‹ Œuvres Completes De Emile DeschampsChapitre 48 sur 167 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Un appartement dans la maison de Capulet.

JULIETTE, seule.

Fuyez vers TOccident, troupe agile des heures ! Hâtez-vous. Que la nuit tombe sur nos demeures! Complice de l'Amour, étends ton noir rideau : Aveugle les Argus sous ton épais bandeau, Chaste Nuit! Roméo n'attend que toi, Nuit sombre. Pour voler dans mes bras, protégé par ton ombre. Sans qu'aucun œil jaloux ne suive notre amour. Et sans que nul témoin ne le redise au jour.

G Nuit, voile mon front, que la pudeur colore A l'espoir inquiet d'un bonheur que j'ignore! Oui, oui, presse tes pas, et ramène avec toi Mon jeune époux qui brûle et languit comme moi. Donne-moi Roméo, Nuit douce et fortunée.

Ainsi que Juliette à sa foi s'est donnée.

Ce jour, pour moi, se traîne aussi lent que celui Qui précède une fête est triste et plein d'ennui Pour une jeune enfant que le plaisir appelle. Et qui doit se parer d'une robe nouvelle.

La nourrice parait, tenant l'échelle de corde.

— J'aperçois ma nourrice ; elle va me parler De Roméo I... je sens mes regards se voiler

I i. 150 OEUVRES D'EMILE DESCHAMPS.

^ ' PARIS, montrant le prince.

?j,.;' Toute faute doit compte à l'équité suprême.

LE PRINCE, après avoir réfléchi.

Eh bien! nous exilons Roméo.

A Montagu.

Dites-lui Que pour quitter nos murs il n'a plus qu'aujourd'hui. Tel est l'arrêt qu'il doit subir. — Par ma couronne, Si l'aurore demain le trouve dans Vérone,

A tous.

Il n'en verra pas d'autre. — Et vous, soyez soumis, Car je veille, — et tiendrai tout ce que j'aL promis.

Tous se dispersent et sortent, excepté Paris, Gapulet et : signora Gapulet.

CAPULET, à Péris.

Au milieu des fléaux qui frappent la famille, Nous n'osons aujourd'hui parler à notre fille Et disposer son âme à de tendres projets.

En présence, Paris, de si tristes objets.

Elle aimait son cousin comme l'on aime un frère!... Mais à notre union ce deuil n'est point contraire; Nous avons plus besoin de bonheur que jamais. Et bientôt...

PARIS

Aujourd'hui, seigneur, je me soumets.

Mon amour prendrait mal son temps. — Je vous souhait Mille grâces d'en haut. — Mes vœux à Juliette.

Il va pour sortir.

LA SIGNORA GAPULET, retenant Paris.

Avant peu, je saurai, seigneur, son sentiment.

GAPULET.

Et moi, je vous réponds de son cœur hardiment. Paris, votre alliance est plus qu'elle n'espère. Et ma fille voudra tout ce que veut son père. Nos douloureux devoirs remplis, je fixerai Le jour de ce contrat, à peine diflFéré.

A sa femme.

Et VOUS, demain matin, il faut qu'on l'en instruise. Songez-y.

LA. SIGNORA CAPULET

Que le ciel nous garde et nous conduise !

CAPULET, en leur preDant les mains.

Bon courage tous trois. — Mon gendre, aimez-la bien.

PARIS

Puisse-t-elle trouver son bonheur dans le mien !

Ils sortent.

( Changement de décor au moyen d'un rideau de fond qui descend.)

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