FRAGMENT DES LUSIADES
Que le roi de la Thrace, intrépide guerrier, Se changea, sans remords, en lâche meurtrier. — L'impénétrable tour s'ouvrit à cette pluie Dont l'or divin baignait la captive éblouie. — L'or égara, devant les grands dieux protecteurs, Tarpéia qui, la nuit, aux Sabins corrupteurs, .Livra le Capitole, et mourut étouffée Du poids des boucliers, funéraire trophée.
L'or conseille ardemment la.bassesse aux grands cœurs; Il attache la fuite aux étendards vainqueurs; Il fait les faux amis, les sujets infidèles; Mieux que le fer, il prend les fortes citadelles; Dans le«ein de la vierge, à son bruit suborneur. Se taisent les combats pudiques de Thonneur; Il tente quelquefois les enfants de Minerve, Et l'inspiration se déprave et s'énerve.
L'or, qui tient la balance et le glaive soumis, Interprète et corrompt les arrêts de Thémis : Il condamne, il absout, il juge, il interroge; Les lois qu'il suscita, plus tard il les abrage ; Le poison avec lui surgit entre parents ; Sacrilèges pour lui, les rois se font tyrans; On l'a vu se glisser jusques au sanctuaire, Troubler et fasciner presque sous le suaire Le cénobite, au seuil de son éternité, Et des chastes autels souiller la sainteté I...
Mais je vous prie encore et vous adjure, ô Muses! Devant qui les cœurs vils ne trouvent point d'excuses. Si Gamoêns chantait pour de l'or une fois, Otez-lui, pour jamais, le génie et la voix.
120 ŒUVRES D*ÉMILE DESGHAMPS.