d'autrefois?
Savez-voug s'il soupire ou gronde ?
S'il fertilise ou s'il détruit ?
Si, dans la candeur de son onde Se dégorge la fange immonde Des égouts, lâchés à grand bruit?
Ou s'il roule, aux yeux du vulgaire.
Sous quelque beau pont habité
Par ces vieux grands hommes de guerre
Que David a dotés naguère
D'une double immortalité?
Que vous importe?... ah! c'est dommage, Car toujours, orageux ou non.
Chaque flot, d'hommage en hommage.
Aurait balancé votre image, Tout en murmurant votre nom !
NOTRE-DAME IStOILE DE LA MER
{Poésie bretonne)
Sire Raoul,,avec ses hommes d'armes.
Faisait bien loin la guerre aux sarrasins ; Il fallait voir que d'ennuis et d'alarmes Dans son castel et les castels voisins I...
Blanche surtout s'éteignait dans les larmes.