‹ Œuvres Completes de Emile Deschamps (volume 2)Chapitre 7 sur 170 · LES BRIGANDS · texte numérisé non relu

LES BRIGANDS

a Quoi! lâches, vingt contre un ! et le sommeil me presse, Et, dans ces rochers sourds, d'une voix de détresse.

Vainement crîrait-on !

Et la njiit vient, versant ses funèbres alarmes. Et vous' avez du fer et toutes sortes d'armes ,

Et je n'ai qu'un bâton I

a Point de pleurs cependant, point de prières vaines; Je ne sais quelle flamme a passé dans mes veines.

Mais qui s'avance est mort î Comme autrefois Samson, gardé par dix cohortes. Qui de Gaza, la nuit, déracina les portes.

Je sens que je suis fort ! »

Et, chargé d'un rameau, noueux débris d'un orme, Rodrigue encor semblait lever sa lance énorme

Ou son sceptre de roi ; Et, devant son rocher, comme aux marches d'un trône. Les brigands, dont Ja foule humblement l'environne.

Restaient muets d'effroi.

Il fait un pas ; tout tremble et fuit. — A son approche. Tous, lourdement mêlés, roulent de roche en roche Comme un sombre torrent, I. 3

38 OEUVRES D*ÉMILE: DËSCIUBIPS.

Arrachant leurs manteaux et jetant sur la terre Javelines , poignards et large cimeterre , Et toujours murmurant.

Rodrigue les poursuit du regard. — Il ramasse D'une main une épéé et de l'autre une masse.

Et, debout sur le roc.

Les écoutant bondir et tomber des montagnes, De tous les Africains, vomis dans les Espagnes,

11 n'eût pas craint le choc.

Certes, dans ce moment, si de sa vieille armée Eût paru quelque reste à sa vue enflammée.

En criant : Liberté !

Il eût jusqu'à la mer, borne du monde antique, Balayé les turbans, et du sceptre gothique

Rétabli la fierté 1

Un des brigands, sauvé par hasard dans sa chute, A confessé depuis que l'étranger, en butte

A leur piège assassin.

N'avait pas d'un mortel l'attitude ordinaire; Qu'avant de s'échapper, sa voix, comme un tonnerre

Mugissait dans soi\ sein;

Qu'il avait, devant eux, grandi de vingt coudées; Que de rouges éclairs ses prunelles bordées

Comme un phare avaient lui ; Que ses deux pieds marchaient du pas des avalanches. Et que deux anges purs, vêtus de robes blanches,

Se tenaient près de lui l

C'est Dieu dont la bonté suscita ce miracle Pour qu'un trépas subit n'apportât point obstacle

Au salut du pécheur; Pour que l'âme du roi, qu'il était prêt à rendre. Aux sources de la grâce eût le temps de reprendre

Sa native blancheur.

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