‹ Œuvres Completes de Emile Deschamps (volume 2)Chapitre 111 sur 170 · NOTRE-DAME ÉTOILE DE LA MER · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME ÉTOILE DE LA MER

Et puis voilà que le zéphyr léger, £a se jouant avec ses blondes tresses.

De leur couronne, à l'éclat passager, Cueille une rose, et parmi cent caresses La fait tomber aux pieds de l'étranger.

Et l'inconuu se baisse, prend la rose...

11 la portait à ses lèvres si bien!...

Mais un des deux hallebardiers s'oppose A son ardeur et lui crie : « Ose, chien, D'un souffle impur salir cette fleur, ose I »

Maudite soit la rose et l'églantier!

Ah l maudits soient les tilleuls dont l'ombrage

Vit ce débat l chaque hallebardier

Tira le glaive et fondit avec rage

Sur l'inconnu qui mourut sans crier.

Maudite soit cette fleur de discorde!

Car l'étranger, couché sous ce tilleul, Portant rosaire et ceinture de corde.

C'était Raoul, qui revenait tout seul, Seul et vaincu !... Dieu de miséricorde!...

C'était Raoul ! Raoul ! — Aux yeux de tous, Blanche pressa d'une étreinte brûlante Ces restes froids... qui seraient son époux; Elle y reprit la fleur toute sanglante, £t pénétra dans l'église, à genoux.

Une heure et plus, aux pieds de la madone Et de son fils, chargé de blanc iilas.

Elle gémit ; puis, ôtant sa couronne :

« Reine des cieux, perle ni rose, hélas î N'orneront plus mon front, je te les donne;

« Moi-même avec;... et seulement permets Que cette fleur qui de son sang est teinte, Sur moi toujours, dise combien j'aimais! » £t , dès le soir, on vit la grille sainte Sur ses vingt ans se fermer pour jamais.

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