AUX MANES DE JOSEPH DELORME
J'ai beau me rappeler... Joseph Delorme... non ; Nul écho dans mon cœur ne s'éveille à ce nom. Josephl... Lisons toujours. — Ahl jeune aiglon sauvage, Cygne plaintif, amour des eaux et du rivage, Pour souffrir et chanter, sur la terre venu.
Tu meurs enfin... pourquoi ne t'ai-je pas connu? Car je les connais tous ceux qui seront célèbres; Leurs rayons fraternels éclairent mes ténèbres.
Je n'étais qu'un enfant (Paris, vers ce temps-là, Pleurait avec Mathilde et riait d'Atala), Que, du siècle où Voltaire égalait les couronnes, Voyant encor debout les dernières colonnes.
Je fus conduit, tremblant, vers ces débris fameux. Par mon père, vieillard, hélas! tombé comme eux; C'était Lebrun, armé de sa strophe énergique. Fougueux comme Pindare... et plus my thologic^ue ; Ducis, qu'on vit grandir à l'ombre d'un géant. Brûlant imitateur, qui s'éteint, en criant ; Chénier, poète sage, orateur téméraire, Génie académique, immortel par son frère; Fontanes, qui veilla, flambeau pur et brillant, Comme un autre Boileau près de Châteaubriant; Parny, qui, cinquante ans, des salons aux ruelles Voltigeant, ne trouva ni censeurs ni cruelles; Delille, ehef heureux d'un système tombé, Malgré cent mille vers, pluspoëte qu'abbé; Bernardin, couronné des mains de Virginie; Et madame de Staël, — cet homme de génie! — Et moi, tout palpitant, j'écoutais, j'admirais. Et, dans mon jeune cœur, d'impatients regrets. De turbulents désirs d'une gloire impossible. Roulaient, comme un orage au fond d'un lac paisible ; Et, de ces noms vantés idolâtrant l'honneur, Je ne séparais point la gloire du bonheur;