LA FILLE DE L*ORFÉVRE
Et lorsque le bijou fut tiré du fourneau,
Et qu'il fut tout garni de diamants d'une eau
Comme on n'en voit qu'aux mains d'évéque ou de comtesse
Nella fut prise encor d'une grande tristesse;
Et, posant en cachette un baiser sur l'anneau :
a Ah I quelle damoiselle heureuse sous la lune, Qui va porter au doigt cet anneau des aveux I Si le beau chevalier m'eût donné pour fortune
Un simple anneau de ses cheveux.
Des filles d'empereur je n'envîrais pas une! »
 quelque temps de là revint le chevalier.
Il prit entre ses doigts et retourna la bague ;
Puis, sachant un sourire à l'air grave allier :
« Par tous les saints, mon bon orfèvre, et par ma dague,
On ne saurait mieux travailler.
Et cependant pour voir comment bague et couronne
Siéront à ma douce baronne,
Approche, Nella, jusqu'à moi;
Que sur toi l'épreuve en soit faite; Car la vierge pour qui se prépare la fête,
Vraiment, est belle comme toi ! »
C'était le matin d'un dimanche ;
Et Nella, pieuse toujours
D'une piété vive et franche.
Avait mis ses rubans avec sa robe blanche Pour aller à l'église en ses plus beaux atours.
Devant le chevalier elle était là, candide.
Charmante, et rougissant jusques au blanc des yeux. Il posa sur son front la couronne splendide,
A son doigt l'anneau précieux ;
Puis, d'un ton noble et gracieux :
ff Nella, Nella, dit-il, tenant sa main pressée, Ne vois-tu pas?... Il faut parler raison enfin. Garde sur ton front pur la couronne d'or fin ;
Que la bague d'éclairs reste à ton doigt passée, Car c*est toi, c'est bien toi, ma douce fiancée 1 Humble au milieu de Tor qui roule en ta maison, Noble de cœur, avec ton nom de bourgeoisie.
C'est toi que mon amour pour épouse a choisie, Dût mon oncle de rage écraser son blason.
Et sa fille sécher deux fois de jalousie! »
Nella Maubert devint baronne de Beaujeu
 la chapelle de Marie.
Les dames se pinçaient les lèvres quelque peu. Les hommes chuchotaient. Le monde est moquerie.
Mais c'est pour soi qu'on se marie.
Mais tout orage passe, et le ciel reste bleu !