ACTE QUATRIÈME
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Le chat-tigre là-bas a miaulé trois fois,,.
Nous sommes dans l'antre des sorcières et en plein maléfice. Les singuliers détails de ces cérémonies magiques, l'appel des ingrédients bizarres qui doivent bouillir dans la chaudière infernale, les danses et les chants grotesquement farouches des trois sœurs, tout représente aux yeux comme à l'esprit du spectateur une véritable scène du sabbat. Plusieurs ont prétendu que Shakspeare ne savait rien ; alors il devinait tout : car aucun poëte n'a peint les mœurs et jusqu'aux moindres coutumes des différents siècles et des différents peuples avec plus de vérité que lui; jamais aucun poëte dramatique n'a fait parler à ses personnages une langue plus appropriée à leur état, à leur caractère, que ne l'a fait Shakspeare, du moins dans les parties éminentes de ses chefs-d'œuvre. Quant aux anachronismes, aux dissonances qu'on peut lui reprocher avec raison, c'est évidemment inadvertance ou caprice; on ne peut savoir et ignorer à la fois.
Je n'avais pas conservé pour le théâtre cette scène de magie
dans son ensemble. Elle demande un art de pantomime et une association de la musique avec les paroles, qu'on obtiendrait difficilement chez nous; et puis certains mots, certains noms que Shakspeare a mis dans la bouche des sorcières, et qui sont caractéristiques et par conséquent très-poétiques, ne sembleraient qu'étranges aux oreilles françaises. Les yeux du lecteur sont moins susceptibles ; la réflexion vient au secours de l'intelligence qui peut quelquefois se trouver surprise. J'ai donc rétabli dans cette traduction tout le lyrisme extraordinaire, que j'ai cru devoir retrancher pour la représentation, en m'efforçant de faire rjendre aux vers français quelque chose des effets de rhythme et de lugubre harmonie qui abondent si merveilleusement dans la poésie de Shakspeare.
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Chei'chons quelque retraite obscure, où par les pleurs Sur ce bord étranger nous calmions nos douleurs.
Cette scène d'épreuve est neuve, originale et très-philosophique, en ce qu'elle fait ressortir dans Macduff la puissance d'un principe sur tous les intérêts. Je ne sais comment j'ai été amené à en changer la grande donnée. C'est une des deux modifications radicales que j'ai hasardées dans mes traductions, comme je l'ai annoncé dans la préface. Je dois au moins compte des raisons qui m'ont fait adopter une autre marche dans la seconde partie de cette scène, que je conduis, pour sa première moitié, comme Shakspeare. Chez moi Malcolm est tout à fait de bonne foi dans sa méfiance, qu'il exprime cependant en termes très-mesurés et comme craignant d'outrager un vieux guerrier, que le seul soupçon a trop blessé. Mais je m'arrête là, et au lieu des accusations que le jeune prince porte contre lui-môme pour éprouver Macduff, c'est Macduff qui prend la parole, et qui, tout en demandant pardon aux mânes de son roi et en pleurant des larmes de sang, tonne avec l'autorité de l'âge et de la vertu contre l'ingratitude du prince exilé, à qui il sacrifiait sa famille, son repos et sa vie. Ses discours ramènent Malcolm, et la réconciliation s'ensuit. Je crois de cette sorte la scène plus touchante, si elle est plus vulgaire. J'ai voulu renforcer l'élément pathétique dans cette terrible tragédie de Macbeth; quelques personnes très- versées dans l'art du théâtre m'y ont encouragé.
NOTES DE MACBETH. 3i7
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Qu*entends-je? n*est-^e pas le cor d'un Écossais I
Immédiatement après la grande scène entre Malcolm et Macduff, je fais arriver Lénox qui apporte des nouvelles de TÉcosse, qu'il a abandonnée par suite des cruautés de Macbeth, pour se rallier à la cause du jeune prince. Dans Shakspeare ces deux scènes sont séparées par une autre scène fort courte dans laquelle un médecin vient annoncer que le roi d'Angleterre est occupé à imposer les mains à une foule de malheureux pour les guérir des écrouellcs. J*ai supprimé cet incident qui interrompt sans nécessité le cours de Faction.
J'ai retranché encore, vers le milieu du quatrième acte, une scène où les assassins envoyés par Macbeth égorgent la femme et les enfants de Macduff. C'est une froide horreur qu'il est inutile de montrer aux yeux, puisque le récit en doit être fait avec tant de pathétique dans la grande scène qui termine cet acte et dont il vient d'être question.
Pour rendre cette fin d'acte plus intéressante encore, je fais passer au fond du théâtre l'armée anglaise, à la tète de laquelle va se mettre Malcolm pour entreprendre la conquête de son royaume. Ce tableau m'a paru devoir jeter du mouvement scénique après la scène de larmes qui vient d'avoir lieu.