‹ Œuvres Completes De Emile DeschampsChapitre 27 sur 167 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MALCOLM, MACDUFF, LÉNOX.

LÉNOX.

Dieu vous garde l

MALGOLM.

L'Ecosse existe-t-elle encore?

LÉNOX.

Elle-même à présent s'épouvante et s'ignore ; Notre mère n'est plus, c'est notre tombe à tous. Pas un être, excepté les bourreaux et les fous, Qu'en ce triste pays on voie encor sourire.

Et la pitié partout sous la frayeur expire I Gomme au temps du déluge, aujourd'hui tout amour Est éteint dans les cœurs ; — à chaque instant du jour Le glas funèbre annonce un mort, sans que personne S'informe seulement pour qui la cloche sonne.

MACDUFF

Quel est le plus récent malheur?

LÉNOX.

Ensait-OQrienî Le désastre d'une heure est un désastre ancien. Chaque heure en produit cent.

MACDDFF.

Comment ma femme est-elle?

LÉNOX, arec hésitation.

Mais, bien.

MACDUFF

Et mes enfants?

LÉNOX, de même.

Bien aussi.

MACDUFF

Sois fidèle, Le tyran à leur paix n'avait pas attenté.

Dis?

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LÉNOX.

Us étaient en paix, lorsque je les quittai.

HALGOLM.

De vos discours, Lénox, ne soyez point avare; Dites ce qui se passe et ce que Ton prépare.

LÉNOX.

Le bruit se répandait, lorsque je suis parti, Que des braves au nord vous créaient un parti. On doit croire ce bruit certain, à voir l'armée, Qu'à la hâte, et sans choix, le tyran a formée. Il est temps de paraître et de nous seconder; Prince, votre aspect seul ferait tout hasarder. Donnerait du courage aux plus timides âmes Et dans toute TÉcosse armerait jusqu'aux femmes !

MALCOLM

Que nos braves amis s'apprêtent sans délais ; Nous marchons à leur tête avec dix mille Anglais Dont un roi généreux, sans que je le demande, Fait soutenir ma cause, et que Siward commande : La chrétienté n'a pas de plus grand général.

LÉNOX.

Gomment, pour tant de bien vous rendre tant de mal? Mais, je dois proférer des paroles mortelles, Que l'air devrait dissoudre.

MAGDUFF, inquiet.

Eh! qui concernent-elles? La cause du pays? ou bien, est-ce un malheur Qui dans une seule âme enferme la douleur?

LÉNOX.

Il n'est point d'âme honnête et bonne qui ne prenne Une part de douleur dans cette affreuse peine ; Mais la plus grande part à Macduff seul revient.

MAGDUFF.

Donne-moi d'un seul coup tout ce qui m'appartient.

L'Ecosse de Malcolm regretterait Macbeth I

Avec un attendrissement douloureux.

Ton père fut un roi victorieux et sage ; La reine dont je vois les traits sur ton visage, Plus souvent à genoux qu'assise dans sa cour, Se plaisait en Dieu seul et vivait chaque jour Comme s'il eût été le dernier de sa vie I...

Saints exemples perdus! Gloire à jamais ravie I... Eux qui te caressaient d'un regard triomphant. Qui se glorifiaient déjà dans leur enfant...

En voyant ce qu'il est, de quels sanglots étranges Doivent-ils attrister, là-haut, le cœur des anges I De leurs ailes sans doute ils ont voilé leurs yeux... Caria honte d'un fils rejaillit jusqu'aux cieux. Pardon, mânes sacrés, si mes plaintes profanes Ont troublé votre paix I pardon, augustes mânes. Si votre vieux soldat, si Macduff, une fois, Est sorti du respect pour le sang de ses rois; Mais on navre mon cœur, on suspecte mes armes, On refuse mon sang, on ne voit point mes larmes, Et, guerrier sans reproche, outragé sans remord Je n'ai plus qu'à mourir d'une inutile mort I

MàLCOLM, à genoux.

Non, j'abjure à tes pieds mes frayeurs sacrilèges.

Ah I si tu savais tout, et dans combien de pièges

Le tyran a tenté de surprendre déjà

Ton Malcolm orphelin, que Dieu seul protégeai

Hélas I jusques à toi, je n'ai vu que des traîtres.

Des tigres, aflfamès de la chair de leurs maîtres.

Mon frère, Donalbaîn, sous leurs dents est tombé.

Et, par miracle, moi, je m'y suis dérobé ;

Mais, toujours poursuivi par quelque noir fantôme.

Je cherchais un refuge et non pas un royaume...

Tu vins... Ton souvenir se mêlait à celui

Du château d'Inverness, d'où je m'étais enfui.

Au souvenir sanglant de cette nuit terrible.

Où mon père... N'importel et mon doute est horrible!

Le nom seul de Macduff me commandait la foi.

Ah I Macduff, par mon père, encor vivant dans toi,

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Dont je veux suivre, un jour, la glorieuse trace,

Par tes fils, qu'en pleurant tu quittas pour moi, grâce l

Grâce I... Que Dieu nous juge!.. . Ah I par la sainte croix,

Macduff, je ne suis pas le méchant que tu crois ;

Ni les impurs désirs, ni le mensonge infâme,

Nuls péchés n'ont terni la blancheur de mon âme.

Hélas l mon premier crime est ce même soupçon

Dont j'implore la grâce!... Ohl dis, quelle rançon

Exiges-tu pour rendre à ton roi ton estime?

Tu pleures... du pardon c'est le langage intime.

Oui, tu m'as pardonné ! — L'Angleterre, dis-tu,

S'arme pour secourir mon destin abattu?...

Où sont tous ces guerriers, que je meure à leur tête,

Ou que de mes États j'achève la conquête !

Tu seras mon seul guide, au conseil, dans les camps,

Et si Dieu me rappelle au trône des Duncans,

Gouvernant, par toi seul, les factions contraires,

Tes vœux seront mes lois, tes fils seront mes frères,

Et sur mon trône assis près de moi, tu verras

S'il faut compter Malcolm au rang des rois ingrats I

Pars! je te suis I

MACDUFF, en larmes.

De tant d'émotions rapides, Laissez-moi respirer — et, sous mes mains avides, M'assurer de ce cœur que je méconnaissais...

On entend un cor.

Qu'entends-je ? N'est-ce pas le cor d'un Écossais? Silence... oui... quel avis funeste ou salutaire Nous vient-on apporter au fond de l'Angleterre ?

Lénox parait dans l'éloignement.

MALCOLM

Macduff, un homme vient qui ne m'est pas connu.. Ah I c'est Lénox.

MACDUFF, aUant à lui.

Lénox, soyez le bienvenu î

MALGOLM, à Haodaff et à Lénox.

Nobles cousins, la chance enfin nous est ofiferte. Allons droit au tyran ; — il est mûr pour sa perte Je livrerai sa tête à vos glaives vengeurs.

A Siward et à ses officiers.

Et VOUS, braves Anglais, dont les camps voyageurs Rouvrent à l'exilé le chemin de son trône, J'accepte avec orgueil votre héroïque aumône. Une voix à mon cœur dit: « Tu l'acquitteras ! » Siward, Macduflf, l'Ecosse étend vers vous les bras, Et son roi, jusqu'au bout de nos sanglants désordres. N'est qu'un soldat de plus, qui combat sous vos ordres.

MACDUFF

Le ciel donne aujourd'hui, pour forcer les hasards, La prudence aux enfants et l'audace aux vieillards; Prince, vous nous verrez, à votre moindre signe, Verser de notre sang, qui bouillonne et s'indigne. Tout ce qu'il en faudra pour faire encor fleurir La tige de nos rois, qui ne doit pas périr 1 Aux armes l

Tous : Aux armes!

Sur Macbeth que notre deuil retombe!

Jurons de ne poser le fer que sur sa tombe.

A Halcolm.

Votre sceptre usurpé, roi, vous sera rendu.

En dévorant ses larmes.

Qui me rendra jamais tout ce que j'ai perdu !

Tous tirent l'épée et sortent. L'armée se met en marche sur une musique éclatante.

FIN DU QUATRIÈME ACTE

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